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Rentrée des classes L'agroécologie sur les bancs de l'école

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Deux BTS agricoles voient leur référentiel de formation rénové avec une intégration formelle de l'agroécologie dans les cours. Le plan d'action « Enseigner à produire autrement » est en marche. En déplacement au lycée agricole Le Paraclet en Picardie le 4 septembre, Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, a ajouté que les programmes de formation du personnel étaient aussi une priorité pour intégrer l'agroécologie dans les lycées.

LE 1er septembre, c'était la rentrée officielle des enseignants. Sur le campus de Pouillé, à quatre kilomètres d'Angers, les salles de classe du lycée agricole et horticole sont vides, ses 5 000 mètres carrées de serre désertés à l'exception de quelques salariés de la ferme du lycée. En revanche, la salle des professeurs est en ébullition. « On peaufine et on organise nos cours de l'année », témoigne Alexis Froger, jeune enseignant en économie et gestion des exploitations agricoles en filière Bac Pro agricole, depuis son poste qui jouxte la « salle des prof ». L'agroécologie, il connaît, bien sûr. Mais pas seulement. « Chez les agriculteurs, il y a eu beaucoup d'évolutions. Il existe de nombreuses formes d'agriculture. Il y a aussi l'agriculture raisonnée ». Son bureau est jonché des fameux « documents d'accompagnement du référentiel de formation ». Il explique : « Pour construire un cours, ce document national liste les objectifs à atteindre en fin d'année (caractériser l'évolution de l'agriculture française, comprendre le rôle des politiques publiques et leur mise en application, situer la place de l'entreprise sur les marchés…). Il revient ensuite à chaque enseignant de développer son cours et les outils à mettre en œuvre pour y parvenir ». Dans le référentiel du Bac Pro conduite et gestion de l'exploitation agricole (CGEA), l'association agriculture et environnement est présente. Elle figure même en tête des objectifs d'enseignement : « L'acquisition de repères quant aux grandes caractéristiques de l'agriculture française, à ses principales évolutions récentes et aux débats qu'elle suscite dans la société ». Pour remplir cet objectif, les enseignants prennent en compte les débats liés à l'environnement, à la sécurité et à la qualité des aliments… De tels documents sont associés à tous les diplômes depuis le Bac Pro jusqu'au BTSA (brevet de technicien supérieur agricole). Si le lycée de Pouillé ne dispense pas les cours pour l'obtention du BTSA ACSE (analyse, conduite et stratégie des entreprises agricoles) rénové pour la rentrée 2014 (voir l'article suivant), il forme les jeunes pour l'obtention du Bac Pro et d'autres BTSA.

« L'agroécologie ? On en parle partout ! »

En filière Bac Pro, l'agroécologie semble aussi avoir fait sa rentrée, informelle cette fois, et depuis plusieurs années déjà. Catherine Vandenbempt, enseignante en agronomie et en productions végétales depuis une quinzaine d'années à Angers, raconte : « De plus en plus de jeunes sont sensibilisés à l'environnement. Il y a quelques années, ce n'était pas ça du tout… ». Alexis Froger, aussi ancien élève du lycée, ajoute : « Quand j'étais élève dans les années 1990, les parents disaient qu'il n'y avait pas de limite pour l'utilisation d'engrais ». Le credo « concilier agriculture et environnement » ne date pas d'hier et s'apprend toujours aujourd'hui. Les élèves n'y coupent pas. « L'agroécologie ? Oulala, on en parle partout : dans les livres, dans les cours, à la fête de l'Agriculture en Vendée le week-end dernier… », répond David Vaugoyeau, qui fait sa rentrée en 1ère Bac Pro au lycée de Pouillé. « En cours, on nous apprend toutes les techniques : le sens du labour, ne pas traiter à moins de 10 mètres des cours d'eau…. ». Séverine Petitjean, enseignante en agronomie, biologie et écologie depuis quinze ans, ajoute : « Je suis à la tête d'un module d'agroécologie en BTS APV (agronomie – productions végétales) depuis 2012. Il est obligatoire et le volume horaire est de 85 heures ».

Le corps enseignant s'attache aussi à inculquer la lutte contre les ravageurs en commençant par la lutte mécanique, biologique…et en finissant par la lutte chimique. « C'est une lutte parmi les autres », insiste Séverine Petitjean. Agroécologie oui, agriculture raisonnée plus encore. Alexis Froger explique qu'ils apprennent tout de même aux jeunes à utiliser les produits chimiques, mais raisonnablement : « La bonne dose, au bon moment et au bon endroit », répète-t-il. En outre, les diplômés de la filière Bac Pro passent aussi leur certiphyto (1) tout comme le font obligatoirement leurs aînés.

« La crise de la vache folle a tout déclenché »

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Le changement des mentalités a été progressif, mais une crise l'a accéléré. « La crise de la vache folle a déclenché la mise en place de nombreux cahiers des charges pour l'utilisation des produits phytosanitaires », se rappelle Marc Lancien, enseignant depuis trente ans au lycée de Pouillé et responsable de l'écoverger. Tous les traitements appliqués sur les pommiers sont répertoriés et doivent être justifiés. « C'est obligatoire, poursuit-il, et les élèves l'apprennent ». Ils pratiquent également grâce aux périodes de stage et aux travaux organisés dans l'exploitation agricole du lycée. Marie Perrochon, également en 1ère Bac Pro, ironise sur la mise en application des enseignements : « L'agroécologie, si c'est réalisable ? Ben oui ! Ce n'est pas très compliqué de ne pas traiter à moins de dix mètres des cours d'eau ! ». Et Julien Prouvost, un de ses camarades, d'enchaîner en montrant une machine agricole sous le hangar de la ferme du lycée : « Au lieu d'utiliser du Round Up, on peut utiliser le cultivateur pour couper les racines des mauvaises herbes ».

« Je n'ai pas la mentalité bio »

L'agriculture raisonnée et l'agroécologie semblent être d'une simplicité « abécédaire » pour ces lycéens. Pourtant, elles ont mis plusieurs années à entrer dans les pratiques agricoles. Et pas seulement pour des raisons techniques. Marc Lancien, responsable de l'écoverger du lycée de Pouillé, en témoigne : « En arbo(riculture), c'est risqué de ne pas traiter du tout. On peut perdre toute la récolte ». Les avantages économiques du « zéro traitement » n'échappent pas non plus aux lycéens : « Si on diminue les traitements, on diminue les coûts. Du coup, même si la production diminue, ça va ». Si l'agriculture raisonnée séduit les lycéens, l'agriculture biologique divise. « Je n'ai pas la mentalité bio. Il faut être cool… On ne peut pas traiter, on peut tout perdre », réagit Marie Perrochon. L'agriculture raisonnée, oui. Mais l'installation en bio semble, pour elle, hors de question.

(1) Le certiphyto s'inscrit dans le cadre du plan Ecophyto 2018 qui vise à réduire l'usage des pesticides de 50% d'ici 2018. Il est obligatoire pour pouvoir utiliser des produits phytosanitaires.