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Drôme/Ardèche L'agroécologie vue du terrain

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Sur le terrain, les groupements d'intérêts économiques et écologiques (GIEE) créés par Stéphane Le Foll dans la loi d'avenir agricole existent déjà : entre la Drôme et l'Ardèche, une centaine d'agriculteurs travaillent en commun pour faire évoluer leurs pratiques et réduire leur impact sur l'environnement, tout en améliorant leurs conditions de travail et leur revenu.

STÉPHANE Le Foll a certainement trouvé, à cheval entre la Drôme et l'Ardèche, les meilleurs promoteurs des groupements d'intérêts économiques et écologiques (GIEE), idée phare de la loi d'avenir agricole actuellement en discussion parlementaire. Depuis qu'il a visité ces exploitations, l'été 2013, il ne manque pas une occasion de les citer en exemple. Le ministère de l'Agriculture, avec l'Association française des journalistes agricoles (Afja), a donc organisé un voyage, mercredi 5 février, pour rencontrer ces précurseurs des GIEE.

Au bord du Rhône à une trentaine de kilomètres au nord de Valence, une centaine d'agriculteurs se sont regroupés pour échanger, partager leurs connaissances, moins utiliser d'intrants voire se convertir en bio, être plus autonomes, acheter du matériel en commun et construire des unités de méthanisation.

Quand économie et écologie se mêlent

Tout a commencé par l'économie. « L'élément déclencheur a été la crise laitière en 2009. Quand un système économique bien géré ne permet pas de générer un revenu, ça remet en cause beaucoup de choses », explique Nicolas Ribes, ancien éleveur qui a monté une société de conseil et qui a accompagné les agriculteurs dans leurs démarches.

L'aspect écologique ne tarde pas à arriver : au même moment, l'agence de l'eau Méditerranée-Corse lance un appel à projet pour des démarches de réduction d'utilisation des phytosanitaires. Dans un contexte de Grenelle de l'environnement (vu comme une stigmatisation des agriculteurs), d'accélération des accidents climatiques et de diminution des actifs agricoles et d'isolement, une réflexion se met en place. Lors d'une réunion, un groupe de 52 exploitations se forme, représentant 1 850 hectares de surface agricole utile. Le GIE DAD (groupement d'intérêt économique Développement agriculture durable) est créé. Eleveurs laitiers, céréaliers, arboriculteurs et viticulteurs s'entendent sur trois axes de développement : la formation, l'acquisition de matériel de substitution aux pesticides et la création en commun de stations phytosanitaires.

« L'idée était d'être pragmatique par rapport à la problématique pesticides. Toutes les couleurs syndicales sont représentées, il y a des bio, des conventionnels, mais nous avons réussi à trouver un consensus », explique Bruno Genin, céréalier et arboriculteur.

Création d'une filière lait bio

Une dynamique forte se crée entre les éleveurs laitiers. « On avait des exploitations intensives, avec beaucoup d'importations de soja, qui ne nous permettaient pas de rémunérer notre travail. On a organisé des visites chez des éleveurs bio très performant sur le plan économique, qui ont crédibilisé le bio », témoigne François Coste, producteur de lait. Restant très bons techniquement, certains n'ont quasiment pas eu de diminution de production lorsqu'ils sont passés au bio. « On a intensifié notre système en bio en essayant de valoriser chaque hectare », explique t-il. La création d'une filière bio avec leur collecteur Danone leur permet de valoriser leur lait.

Les agriculteurs sont également dans une démarche d'autonomie alimentaire, pour être moins dépendants en protéines importées. Ils se sont notamment mis à la culture de luzerne. Mais l'aliment n'étant pas compatible avec leur système de distribution de fourrage, ils ont acheté une machine qui passe chaque matin de ferme en ferme pour mélanger l'aliment, une activité qui génère deux emplois.

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L'effet positif du groupe

Un mot revient sans cesse dans la bouche des agriculteurs : l'échange. « Quand on voit qu'il y a des agriculteurs qui restent seuls face à leurs problèmes, que certains se suicident, nous au moins on est en groupe », témoigne François Coste.

L'autre grande réussite du GIE DAD, c'est d'avoir fait des petits. De l'autre côté du Rhône, dans la Drome, deux autres GIE se sont créés en écho. Les trois structures travaillent ensemble, et ont répondu à l'appel à projet « mobilisation collective pour l'agroécologie » du ministère, qui créera les premiers GIEE.

En tant que pionniers déblayant un chemin à tracer, ils doivent faire face à de nombreuses contraintes administratives et règlementaires qui, selon eux, les empêchent d'avancer sur la voie de l'innovation. Par exemple, la dernière directive nitrate, en durcissant les conditions d'épandage, contraint en premier lieu les agriculteurs bio qui n'ont que ce moyen pour fertiliser leurs champs, dénoncent-ils.

Ecologie et technologie

Economie et écologie peut aussi rimer avec technologie. Ainsi, la construction de trois unités de méthanisation sont prévues. La première doit fonctionner dans quelques mois. « On a décidé de faire trois petites unités plutôt qu'une grosse, c'est plus adapté à l'agriculture, ça diminue le transport et la logistique et facilite l'acceptation sociétale », développe François Coste, dont l'exploitation accueille le méthaniseur. L'outil ne recevra que des déchets et coproduits non alimentaires. Outre l'électricité, il génèrera de la chaleur qui séchera du fourrage et alimentera une zone artisanale en projet. Les matières sèches et liquides qui sortiront du processus permettront de fertiliser les champs des agriculteurs membres.

Le fait d'être en groupe permet aussi de mutualiser les achats et d'acquérir des machines coûteuses à la pointe de la technologie. Ainsi, le GIE Agribiotech a acheté un système de désherbage mécanique, guidé au centimètre par GPS.

Tous les achats des GIE sont en partie financés par le second pilier de la politique agricole commune, via le fonds européen agricole pour le développement rural (Feader).

À Germinal Peiro, député socialiste et rapporteur de la loi d'avenir agricole, présent lors de la visite, leur message a été clair : il faut favoriser les groupes de producteurs pour le versement des aides. Parce qu'ensemble, en échangeant, ils sont arriver à faire changer beaucoup de choses.