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Recherche L’agronomie revient au premier plan

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L’Inra de Dijon a mis en place depuis deux ans un pôle de recherche spécifiquement orienté sur « l’agriculture soutenable ». En étudiant les interactions entre espèces végétales mais aussi entre plantes et microorganisme du sol, les chercheurs y mettent au point des systèmes innovants de culture peu consommateurs d’intrants de synthèse.

L’agriculture serait en France responsable de 30% des émissions des gaz à effet de serre notamment par formation de gaz azotés. Depuis janvier 2006, le centre de recherche de l’Inra de Dijon axe une partie de ses travaux sur la question de l’ « agroécologie de la parcelle cultivée ». L’objectif est de promouvoir des systèmes de culture innovants qui passent par une meilleure gestion des interactions entre espèces pour diminuer l’usage des produits phytosanitaires et des engrais et donc limiter les conséquences sur l’environnement et le réchauffement climatique.

Prendre en compte la biodiversité des sols

Pour Fabrice Martin, directeur de recherche sur la microbiologie des sols et de l’environnement à l’Inra de Dijon, « la prise en compte de la composante microbienne du sol est de nature à faire progresser les pratiques et les itinéraires techniques des exploitants pour arriver à une agriculture soutenable ». Les phénomènes de symbiose entre légumineuses et bactéries fixatrices d’azote sont bien connus des scientifiques, mais d’autres interactions entre plantes et micro-organismes du sol existent et restent encore peu étudiées. La symbiose est une association étroite entre deux organismes où chacun rend un service à l’autre. C’est le cas des symbioses endomycorhiziennes entre la racine des plantes et les champignons du sol. La plante fournit des sucres au champignon et reçoit des éléments minéraux en échange. En favorisant ces interactions, il est possible d’améliorer la nutrition et la santé des plantes cultivées sans utiliser d’intrants. « Les apports d’engrais phosphatés limitent cette symbiose, car la plante choisit la solution de facilité en utilisant le phosphore ajouté par les agriculteurs », confirme Fabrice Martin.

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Des systèmes alternatifs efficaces contre les mauvaises herbes

Un système innovant de protection intégrée contre la flore adventice est également étudié depuis 2000. Basés sur des rotations de culture sur six ans et le désherbage mécanique, ces systèmes s’avèrent efficaces pour maîtriser les mauvaises herbes, mais restent peu rentables économiquement. Les différents essais mis en place par l’institut de recherche atteignent leur objectif de réduire l’utilisation d’herbicides tout en consommant moins de gaz à effet de serre. Le problème de tels dispositifs de lutte contre les mauvaises herbes, est leur rentabilité économique. Les chercheurs estiment que, pour un agriculteur, la perte s’élèverait à 100 euros par hectare (dans une année de cours moyen des céréales), principalement du fait de la mauvaise valorisation des cultures de diversification introduite dans la rotation (moutarde, sorgho…).

Soutiens nécessaires de l’état

Sur le blé, la baisse de rendement (de 20% environ) est compensée par la diminution des dépenses en produits phytosanitaires mais la culture de la luzerne, du sorgho ou du pois est mal maîtrisée et valorisée. « On est capable de mettre en place des systèmes peu dépendants des herbicides, mais il faudra que la société trouve des réponses pour compenser les baisses de rendements que ce soit sous forme d’aides, de protection aux frontières ou d’une meilleure valorisation des cultures de diversification dans les régions », prévient Nicolas Munier-Jolain, chercheur agronome responsable de l’essai. D’autant que ces alternatives seront encore moins rentables dans une perspective des cours élevés des céréales.