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PRODUITS LAITIERS/STRATÉGIE Lait : collaboration possible entre Agrial et Les Maîtres Laitiers du Cotentin ?

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Si des médias ont parlé un temps d'un rapprochement capitalistique entre les Maîtres laitiers du Cotentin et Agrial, les intéressés indiquent pour leur part qu'il n'en a jamais été question. En revanche, les deux entreprises coopératives de Basse-Normandie étudient depuis plusieurs mois une collaboration.

DANS l'ambitieux projet laitier du géant coopératif de Basse-Normandie Agrial (3,9 milliards € de CA en 2013), qui vise à former à terme un ensemble avec Eurial et Coralis, certains ont associé, sans doute un peu rapidement, Les Maîtres Laitiers du Cotentin. Agrial pèse lourd en légume quatrième gamme (Florette) ou en boisson (Danao, cidre Loïc Raison…). Mais en lait, le groupe de Caen reste un simple challenger, avec une collecte forte sur son territoire (un peu plus de 1 milliard l), mais pour le compte d'autrui, Bongrain en l'occurrence (800 millions l), et entre dans la transformation depuis seulement deux ans.

Les Maîtres Laitiers du Contentin, quant à eux, collectent 400 millions l qu'ils transforment intégralement en 170 000 t de produits laitiers ultra-frais (fromages frais principalement) dans une usine moderne, en beurre et crèmes fraîches dans deux autres sites (70 % en MDD en GMS, le reste à marque en RHD). Leur CA se situe à 360 millions € pour la partie lait, mais monte à 1,7 milliard € en consolidé avec leur filiale de distribution France Frais.

La rumeur d'un rapprochement capitalistique a eu du sens pour deux raisons. D'une part Les Maîtres Laitiers ont connu un exercice 2013 difficile, voyant fondre le résultat net de 6 millions € en 2012, à 1 million € en 2013 en raison de la dégradation de ses marges et du soutien apporté à ses adhérents – étranglés par un coût de production élevé – en leur payant le lait 392 €/1000 l, soit 40 à 50 € de plus que les autres opérateurs.

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D'autre part Agrial investit depuis 2012 dans la transformation pour proposer à ses éleveurs laitiers adhérents des scénarios de développement dans l'après quotas-laitiers (1er avril 2015). Le groupe de Caen a pris le contrôle de Délicelait en 2012. Cette société transforme sur un site dans la Manche 20 % de sa collecte en ingrédients laitiers secs pour l'industrie agroalimentaire. Plus spectaculaire, Agrial s'est associé avec Sénoble en 2012 pour former à 50-50 la société Sénagral, spécialiste, comme les Maîtres Laitiers du Cotentin, de l'ultra-frais (quatre usines, près de 700 millions € de CA) dont il a pris le contrôle majoritaire en 2013. Malgré cela, « il n'a jamais été question du moindre rapprochement entre les Maîtres Laitiers du Cotentin et Agrial. Lorsqu'ils sont entrés dans Sénoble, les dirigeants d'Agrial sont venus nous voir en 2012 pour voir si il y avait des choses à faire ensemble, c'est tout », dit Jean-François Fortin, directeur-général des Maîtres Laitiers du Cotentin.

Les deux entreprises en sont là. Toujours à discuter « sur le plan industriel, logistique et commercial », commente le porte-parole d'Agrial. Aucun calendrier n'a été fixé. La coopérative des Maîtres Laitiers du Cotentin a confiance dans son modèle. Parce que l'année en cours se passe mieux et qu'elle dispose de fonds propres conséquents (145 millions €). Parce qu'elle possède une usine ultra-moderne mise en service il y a cinq ans (170 000 t de fabrication sur une capacité de 200 000 t) « qui sera entièrement amortie dans deux ans ». Dans ce contexte, Jean-François Fortin n'exclut pas que les Maîtres Laitiers du Cotentin fabriquent un jour de l'ultra-frais pour le compte d'Agrial. En parallèle, elle travaille d'arrache-pied à inventer des produits qui auront le goût de l'ultra-frais mais qui pourront s'exporter hors d'Europe. Par exemple en Asie où la consommation progresse, contrairement à l'Europe. « Nous sortirons deux trois dossiers en 2015, majoritairement pour l'Asie », glisse le directeur général.