La faiblesse du prix du lait met à mal les marges des éleveurs laitiers. La FNPL a réuni la distribution puis les transformateurs pour trouver des solutions. Elle demande l'application de la clause de renégociation prévue par la loi Hamon sur la base d'un indicateur pertinent. Les industriels, eux, appellent la distribution à respecter les contrats en cours.
Alors que les marges et la trésorerie des éleveurs laitiers s'enfoncent dans le rouge, la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) a organisé des réunions d'urgence successivement avec la distribution (le 10 juin) et les entreprises de transformation (le 16 juin). Selon la FNPL, « la grande distribution s'est montrée à l'écoute des difficultés des éleveurs laitiers » et « les distributeurs sont conscients du risque, pour les producteurs de lait, d'une spirale à la baisse que provoquerait une renégociation des tarifs » (communiqué du 11 juin). Mais à la sortie de la réunion avec la transformation le 16 juin, la Fédération nationale des industries laitières (Fnil), qui reconnaît « les forts problèmes de trésorerie » des éleveurs, accuse la distribution de vouloir remettre en cause certains accords commerciaux conclus pour 2015.
LES INDUSTRIELS DEMANDENT LE MAINTIEN DES TARIFS
« Si la distribution a, comme elle le prétend, conscience des difficultés de la filière, alors elle doit, a minima, respecter les accords conclus. L'industrie laitière ne pourra en aucun cas supporter, sans conséquences graves sur l'ensemble de la filière, l'effondrement du marché mondial des produits laitiers et une dépression du marché domestique des produits de grande consommation », a prévenu Olivier Picot, président de la Fnil, dans un communiqué. « Il est encore temps d'éviter le pire. Mais pour cela, il faut que tous respectent les contrats conclus », a t-il-ajouté. La Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL) a également demandé, dans un communiqué, « la fin de la guerre des prix et le retour à des relations commerciales responsables, avec le respect des accords de chaque début d'année ». Dans un contexte de marché très dégradé pour la filière laitière, il est difficile de savoir ce qui se passe exactement. Entre la volonté affichée par les représentants des distributeurs dans les réunions de crise et le comportement des acheteurs, il n'est pas rare que des écarts existent. De même, sur des marchés tendus, il arrive que des industriels soient tentés de baisser leurs tarifs pour gagner des volumes.
LES ÉLEVEURS VEULENT UNE CLAUSE DE RENÉGOCIATION APPLICABLE
En tout état de cause, la FNPL se félicite de la tenue de la réunion avec les transformateurs, dont elle a salué la réactivité. « En 2013, il avait fallu recourir à une médiation. Cette année, les distributeurs et les transformateurs ont répondu présent à notre invitation. Cela témoigne d'une prise de conscience », nous a indiqué un porte-parole. Au cours de cette réunion avec la transformation, la FNPL a rappelé le soutien de la distribution et demandé aux transformateurs privés et coopératifs de prendre en compte la clause de revoyure en cas de fortes fluctuations des matières premières, prévue par la loi Hamon. Selon la FNPL, aucune convention d'affaire conclue cette année n'intègre de clause de renégociation. Des échanges sur le sujet ont bien eu lieu, mais sur la base « d'indicateurs qui n'aboutissaient jamais à une renégociation quel que soit le contexte ». Notons cependant que la loi Hamon prévoit une obligation de moyens mais pas de résultat. Seule une réelle volonté des différents maillons de la filière permettra donc de sortir de l'impasse durablement.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
FRANCEAGRIMER A PLANCHÉ SUR UN INDICATEUR
Pour améliorer rapidement la situation économique des élevages, la FNPL demande l'officialisation par FranceAgriMer d'un indicateur de marge pertinent qui puisse être pris en compte immédiatement. Des travaux en ce sens ont été présentés au dernier comité lait de vache de FranceAgriMer, le 11 juin. « L'objectif est d'aboutir à une juste revalorisation du prix du lait dès juillet 2015. Il manque 30 euros sur le prix du lait, rien que pour le premier semestre », commente la FNPL qui souhaite que les éleveurs ne soient plus victimes de l'effet ciseau qui accompagne la baisse du prix du lait quand les charges restent élevées. Dominique Chargé, président de la FNCL, n'est pas contre la prise en compte d'un tel indicateur tout en estimant qu'un prix commercial ne peut se baser que sur les marges de éleveurs. Il estime aussi que les coopératives ont lissé les prix du lait depuis le début de l'année et rappelle qu'elles peuvent proposer des avances.
VERS DES AVANCÉES RAPIDES ?
La FNPL invite les organisations de producteurs le 25 juin pour faire le point sur l'avancée des revendications des producteurs. Si la prise de conscience est réelle, compte tenu de la réactivité des différents maillons de la filière face à l'invitation de la FNCL, on peut imaginer que cette réunion soit l'occasion d'annonces concernant les relations avec certains transformateurs.