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Lait: l’effet CQLP, vu par le reste de la filière

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De l’avis des acteurs de la filière, le succès de la marque des consommateurs a contribué à faire bouger les lignes sur le marché du lait. Mais selon les chapelles, chacun voit le verre à moitié plein, ou à moitié vide.

La brique de lait C’est qui le patron ? ! (CQLP) est désormais la plus vendue en France. Dès son arrivée sur les étals des supermarchés en 2016, la brique bleue flanquée d’un logo aux grands yeux a fait parler d’elle. Et notamment chez les producteurs laitiers. À la sortie de la crise du lait, la garantie d’un prix « juste » a de quoi séduire. « Pour la première fois, il y avait une prise en compte des coûts de production des éleveurs en toute transparence, se souvient le vice-président de la FNPL (FNSEA, producteurs de lait), Ghislain de Viron. On peut regretter que d’autres acteurs déjà présents n’aient pas eu l’idée avant. » De son point de vue, l’initiative a été « une petite révolution » qui a contribué à « moraliser le marché du lait ».

Chez la Confédération paysanne, on perçoit également CQLP comme une bonne idée. « L’initiative est bonne, acquiesce Charlotte Kerglonou, éleveuse laitière bio et porte-parole du syndicat en Ille-et-Vilaine. La façon dont est construit le prix du lait de CQLP, sur la base de la rémunération de l’éleveur, devrait être la norme. » Seulement, la démarche « ne pourra pas sauver tout le monde », déplore-t-elle.

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« Une saine émulation »

« C’est qui le patron ? ! n’a pas le monopole de la rémunération du producteur », pose le directeur général de la Fnil (industriels privés), François-Xavier Huard. La fédération des industries laitières estime que la marque des consommateurs est « un très bon modèle », mais qu’il ne sera pas « prédominant » à l’avenir. Les produits équitables s’adressent à des consommateurs qui acceptent de mettre quelques centimes de plus pour mieux rémunérer les producteurs. « C’est un marché de niche », assure François-Xavier Huard. Les laits liquides dits « engagés » ont représenté près de 15 % des ventes en 2021, d’après les données de Syndilait.

Le succès de la marque des consommateurs a poussé les autres marques à se réinterroger sur leurs stratégies et leurs pratiques. « Une saine émulation », note le d.g. de la Fnil. En quelques années, les rayons laits se sont transformés. Dans le sillage de C’est qui le patron ? !, de multiples démarches promettant du lait équitable, local ou plus de pâturage, ont émergés. « Nicolas Chabanne a créé un mouvement qui a mis en évidence la nécessité de faire bouger les choses, souligne Damien Lacombe, président de la coopérative Sodiaal et de la Coopération laitière. Ça a permis de faire le pont entre les producteurs et les consommateurs ».

« Une petite révolution »