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Lait : les Vingt-huit se préparent à un débat de fond fin juin

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Le secteur laitier s’enfonce dans la crise mais la collecte européenne continue de grimper. Si la Commission européenne compte sur son système de gestion volontaire de l’offre pour arrêter cette hausse, certains États membres estiment que sans fonds européen, le dispositif n’aura aucune efficacité. De nouvelles décisions pourraient être prises en juin. Notamment le recours à la réserve de crise.

Les ministres de l’agriculture de l’UE se sont de nouveau penchés sur la situation du marché laitier européen lors de leur réunion à Bruxelles le 17 mai, dans l’attente d’un débat plus approfondi sur d’éventuelles mesures supplémentaires fin juin à Luxembourg (1). Le commissaire européen Phil Hogan a notamment confirmé que le secteur continue de s’enfoncer dans la crise et que malgré cela, certains États membres continuent à enregistrer de fortes hausses de production, citant les Pays-Bas, l’Allemagne, le Danemark et l’Irlande.

« Les exportations remontent mais cela ne se traduit pas par une stabilisation des cours pour les agriculteurs », a regretté le commissaire européen. Et, a-t-il prévenu, il va être difficile de débloquer des fonds supplémentaires alors qu’à peine la moitié de l’enveloppe de 420 millions € annoncée en septembre a été dépensée par les États membres. En effet, seuls 192,5 millions €, dont 107 millions pour le secteur laitier, ont été dépensés à ce stade. Bruxelles espère que l’entrée en application de l’article 222 de l’OCM unique, qui permet aux organisations de producteurs et aux coopératives de déroger temporairement aux règles de la concurrence pour gérer leur offre, va se traduire par une réduction de la production. Des pourparlers auraient déjà été organisés dans certains États membres mais, a indiqué Phil Hogan, il est un peu tôt pour juger de l’efficacité de la mesure : tout dépendra de la façon dont les États membres s’en saisiront. Aucun pays n’a en tout cas pour le moment annoncé l'utilisation de cet article 222 par des organisations de producteurs. « Nous verrons en juin quelles seront les propositions des délégations », s’est donc contenté de déclarer le commissaire européen.

Position commune

Des discussions sont en cours entre l’Italie, l’Allemagne, la France, la Pologne et l’Espagne pour présenter en commun une proposition de programme de gestion de la production.

Rome voudrait que le système de gestion volontaire de la production de lait (article 222 de l’OCM unique) dispose de « ressources financières européennes » et propose l’extension de ces mesures pour deux à trois ans (au lieu de six mois) ainsi que des aides pour les agriculteurs dans les régions montagneuses qui seraient exemptés, eux, de toute réduction de leur production. L’Italie devrait néanmoins avoir du mal à réunir de nombreux États membres (dont l’Allemagne) autour de ces idées.

La Belgique et la France se sont une nouvelle fois montrées particulièrement offensives. Ces deux pays avaient déjà pesé, avec la tenue d’une réunion des représentants de la filière européenne qui sera organisée le 25 mai au Parlement européen à Bruxelles. Réunion à laquelle ne devraient finalement même pas participer le ministre néerlandais de l’agriculture, président en exercice du Conseil, et le commissaire européen. Le lendemain, en session plénière du Parlement, la Commission et la présidence du Conseil seront interrogées sur les mesures prises au niveau européen et national pour aider les agriculteurs à faire face à la crise et les inciter à réduire leur production.

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Intervention publique

Stéphane Le Foll, le ministre français, a également saisi l’occasion de son intervention au Conseil pour fustiger les pays qui, opposés à toute augmentation du prix des achats publics de poudre de lait écrémé au nom de l’orientation de la Pac sur le marché, sont en fait ceux qui apportent le plus à l’intervention (Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni). Depuis le doublement du plafond des volumes d’intervention publique le 20 avril, sur les 109 000 t supplémentaires, 73 500 t ont déjà été stockées au 15 mai. À ce rythme le nouveau plafond sera atteint fin mai. La Commission devra donc de nouveau entrer dans un dispositif d’appel d’offres comme elle l’a fait début avril en achetant 27 000 t de poudre. Le nouveau ministre de l’agriculture irlandais, Michael Creed, a d’ailleurs demandé à Bruxelles de revoir encore le volume maximal pour le stockage public de poudre de lait.

L’Allemagne, de son côté, s’est pour la première fois dite ouverte à l’activation de la réserve de crise (une enveloppe de 440 millions € constituée à partir d’une ponction sur les aides directes des agriculteurs). Phil Hogan, réticent à débloquer de l’argent européen, s'est déclaré prêt à examiner cette mesure si le Conseil était d’accord. Les États baltes et la Finlande, pays les plus fortement touchés par la fermeture du marché russe, y sont les plus favorables.

(1) Voir n° 3546 du 16/05/2016

Porc : le marché européen se stabilise

Les prix des carcasses de porc sont en moyenne stables depuis la mi-mars dans l’UE et ont même augmenté de 2,8 % en avril, tirés par la demande liée à l’arrivée des beaux jours (saison des barbecues) et la reprise des exportations (+26,5 % en janvier-mars par rapport à la même période un an auparavant), en particulier à destination de la Chine (+77,4 %). Les cours restent néanmoins 10,7 % au-dessous de leur niveau d’avril 2015. Cette hausse a lieu alors même que 60 % des volumes stockés en janvier (environ 90 000 t) dans le cadre du programme de soutien au stockage privé de viande de porc sont revenus sur le marché. Aucun État membre n’a donc demandé à Bruxelles de lancer un nouveau programme de stockage privé de porc annoncé au mois de mars. Le Royaume-Uni confirmant que ce n’était pas le bon moment pour mettre en place ce dispositif.