Malgré les mesures prises par la Commission européenne, le secteur laitier continue de traverser une crise importante. Réunis à Amsterdam pour un Conseil informel consacré à l’avenir de la Pac, les ministres de l’agriculture de l’UE ont surtout discuté des moyens à mettre en place – ou non – pour freiner la croissance de la production européenne. L’Irlande et les Pays-Bas sont particulièrement montrés du doigt pour être les responsables de cette situation. Le commissaire européen Phil Hogan a indiqué qu’il ferait le point sur l’évolution du marché fin juin. Il pourrait annoncer un nouveau plan de soutien au mois de juillet.
En marge du Conseil agricole informel à Amsterdam consacré à l’avenir de la Pac, les discussions des ministres des Vingt-huit ont surtout tourné autour de la mise en place d’un nouveau plan d’aide aux producteurs laitiers. Le commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan, a indiqué le 31 mai qu’un paquet de soutien serait probablement présenté au mois de juillet une fois qu’il aurait plus de visibilité sur les fonds non utilisés du budget européen. Mais de préciser : « Il n’y a pas toujours besoin d’argent pour améliorer la situation ».
Phil Hogan pourrait donc proposer (dès le mois de juin ou en juillet) un renforcement de certaines des mesures déjà mises en place. Car, ne cesse-t-il de rappeler, depuis le mois de septembre, 23 mesures pour faire face à la crise ont été prises. Dont certaines, estime le commissaire européen, ont eu un impact non négligeable. C’est notamment le cas des mesures de promotion qui ont permis aux exportations européennes de repartir après l’embargo russe.
La Commission devrait rapidement préconiser, comme l’a déjà annoncé Phil Hogan, un nouveau relèvement du plafond d’intervention pour la poudre de lait (à 315 000 t contre 2018 000 t actuellement). De plus, les aides débloquées en septembre (420 millions €) non utilisées au 30 juin seront elles aussi réallouées. Huit États membres (dont la France qui va très prochainement le faire pour les 63 millions € dont elle dispose) n’ont toujours pas dépensé ces fonds.
Gestion volontaire de l’offre…
Martijn van Dam, le ministre néerlandais, a indiqué que lors du prochain Conseil, le 27 juin, les ministres de l’agriculture de l’UE allaient évaluer les effets des mesures en place – notamment de l’article 222 qui permet aux organisations de producteurs et aux coopératives de s’entendre pour limiter leur production – et la nécessité d’en prendre si nécessaire de nouvelles. Le Royaume-Uni, l’Italie et le Portugal se montrent intéressés par cet article 222, a souligné le commissaire européen, « attendons juin pour voir où nous en sommes ».
Le ministre français Stéphane Le Foll a de nouveau insisté pour que des aides européennes (et non pas des aides d’État) soient débloquées pour soutenir les producteurs qui réduisent ou gèlent leur production. Sinon, prévient-il, personne ne bougera. France, Allemagne, Pologne, Italie et Belgique essaient de préparer pour le mois de juin des propositions communes dans ce sens.
Le ministre portugais, Luis Capoulas Santos, semble également soutenir un tel dispositif. « Les agriculteurs doivent recevoir une compensation, au moins pour stabiliser la production », a-t-il indiqué. De même le Luxembourg et la Finlande étudient les moyens d'atteindre cet objectif.
Même le Copa-Cogeca (organisations et coopératives agricoles de l’UE), qui tenait un présidium en marge du Conseil informel à l’Université de Wageningen, un temps réticent, s’est prononcé pour que les agriculteurs et les coopératives s’emparent de cet article 222.
… contre aides directes
Mais d’autres pays sont moins enthousiastes. Les États membres où les producteurs sont les moins compétitifs demandent surtout des aides directes pour soutenir leurs éleveurs qui voient le prix du lait chuter à cause de la hausse de production des États membres où le secteur laitier est plus puissant. La Hongrie par exemple demande surtout des aides directes pour ses producteurs. De même que la Slovaquie qui assurera la présidence du Conseil à compter du 1er juillet 2016. La ministre de l’agriculture, Gabriela Matečná, a souligné qu’un litre de lait était moins cher que l’eau minérale dans les supermarchés dans son pays, pointant du doigt l’attitude irresponsable des Pays-Bas et de l’Irlande. En volume, les pays qui ont le plus augmenté leur production sur le premier trimestre de 2016 sont les Pays-Bas (+330 000 tonnes), l’Allemagne (+300 000 tonnes), la Pologne (+140 000 tonnes) et l’Irlande (+110 000 tonnes).
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Le nouveau ministre irlandais de l’agriculture, Michael Creed, a d’ores et déjà prévenu que son pays ne débloquerait pas de fonds en vue d’inciter ses producteurs à utiliser l’article 222. Le Danemark et les Pays-Bas se positionnent sur la même ligne, au contraire de l’Allemagne qui a annoncé 100 millions € d’aides d’État pour ses producteurs (voir encadré). Des fonds dont ne disposent pas tous les États membres.
Mais si d’importants soutiens européens devaient être libérés, il faudrait aller les chercher dans la réserve de crise. Une question qui divise fortement le Conseil. Un débat sur cette possibilité sera organisé à l’occasion du conseil agricole de 8 juin à Luxembourg.
(1) Voir n° 3548 du 30/05/2016
Allemagne : des aides financières de « 100 millions € plus X »
« Nous allons soutenir les producteurs avec des aides financières à court terme », a annoncé le ministre allemand de l’agriculture, Christian Schmidt, à l’issue d’un « sommet du lait » réunissant à Berlin les principaux acteurs du secteur. L’Etat fédéral va mettre à disposition une enveloppe de « 100 millions € plus X », sous forme d’aides directes et d’avantages fiscaux, par exemple des abattements exceptionnels, a-t-il dit, affirmant être en discussion avec le ministre des finances, Wolfgang Schäuble, et les députés du Bundestag, et vouloir s’adresser à Bruxelles « pour clarifier à combien se montera X », la somme additionnelle qui sera versée. Plusieurs grandes chaînes de supermarchés du pays, les discounters Aldi et Lidl en tête, vendent le lait moins de 50 cents le litre dans les rayons, ce qui signifie un revenu inférieur à 20 cents pour les éleveurs. L’Allemagne est le premier producteur de lait de l’UE : quelque 70 000 exploitations produisent 33 millions de tonnes par an. Les structures sont très diversifiées : au sud de petites exploitations souvent encore familiales, les plus vulnérables aux turbulences actuelles, au nord et à l’est, de grands élevages de plusieurs centaines de vaches.
France : les producteurs en appellent à leurs homologues de l’UE
Les producteurs de lait français en appellent à leurs homologues de l’UE dans le but d’avoir une démarche concertée pour demander à la Commission de Bruxelles un accompagnement financier de la baisse de la production européenne. La FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) a adressé au Copa-Cogeca (organisations et coopératives agricoles de l’UE) « un manifeste pour que l’ensemble des producteurs des 28 pays soient derrière cette demande », a indiqué le 31 mai son président, Thierry Roquefeuil. Pour l’instant, « le Copa-Cogeca n’exprime rien car il cherche le consensus », a-t-il dit. « Il faut que l’ensemble des pays de l’Union européenne aient une démarche concertée pour faire plier la Commission européenne. Les pays qui sont sur cette ligne sont l’Italie, la Belgique, la Roumanie, et la Finlande ». « Les choses sont en train de bouger en Irlande et en Allemagne, par contre pour les Pays-Bas et le Danemark, c’est plus compliqué », a estimé le président de la FNPL.
Italie : étiquetage du pays d’origine
Le premier ministre italien, Matteo Renzi, a annoncé le 31 mai à Milan, lors d’un événement de l’organisation agricole Coldiretti, la signature d’un décret qui, soumis à Bruxelles, instaure l’étiquetage du pays d’origine pour le lait, le fromage, les yaourts et autres produits laitiers transformés. Environ trois cartons de lait de longue conservation sur quatre vendus en Italie viennent de l’extérieur, tandis que la moitié de la mozzarella produite en Italie est fabriquée avec du lait importé, souligne la Coldiretti. Selon elle, l’étiquetage de l’origine favorisera l’emploi et la croissance économique au niveau national.