L’industrie laitière souhaiterait utiliser davantage les « eaux de vache », ces eaux extraites du lait au cours de la fabrication de la poudre. Elle pourrait ainsi réduire son impact sur la ressource en eau mais elle se heurte à une réglementation stricte et sujette à interprétation.
« L’eau, c’est la vie et le premier composant du lait », s’est enthousiasmée Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la FNPL (producteurs de lait, FNSEA) en ouverture du symposium européen pour un secteur laitier durable en Europe organisé par le Cniel (interprofession laitière) le 25 juin. Le lait est composé à 88 % d’eau. En fabriquant des produits secs, telle que la poudre de lait, les laiteries sont aussi donc productrices d’eau.
« Une usine de poudre de lait pourrait devenir autonome sur son alimentation en eau », assure Brice Bourbon, chargé de projets environnement à Actalia (centre d’expertise agroalimentaire). En effet, l’eau extraite du lait – également appelé « eau de vache » – est « beaucoup moins chargée en composés organiques que les effluents laitiers standards » ce qui lui permet d’être facilement traitable pour être ensuite réutilisée. Le traitement de ces eaux se fait par filtration ou désinfection qui sont « des process déjà largement éprouvés par les industriels », assure-t-il. Pour les opérations de lavages classiques, pour les chaudières ou encore le nettoyage des camions... 86 % des sites interrogés dans le cadre du projet Aquarel dédié au sujet, recyclent déjà tout ou en partie leurs eaux issues du lait.
C’est le cas de la coopérative Laïta sur son site de Créhen dans le Finistère. « Sur le site, nous produisons 1 000 m3 d’eau issue du lait dans le cadre de nos fabrications de lait en poudre et de lait infantile, explique Matthieu Pouder, directeur de l’usine de Créhen. Nous en recyclons un tiers, soit environ 10 % de la consommation journalière d’eau de l’usine. » L’eau de vache y est recyclée pour être utilisée dans la chaufferie et en premier rinçage avant le nettoyage final. La laiterie ne peut pas recycler la totalité de sa production car les utilisations des eaux issues du lait sont règlementées.
Une réglementation hétérogène
« Le principe de précaution prévaut », regrette Brice Bourbon. Par exemple, les eaux ne peuvent pas être utilisées pour le rinçage final des installations du fait du blocage des autorités publiques qui mettent en avant des risques sanitaires. « La réglementation impose que le rinçage final soit effectué avec de l’eau potable issue du réseau d’eau ou de nappes souterraines », illustre Matthieu Pouder, assurant que, pourtant « l’eau issue du lait a la même composition bactériologique ». « S’il n’y avait pas ce blocage, nous pourrions utiliser toutes nos eaux issues du lait et réduire de 25 % notre pompage sur le réseau », détaille-t-il.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
De plus, selon les départements, la réglementation est sujette à interprétation. « Dans le Finistère, nous sommes autorisés à utiliser les eaux issues du lait en première eau de rinçage mais dans certains départements, ce n’est pas le cas », s’étonne le directeur d’usine. Une différence de réglementation que déplore également Actalia.
Une autre limite est le coût économique du recyclage des eaux de vache. Si pour l’usine de Créhen, cela « coûte moins cher de réutiliser ces eaux car les installations de traitement sont déjà amorties », ce n’est pas le cas pour toutes les laiteries selon le prix de l’eau sur leur territoire ou les installations de traitement déjà présentes dans les usines. Les eaux issues du lait restent malgré tout intéressantes dans les territoires où le stress hydrique est important. « Les États-Unis et l’Australie mettent déjà en place ces solutions », note Brice Bourbon.
« Une usine de poudre de lait pourrait devenir autonome sur son alimentation en eau »
« S’il n’y avait pas ce blocage, nous pourrions utiliser toutes nos eaux issues du lait »