L'ajournement officiel de la fusion entre les activités laitières d'Agrial et Eurial pourrait-il déboucher sur une nouvelle configuration des discussions entre les coopératives laitières de l'Ouest ? La question est posée à quelques jours de la fin des quotas laitiers.
C'est quelques jours avant la fin des quotas laitiers qu'Agrial et Eurial évoquent ouvertement un ajournement de leur projet de fusion (Les Echos du 23 mars). Les discussions, qui étaient tendues depuis plusieurs mois (voir Agra Alimentation du 6 novembre 2014), devront toutefois continuer, car les deux groupes sont déjà liés. La première phase du projet, celle de prises de participation croisées, a en effet déjà été réalisée. Reste à savoir si cette alliance pourra rester en l'état, ou si chacun reprendra son indépendance.
LAÏTA POURRAIT-ELLE REVENIR DANS LA BOUCLE ?
Le coup de froid entre Agrial et Eurial rebat les cartes. Car l'Ouest compte un autre beau groupe laitier coopératif, avec Laïta, qui associe Even (majoritaire), Terrena et Triskalia. Et on peut légitimement se demander si Laïta n'aurait pas aussi intérêt à discuter avec d'autres coopératives. D'autant que son président n'est autre que Dominique Chargé, qui plaide pour la consolidation de la coopération laitière, et rappelle que « les coopératives peuvent réaliser de beaux partenariats sans fusion ». Au sujet d'éventuelles discussions entre Laïta et d'autres acteurs, il concède juste que « tout reste ouvert ».
LA GOUVERNANCE D'EURIAL EN QUESTION ?
Mais les causes des difficultés du projet de fusion entre Agrial et Eurial resteront, même dans le cadre de discussions avec d'autres. Eurial n'en est pas à sa première fusion avortée. Le projet annoncé avec le Glac (devenu Terra Lacta) en 2010 n'avait finalement pas abouti. Il faut dire que la gouvernance de la société (SAS) ne facilite sans doute pas la prise de décisions structurantes. Eurial est détenue par cinq coopératives : Colarena, UCAL, la Laiterie Coopérative du Pays de Gâtine, Poitouraine et depuis peu, Valcrest. Si Colarena et UCAL détiennent la plus grande part du capital à elles deux, aucune n'est majoritaire. Plusieurs observateurs indiquent d'ailleurs que Colarena est en faveur de la fusion avec Agrial.
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LE POIDS DE L'ULTRAFRAIS
Du côté d'Agrial, le dossier ultrafrais est compliqué. Comme tous les acteurs du secteur, le groupe souffre de conditions de marché très dégradées et les amendes infligées par l'autorité de la concurrence (voir Agra Alimentation du 19 mars) ajoutent à la confusion. Même si Agrial n'est pas touché (c'est Senoble qui doit payer pour Senagral), la lourdeur des sanctions ne facilite la visibilité sur ce marché.
Pour autant, « l'ajournement du projet de fusion ne laisse aucun des deux acteurs dans l'impasse », relève Dominique Chargé. Ce qui n'empêche pas Agrial de manifester sa déception. « Tout le monde, même les concurrents, reconnaissait les atouts du projet », rappelle Ludovic Spiers, directeur général d'Agrial. Olivier Athimon, directeur général d'Eurial, ne souhaite pas faire davantage de commentaires, et renvoie désormais à une future communication commune sur l'évolution du dossier.
(1) Colarena et UCAL sont les deux premiers actionnaires en part de capital, suivis de la Laiterie Coopérative du Pays de Gâtine, Poitouraine et depuis peu, Valcrest.