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PÔLE DE COMPÉTITIVITÉ/VITAGORA « L'alimentation connectée, une carte à jouer pour la France ! », selon Vitagora

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Si l'alimentation et les produits connectés semblent être un vrai défi à relever pour la France, des interrogations subsistent sur la manière de trouver sa place sur le marché mondial. Le pôle de compétitivité Vitagora est revenu sur le sujet au travers d'une conférence, « L'alimentation connectée, une carte à jouer pour la France ! », le 5 novembre à Dijon.

« Le train n'est pas encore passé, mais il faut allez vite ! », a résumé Philippe Crévoisier, directeur général de l'activité électrique culinaire chez Seb, à propos du thème de la conférence intitulée « L'alimentation connectée, une carte à jouer pour la France ! », organisée par le pôle de compétitivité goût-nutrition-santé Vitagora®, le 5 novembre dernier à Dijon. « Oui, l'alimentation connectée est une carte à jouer en France, mais il va falloir se bouger » et trouver des ententes « entre grandes boîtes et start-up beaucoup plus agiles », affirme Jérôme Sellier, responsable partenariats chez DigitalFoodLab. Avec l'arrivée du numérique, c'est un nouvel univers culinaire qui s'ouvre. Christine Balagué, titulaire de la chaire Réseaux sociaux à l'Institut Mines-Télécom parle de « fabrique collective » et alerte les entreprises sur « le rôle de la multitude ». En effet, les consommateurs et clients appartiennent à des communautés internet et obtiennent de ce fait une capacité d'action non négligeable. « Ils prennent de plus en plus de poids sur les marchés », avance-t-elle. « Cela est lié à deux phénomènes. Tout d'abord, un individu a plus confiance en ses pairs qu'en un institut ou une grande marque. Ensuite, le comportement d'une personne s'explique, aujourd'hui, beaucoup plus par ses connections [internet, ndlr] que par son mode de vie, etc. » Les individus se retrouvent sur internet autour d'« un objet qui va s'enrichir par les contributions de tous. » Dans ce sens, « le numérique donne une capacité de création de valeur encore plus forte », souligne-t-elle. Philippe Crévoisier, le confirme à sa manière : « Le numérique va permettre de passer d'UNE recette à MA recette ». Avec ou sans sel, avec ou sans glucose, la recette s'adapte au besoin du consommateur et le « smart product » ou produit intelligent l'aidera dans ce sens.

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« Avec des ustensiles connectés, on va bien au-delà de la recette, il sera également possible de marier les informations », s'exclame de son côté Bertrand Rojat, directeur adjoint du techno-centre d'Orange. « Avec une application pour la liste de course, une autre pour savoir ce qu'il reste dans mon frigidaire, je peux en trouver une troisième qui me dira quel repas concocter », cite-t-il en exemple. À passer ses listes de courses sur internet ou à établir ses recettes, le consommateur livre une part importante de son identité, comme sa religion, et de ses choix. Une information qui intéresse vivement les entreprises, voire plus. « Dis-moi ce que tu manges, je te dirais qui tu es, écrivait Anthelme Brillat-Savarin dans Physiologie du Goût », rappelle finement Christian Roudot, journaliste et animateur de la conférence. « Aux Etats-Unis, il n'y a pas de contrainte sur les données. Des plateformes à l'image de Google ou de Facebook, collectent massivement ces informations en échange de services gratuits. Les Américains commencent seulement à s'interroger sur l'utilisation de ces données », souligne Christine Balagué. Ce n'est pas un hasard si Amazone se lance dans la livraison de produits frais ou si Google affiche un onglet de recettes sur sa version américaine. « En France, on a une vraie maîtrise de la gestion des données. Notre pays est en avance sur ce sujet. A l'avenir, les personnes y seront de plus en plus sensibles. Il est possible de partager de l'information nous concernant si l'on en tire un bénéfice et ces modèles d'échange sont à inventer », relève Bertrand Rojat. Reste également une autre problématique, soulevée par Christine Balagué : comment « pérenniser l'objet connecté dans un univers noyé par l'information » ?