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L’alimentation coûte de moins en moins cher pour le consommateur

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En dix ans, le prix moyen du panier de produits de consommation courante achetés dans la grande distribution a moins augmenté que l’inflation, selon les résultats de l’observatoire annuel de Familles rurales. De fait, en euros constants, les prix à la consommation ont baissé pour les ménages. Principale raison : la guerre commeciale que se livrent les enseignes de distribution. Celle-ci rejaillit sur toutes les membres des filières. « Il est temps d’arrêter cette guerre des prix, car elle porte préjudice aux agriculteurs », affirme Dominique Marmier, président de l'organisation de consommateurs. Il n'est pas sûr non plus que ces derniers soient véritablement gagnants à cette baisse des prix.

L’observatoire de prix de la fédération Familles rurales, qui effectue des relevés bimestriels des prix dans la grande distribution depuis 2006, présentait les résultats de sa dernière enquête le 24 janvier. Sur un an, le prix moyen du panier de produits de consommation courante (1) est resté stable (+0,37 %) à 136 €. En dix ans, les prix ont augmenté de 4,9 %, « soit une hausse très modérée sur le long terme, comparativement à l’inflation cumulée depuis 2006 (14,4 %) ». Le Smic brut quant à lui, a augmenté de 17 % sur la même période.

Le panier étudié par Familles rurales est composé de 35 produits. À chaque fois, les « veilleurs » de la fédération effectuent les achats en marques nationales, marques de distributeurs et marques « premier prix ». Les prix « marques nationales » ont augmenté de 7,6 % en dix ans, le prix moyen du panier passant de 167,60 € à 180,30 €. Le panier « premier prix » a augmenté de 7,4 % (90,90 € en 2006, 97,60 € en 2016). Le panier « marques de distributeurs » est quant à lui resté quasiment stable (+0,05 %) sur dix ans. Pour Dominique Marmier, président de Familles rurales, c'est sur les marques de distributeurs que les grandes enseignes ont misé pour « se différencier » dans un contexte de « guerre des prix terrible ». L’écart de prix entre le panier moyen « premier prix » et celui des marques de distributeurs s’est d’ailleurs atténué. Alors qu’en 2006 les marques distributeurs coûtaient 44 % plus cher que les marques premier prix, l’écart n’est désormais plus que de 34 %. L’écart « premier prix »/marques nationales reste quant à lui assez stable, d’environ 80 % sur la décennie.

Pour Pascale Hebel, responsable du pôle consommation au Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie), ces données sont à relativiser. « Le poids des promotions est très fort dans le prix des marques nationales ». Or, Familles rurales effectue les relevés de prix sur les produits hors promotion. « Si l’on tient compte des opérations promotionnelles, le prix de produits de marques nationales a diminué », estime Pascale Hebel.

Pain, pâtes, lait : les prix reculent

Si le panier n’est pas composé uniquement de produits alimentaires, Familles rurales suit de très près trois produits que l’organisation considère comme « les aliments de base des familles françaises » : la baguette de pain, les pâtes et les produits laitiers. Alors que le prix de la baguette a augmenté de 15 % sur la décennie dans les boulangeries, passant de 0,79 € à 0,91 €, la hausse n’est que de 5 % en grande surface (0,43 € en 2006 et 0,45 € en 2016). Le prix de la baguette a même perdu 10 % en grande surface entre 2015 et 2016, note Familles rurales. Quant au prix des pâtes en hypermarché, il a chuté de près de 5 % pour les produits de marques nationales et de 11 % pour les marques de distributeurs en dix ans. Entre 2015 et 2016, les pâtes de marques de distributeurs ont même vu leur prix reculer de plus de 17 %. Pour les produits laitiers (fromages, yaourts, lait), ce sont les marques nationales qui ont fortement tiré les prix vers le bas sur la décennie (-16,7 %) tandis que les produits de marques distributeurs ont augmenté de 18 %.

Une guerre des prix « préjudiciable » aussi pour le consommateur

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L’observatoire des prix de Familles rurales a ses limites, reconnaît l’organisation. D’abord, les relevés sont effectués par 72 « veilleurs » (issus de 33 départements) adhérents à Familles rurales. De fait, les prix sont ceux des points de vente situés en zones rurale et périurbaine seulement. Cependant, l’Insee observe également une augmentation des prix inférieure à celle de l’inflation dans la grande distribution sur la décennie (environ 10 %).

Par ailleurs, Familles rurales prévient : l’étude repose uniquement sur les prix et ne s’intéresse pas à la qualité des produits. Le recul des prix s’est-il fait au détriment de la qualité alimentaire ? Les consommateurs sont-ils vraiment gagnants ? Familles rurales n’a pas de données précises à fournir, mais le ressenti de Dominique Marmier est bien qu’« il est temps d’arrêter cette guerre des prix, car elle porte préjudice aux agriculteurs » – leur revenu a baissé de 18 % sur la décennie (2) – « mais aussi aux consommateurs ». Le président de Familles rurales estime que la qualité des produits est en baisse. Pourtant, « si, il y a 10 ans, le premier critère d’achat pour le consommateur était le prix, aujourd’hui, c’est la qualité », affirme Dominique Marmier. Il s’attend à des changements dans la façon de consommer et, de fait, dans l’offre de la grande distribution. « Une prise de conscience est en train de se faire », conclut-il.

(1) 35 produits de consommation courante issus de 13 catégories de produits : eaux, boissons chaudes, desserts, produits laitiers, œufs, surgelés, produits pour bébés, aliments pour animaux, biscuits et confiseries chocolatées, jus de fruits, confitures et pâtes à tartiner, petit-déjeuner, lessives et produits d’entretien, produits d’hygiène corporelle
(2) Données Insee

Le prix de la baguette a perdu 10 % en grande surface entre 2015 et 2016

Familles rurales dénonce les hausses de prix cachées

Les « veilleurs » de Familles rurales, qui effectuent les relevés de prix ont remarqué que derrière une stabilité apparente des prix, la grande distribution et les industriels trouvent des moyens détournés pour les augmenter. Par exemple, le pack de pots de fromage blanc est resté au même prix, alors que les pots sont passés de 100 g à 90 g, a témoigné une veilleuse le 24 janvier. Même constat d’une autre veilleuse qui parle quant à elle des lots de 10 paquets de mouchoirs : « Il n’y a plus 10 mouchoirs par paquet mais 9 », observe-t-elle, « mais le prix du lot est resté identique ». Autre exemple : les paquets de biscuits ou de produits surgelés. Le prix du paquet n’augmente pas, mais le poids diminue de quelques dizaines de grammes.