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Elevage L’ambition d’une filière à l’épreuve de blocages budgétaires et sociétaux

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Le virage indispensable que pourrait emprunter l’élevage français sous l’impulsion des professionnels et du ministère de l’Agriculture n’en finit pas. Au cours de l’assemblée générale de Coop de France qui se tenait à Paris le 19 décembre, le face-à-face entre professionnels de l’élevage et pouvoirs publics était symptomatique : le diagnostic est partagé, mais les propositions concrètes d’évolution se heurtent aux réalités budgétaires et sociétales.

«Le ministre Stéphane Le Foll a identifié le problème des bâtiments », a déclaré Jean-Guillaume Bretenoux, conseiller technique chargé des filières animales et de l'agroalimentaire, le 19 décembre, lors de l’Assemblée générale de Coop de France Pôle animal face aux présidents des différentes sections du Pôle animal et de ses adhérents. Le diagnostic est partagé, tant par les pouvoirs publics que par les acteurs du monde coopératif : « Il faut investir dans le parc vieillissant des bâtiments de l’élevage français ». Oui, mais la volonté politique et les initiatives des éleveurs se heurtent à une réalité. « Je ne vais pas vous cacher que nous sommes dans une situation budgétaire difficile », poursuit le conseiller du ministre. Voilà qui a le mérite d’être clair et ce devrait être, pour une durée indéterminée, une ligne directrice : concilier coupes budgétaires et développement. Un défi ambitieux, mais pas insurmontable. Car, pour le ministère de l’Agriculture, l’élevage reste un enjeu stratégique et prioritaire. « L’argent disponible, nous l’orienterons sur l’élevage », assurent les pouvoirs publics. Par exemple, « pour la mise aux normes des bâtiments de truies gestantes, il manquait des enveloppes. Nous avons orienté des fonds supplémentaires sur le PMBE (plan de modernisation des bâtiments d’élevage) », a rappelé le conseiller du ministre. L’ajout dont il est question est de 15 millions d’euros, portant ainsi le soutien public à la mise aux normes des bâtiments de truies gestantes à 40 millions d’euros pour l’année 2012.

Les éleveurs demandent un assouplissement administratif

Pour les pouvoirs publics, le budget est un premier frein. Pour les professionnels de l’élevage, les lourdeurs administratives sont un second frein. « Nous avons rénové près de 30 000 bâtiments en cinq ans », a admis Bruno Colin, président de la section bovine de Coop de France Pôle animal. Néanmoins, la réglementation n’envoie pas de signal en faveur de l’extension des exploitations. « En France, nous avons un plafond d’investissements de 70 000 euros pour la création d’un bâtiment. En Allemagne, le plafond est de 1,5 million d’euros », regrette-t-il. Au-delà de ce plafond, les éleveurs ne sont plus soutenus pour la construction de bâtiments. « Nous demandons que ce plafond soit doublé », poursuit-il.
La génération qui va prendre la relève aura besoin d’agrandir les élevages. « Les jeunes agriculteurs ne voudront pas s’installer seuls et passer près de 365 jours sur l’exploitation. Le modèle voulu, c’est une association de deux ou trois personnes sur des exploitations plus grandes », analyse Luc Desbuquois, président de la section avicole de Coop de France Pôle animal. Loin d’être anecdotique, son expérience est symptomatique. Il y a deux ans, il a entrepris de construire un bâtiment supplémentaire de 2 000 mètres carrés pour son fils qui va prendre la relève. « Aujourd’hui, je ne sais toujours pas si je vais pouvoir construire ce bâtiment. Si j’avais été en Belgique, mon bâtiment serait déjà en production », a regretté l’éleveur le 19 décembre lors de l’AG de Coop de France. Trop lent, trop onéreux. Construire un nouveau bâtiment, c’est le « parcours du combattant ». Pour le monde coopératif, ces démarches administratives cassent une dynamique positive d’éleveurs entreprenants. Pour les coopératives, « en respectant la loi, il doit y avoir moyen d’accélérer les procédures. Le gain de temps pourrait se compter en mois ».
En outre, les démarches administratives sont payantes. Une des premières étapes est de faire une enquête d’utilité publique qui coûte, dans le cas de Luc Desbuquois, 1 200 euros. Il faut ajouter à cela les coûts de lancement du projet. « Depuis le début du projet, j’ai déboursé environ 12 500 euros. Un cabinet d’études a estimé que le coût total des démarches pourrait atteindre 20 000 euros », témoigne-t-il. Pour rappel, si le revenu des éleveurs avicoles n’est pas le plus bas de la profession des éleveurs, selon les indicateurs de revenu de l’agriculture prévisionnels pour 2012, il est à peine supérieur à 40 000 euros par an.

Les pouvoirs publics attendent une acceptation sociétale

Quand le débat s’oriente sur des évolutions concrètes, il se heurte à la société civile. « Nous sommes dans un Etat de droit. Modifier la loi suppose une acceptation de la société », analyse le conseiller de Stéphane Le Foll. Au fond, les coopératives agricoles et les pouvoirs publics souhaitent répondre aux attentes de la société. Sauf que les coopératives constatent qu’en Allemagne la société civile a accepté des choix politiques qui, en France, sont montrés du doigt. Par qui ?
« Certaines associations environnementales ont un pouvoir de communication extrêmement fort. Elles véhiculent des craintes », analyse Jacques Poulet. Concrètement, les éleveurs qui respectent les règles ne devraient pas être pris dans des contentieux. Gérard Viel, président de la section porcine Coop de France Pôle animal, explique que les éleveurs ne devraient pas avoir à justifier en permanence qu’ils appliquent la loi. Et il ne s’agit pas non plus de tirer un trait sur les efforts environnementaux fournis par les éleveurs depuis de nombreuses années. « En réponse aux attaques, il nous faut expliquer les démarches positives entreprises et qui seront encore entreprises par les éleveurs en faveur de l’environnement, explique Jacques Poulet. Laissez les éleveurs montrer qu’ils sont capables de produire plus et de produire mieux ».

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