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Produire autrement Lancement de l’appel à projets Casdar « mobilisation pour l’agro-écologie »

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Chose promise chose faite : le ministère de l’Agriculture a lancé un appel à projets pour encourager l’agro-écologie. Sans être totalement novateur, cet appel revêt une forme originale, notamment parce qu’il s’adresse à des « collectifs d’agriculteurs ». Un appel à la mobilisation dans un calendrier presque aussi serré que le budget qui lui est alloué.

Le sujet est nouveau. La forme aussi. Le ministère de l’Agriculture a lancé un appel à projets « mobilisation collective pour l’agro-écologie ». C’était l’une des promesses du plan de Stéphane Le Foll pour donner corps à l’agro-écologie à laquelle il souhaite convertir l’ensemble de l’agriculture. Doté de 2,5 millions d’euros pour 2013, dans le cadre du Casdar (Compte d’affectation spéciale pour le développement agricole et rural), et ouvert depuis le 10 mai, cet appel à projets s’adresse à des « collectifs d’agriculteurs et éventuellement d’autres acteurs » dont les projets mettent en place et diffusent des pratiques innovantes conciliant production agro-écologique et performance économique. Il est ouvert à toutes formes de pratiques agro-écologiques (préservation des sols, autonomie fourragère, agro-sylvo-pastoralisme, économies d’intrants, d’eau, d’énergie…), ainsi qu’à tous types d’innovations économiques organisationnelles ou sociales. « Il s’agit de permettre aux agriculteurs, accompagnés par les acteurs du développement agricole et rural, de construire des systèmes agro-écologiques adaptés à leurs exploitations et à leurs territoires », précise la circulaire diffusée le 7 mai par le ministère. Et de préfigurer, en quelque sorte les GIEE, si chers au ministre, ces groupements d’intérêt écologiques et économiques

Un appel à constituer des collectifs d’agriculteurs

Original, cet appel à projets l’est assurément. D’abord parce qu’il s’adresse très directement à des « collectifs d’agriculteurs », accompagnés ou non par une structure de développement agricole et rural. Traditionnellement, ce sont plutôt les organismes agricoles eux-mêmes qui postulent. La candidature – détaille la circulaire ministérielle – doit être déposée soit « par une structure représentant ou constituant un collectif d’agriculteurs et qui réalise elle-même l’animation du projet ou conventionne l’animation auprès d’une structure compétente », soit par l’une de ces structures compétentes, pour le compte d’un collectif d’agriculteurs. Le collectif d’agriculteurs devra en tout cas disposer d’une personnalité morale et d’un n° de Siret/Siren. Et ce, avant la date limite de dépôt des candidatures dans les directions régionales de l’agriculture et de la forêt, fixée au 15 juillet 2013. Un calendrier qui peut sembler serré.

Démarche bottom-up

Cet appel à projet revêt une forte dimension territoriale, de par les critères de sélection. Et une forte dimension appliquée, puisqu’il soutiendra directement des groupes d’agriculteurs dans leur projet. Une démarche « bottom-up » qui n’est pas si courante dans le milieu agricole et qui vise à encourager les actions innovantes sur le terrain plutôt qu’à faire descendre des ministères et de la recherche des solutions. Si les initiatives montent du terrain, elles seront observées à l’échelle nationale : cet appel à projet a « une valeur expérimentale nationale », écrit le ministère, et devra alimenter la réflexion sur ces fameux GIEE. Il est donc prévu « d’identifier, formaliser et capitaliser la diversité des méthodes mises en œuvre en matière de conduite de projets collectifs pour ensuite les diffuser ». Le ministère prévoit dores et déjà de lancer « un travail de capitalisation de ces enseignements à partir de l’observation chemin faisant de la mise en œuvre des projets », lesquels auront une durée maximale de 3 ans.

Un précédent avec les fermes Ecophyto

La démarche n’est toutefois pas complètement inédite. « C’est un peu dans l’esprit de ce qui s’est fait pour le réseau de fermes Dephy dans le cadre du plan Ecophyto » de réduction des pesticides, observe Hervé Guyomard, directeur scientifique à l’Inra. Ce réseau de fermes de production de référence et de démonstration s’est construit sur un appel à candidature pour tester et attester des moyens de réduire les pesticides.

Budget serré

L’enveloppe Casdar disponible est de 2,5 millions d’euros. Impossible d’imaginer encore le nombre de candidatures qui seront déposées ni la taille des projets. Mais les financements sont plafonnés à 100 000 euros par projet sur cette enveloppe. Même si des co-financements sont possibles (le cofinancement par les collectivités territoriales est même un critère de sélection), un rapide calcul suggère que 25 projets mobilisant chacun le financement maximal suffiraient à consommer la totalité de l’enveloppe prévue. La taille d’un projet peut toutefois être très variable. Mais selon un autre calcul rapide, 100 000 euros permettent de financer un emploi à temps plein, par exemple en animation. Une porte ouverte pour des moyens humains tellement nécessaires aux projets de terrain.