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Santé Lancement du test grandeur nature des quatre systèmes d’étiquetage nutritionnel

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À partir du 26 septembre et pendant dix semaines, quatre systèmes d’étiquetage nutritionnel seront testés en conditions réelles d’achat dans 60 supermarchés en France. La simplification de l’information nutritionnelle pour une alimentation saine et équilibrée est prévue dans la loi de santé. Les résultats analysés à l’issue de ce test permettront de déterminer quel système est plébiscité par les consommateurs.

Comme prévu, le test grandeur nature visant à évaluer quatre systèmes d’étiquetage nutritionnel auprès des consommateurs va démarrer. La simplification de l’information nutritionnelle "pour une alimentation saine et équilibrée" est prévue dans la loi de modernisation de santé défendue par Marisol Touraine, afin de lutter contre les problèmes de santé liés au surpoids. Benoit Vallet, directeur général de la santé, et Christian Babusiaux, président du Fonds français pour l’alimentation & la santé (FFAS), ont été chargés par la ministre de la Santé de piloter cette expérimentation. Comme l’a précisé Benoit Vallet lors de la conférence de presse de lancement le 16 septembre, « : En France, 15 % des adultes souffrent d’obésité, soit 7 millions de personnes et 3,5 % des enfants de moins de 15 ans sont concernés par ce problème ». Des pourcentages trois fois plus élevés dans les milieux défavorisés et dont l’augmentation est inversement proportionnelle à l’évolution des revenus.

Pour l’heure, l’étiquetage nutritionnel disponible sur les produits est réglementé à l’échelle européenne par le fameux règlement INCO. Obligatoire à compter du 13 décembre, cet étiquetage doit indiquer la valeur énergétique et un certain nombre de nutriments du produit. Le but du logo nutritionnel positionné en face avant du packaging des produits emballés est d’apporter une information nutritionnelle plus simple, facilement compréhensible par les consommateurs. Un système qui, rappelons-le, sera utilisé sur la base du volontariat par les fabricants.

Quatre systèmes, deux synthétiques (Nutriscore et Repère alimentaire Sens) et deux analytiques (Nutricouleur et Nutrirepère) sont en jeu (voir illustrations) dans cette expérience en conditions réelles d’achat. L’objectif de ce test vise à faire émerger le système le plus à même d’éclairer l’information des consommateurs sur les qualités ou les défauts nutritionnels d’un produit par rapport à un autre et donc de déterminer leurs actes d’achats. « Un acte très court, d’où la nécessité d’un étiquetage compris rapidement », a souligné Benoit Vallet. « Nous ne savons pas comment le consommateur va s’approprier le nouveau système d’étiquetage nutritionnel, c’est là tout le but de la mise en œuvre de ce dispositif exceptionnel, d’une ampleur mondiale », a renchéri Daniel Nairaud, le directeur général du FFAS.

60 supermarchés et quatre familles de produits

Concrètement à partir du 26 septembre et jusqu’au 4 décembre, les quatre logos sélectionnés seront testés dans 60 supermarchés (10 par système et 20 témoins) tirés au sort par le Comité scientifique (1), « dont 50 % dans les villes les plus défavorisées », ont précisé les organisateurs. Ces magasins sont répartis dans quatre régions de France (Grande couronne de l’Ile de France, Nord-Pas de Calais et Picardie, Haute Normandie et Ain, Loire et Rhône). Trois grandes chaînes de distribution : Simply Market (Auchan), Casino et Carrefour Market, et 29 industriels ont accepté de jouer le jeu.

L’étiquetage concernera quatre grandes familles de produits : le traiteur frais (pizzas, tartes, plats cuisinés frais…), la viennoiserie industrielle (brioches, croissants…), les pains et pâtisseries industrielles (pains de mie, pains spéciaux…) et les plats cuisinés en conserve (cassoulet, paëlla, taboulé…). « Le choix a été fonction des rayons où il y avait de vraies différences sur le score alimentaire, a souligné Noël Renaudin, le président du comité scientifique d’évaluation, pour que les changements d’achats entraînent au final des modifications du score FSA (2) suffisant ».

À noter que le rayon crémerie n’a finalement pas été retenu pour deux raisons. La première est que « l’importance du réassort sur les produits laitiers frais aurait occupé les équipes chargées de l’étiquetage à temps complet pendant les dix semaines uniquement sur ce rayon », explique Sandrine Raffin, président de Link Up, l’agence chargée de la coordination des opérations sur le terrain. En outre, pour que ce test révèle tout son intérêt, il faut « une grande variabilité inter-catégorielle des produits », explique encore cette dernière. Or, il existe assez peu de différence entre tel ou tel yaourt nature et telles ou telles crèmes dessert au chocolat, si ce n’est la marque. En revanche, deux plats cuisinés à base de lentilles, de recette a priori assez semblable, peuvent révéler de grandes disparités, sur la teneur en sel notamment.

Un coût de 2,2 millions d’euros

Le taux d’étiquetage durant ce test sera d’environ 76 % pour le traiteur, 86 % pour la viennoiserie et les pains/pâtisseries industrielles et 63 % pour les plats cuisinés, certains produits échappant à l’opération. Un logiciel créé par l’Inra génère les étiquettes en fonction des algorithmes de la composition des produits. Au final, pas moins de 2 millions d’étiquettes seront ainsi collées sur plus de 1 200 références, la veille du démarrage du test et lors de chaque réassort. Ceci nécessite le travail d’une équipe dédiée de 70 personnes, qui seront chargées de l’étiquetage quotidien, tout au long de ces dix semaines, sans compter le concours de partenaires extérieurs présents ponctuellement dans les magasins. Des enquêtes qualitatives et quantitatives seront également menées tout au long du test auprès des consommateurs pour mesurer la compréhension du logo et son impact sur leurs choix. Le coût total de l’opération s’élève à 2,2 millions d’euros, payé à 52 % par des dotations privées, le reste sur des fonds publics (la CPAM et la DGS notamment).

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Rapport remis fin décembre

Une fois toutes les données collectées et analysées, le comité scientifique devrait être en mesure de rendre son rapport fin décembre. À charge ensuite pour l’Anses de rendre un avis sur le système d’étiquetage nutritionnel qui répond le mieux aux attentes des consommateurs, lequel sera alors recommandé aux industriels par le ministère de la Santé. À noter que l’Anses doit également rendre un avis sur un cinquième système (Nutri Mark), testé actuellement par Leclerc dans ses magasins et ses drives. La publication du décret interviendra début 2017. Les résultats de ce test contribueront aussi à alimenter les discussions prévues au niveau européen à partir de fin 2017, qui viseront à proposer un système graphique unique pour le marché européen.

Si les industriels de l’agroalimentaire ont toujours été favorables à la simplification de l’information nutritionnelle, ils ont aussi toujours « affiché publiquement une préférence pour les logos qui apportent une information objective aux consommateurs (Nutri-repère) et/ou une recommandation sur la fréquence de consommation (SENS) », rappelle l’Ania dans un communiqué le 16 septembre. Alliance 7 (fédération des produits d’épicerie) et la Fict (Fédération des Industriels de la charcuterie traiteur) défendant quant à eux le Nutri repère.

Avec ce test, ce sont donc les consommateurs qui auront le dernier mot. Outre le fait que les fabricants seront libres d’apposer ou non le logo recommandé par les pouvoirs publics sur leurs produits, rien ne les empêche également dans l’état actuel de la législation, d’en choisir un autre.

Autant espérer dans ces conditions que le système plébiscité rencontre l’adhésion du plus grand nombre, faute de quoi l’étiquetage nutritionnel graphique tel qu’envisagé dans la loi de santé aura fait couler plus d’encre qu’il n’aura montré son efficacité dans la réduction des inégalités de santé.

*Système d’étiquetage nutritionnel simplifié

1/Présidence par Noel Renaudin (Président du comité d’évaluation des chartes de progrès nutritionnels/PNNS), le comité scientifique est composé d’experts scientifiques en économie de la consommation alimentaire, en nutrition, sciences des aliments et statistiques. Ils ont la responsabilité d’établir le protocole de l’expérimentation.

2/score de qualité nutritionnelle élaboré au Royaume-Uni par la Food Standards Agency (FSA)