Tout en dressant le bilan assez sombre de l'industrie alimentaire pour 2013, Jean-Philippe Girard, le président de l'Ania, a évoqué une « petite reprise » des investissements pour le début de l'année. Une véritable bouffée d'oxygène pour le secteur qui connaît une situation assez compliquée depuis trois ans, sur fond de guerre des prix avec la grande distribution.
L'ANIA a fait le point de la situation de l'industrie agroalimentaire à fin 2013 et donné quelques tendances encourageantes pour le début de l'année lors d'une conférence de presse le 10 avril. Ainsi Jean-Philippe Girard, le président de l'Ania a souligné que les prévisions d'investissements dans le secteur marquaient une hausse de 7 % en janvier 2014, contre un repli de 2 % escompté précédemment. Une vraie bouffée d'oxygène à laquelle l'ensemble de la profession veut croire et vite oublier 2013, une des plus mauvaises années avec 2009 qu'a connu le secteur. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : si il conserve la place de premier secteur industriel en France, l'agroalimentaire n'en a pas moins marqué le pas l'an dernier, avec un chiffre d'affaires de 160,5 milliards d'euros, en très légère progression de 0,6 % en valeur, en deçà « du 1 % de hausse couramment observé lors des petites années » par le passé, a souligné Jean-Philippe Girard. De fait, hors effets prix, la production a même enregistré un recul de 2,2 % « du jamais vu », selon l'Ania. Dans le même temps, la profession a perdu près de 5 000 emplois (4 824 exactement) en 2013 sur un total de 492 millions salariés, et enregistré 316 défaillances d'entreprises (contre 297 en 2012), provoquant parfois des situations dramatiques sur le plan local, a d'ailleurs rappelé, le président de l'Ania. Pour autant, en dépit d'un léger repli, l'agroalimentaire reste sans conteste un des piliers du com-merce extérieur français, avec un solde extérieur positif de 8,4 milliards d'euros, juste derrière l'aéronautique. Des performances à l'international qui reflètent de grandes disparités avec une très nette prédominance des boissons (10,8 milliards d'euros), suivies par les produits laitiers et les glaces (3,2 milliards d'euros). Et enfin, autre signe encourageant, si les importations ont progressé de 3,8 % par rapport à 2012 à 34,9 milliards, les exportations se sont maintenues à 43,4 milliards d'euros (+1,4 % sur 2012).
Coop de France qui était attendu à l'Elysée avec l'Ania, a quant à lui décidé au dernier moment d'annuler sa participation. « Nous avons estimé que les spécificités de la coopération n'étaient pas suffisamment prises en compte lors de la préparation de cette réunion, notamment sur le coût du travail et le CICE », explique Yves Boulay, porte-parole de Coop de France, qui indique que la coopération avait obtenu des engagements de Jean-Marc Ayrault sur le CICE. Pour Philippe Mangin, président de Coop de France, le sujet essentiel demeure celui du coût du travail alors que les coopératives sont toujours exclues des mesures du Crédit Impôt Compétitivité Emploi (CICE). Coop de France demande au président de la République une rencontre qui permettra d'évoquer les réelles spécificités des entreprises coopératives. Coop de France regroupe 2 800 coopératives présentes dans toutes les filières, soit plus de 40 % du chiffre d'affaires de l'agroalimentaire en France, et 160 000 salariés.
LE DEVELOPPEMENT PASSE PAR L'EXPORTATION
Pas de doute, le redressement de la profession passe par l'innovation et la modernisation des outils de production, mais surtout par l'exportation. « Les entreprises qui s'en sortent sont celles qui exportent. Il faut trouver des solutions en se sens », a exhorté Jean-Philippe Girard, rappelant que seules les plus grosses entreprises passaient les frontières. L'agroalimentaire va certes mieux que d'autres industries, mais sa « bonne santé » ne doit pas occulter des problèmes récurrents auxquels sont confrontés de nombreuses petites entreprises du secteur, à savoir la volatilité du prix des matières premières. De fait, les fluctuations sur le blé, notamment, sont comprises entre 10 et 100 euros par an là où elles n'étaient que de 1 euro par an il y a 20 ans, se souvient Jean-Philippe Girard. Des hausses dont l'impact sur les coûts de production est rendu d'autant plus lourd, que les sociétés ne peuvent les répercuter en aval, en raison de la pression sur les prix imposée par la grande distribution.
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LA GUERRE DES PRIX AVEC LA DISTRIBUTION DOIT CESSER
Et comme l'explique encore le président de l'Ania, 96 % des 13 500 entreprises répertoriées dans la profession sont des PME, pour qui la trésorerie est le véritable « fer de lance pour tenir et se développer ». « Sans croissance et sans rentabilité, il n'y a pas d'emploi », rappelle-t-il. Et d'alerter sur les difficultés qui subsistent sur l'emploi depuis le début de l'année avec quelque « 1000 emplois en tensions » qui pourraient conduire à 4 500/5 000 nouvelles suppressions cette année, si la profession n'arrive pas à inverser la guerre des prix avec la distribution et à retrouver ses marges. Des problèmes qui font écho à la perte de compétitivité des entreprises françaises face à ses concurrents européens, l'Allemagne notamment, où le coût social et fiscal est inférieur de 6 % à la France. Jean-Philippe Girard appelle donc de tous ses vœux une solution rapide sur les prix, alors que débuteront début mai les négociations pour les ventes de Noël, faute de quoi de nouveaux plans de restructuration et donc de nouvelles vagues de licenciements sont à prévoir. Evoquant le pacte de responsabilité, Jean-Philippe Girard a déclaré attendre de ce pacte « des conditions favorables à la croissance de nos entreprises et à la réalisation du plein potentiel de l'industrie alimentaire », non sans préciser que le secteur s'était engagé sur 90 000 créations d'emplois d'ici à 2017, « à conditions que la croissance reprenne et que les menaces de nouvelles taxes s'estompent ».
Mardi 15 avril, le président de l'Ania était reçu à l'Elysée par le président de la République François Hollande et Stéphane Le Foll, toujours ministre de l'Agriculture depuis le dernier remaniement, mais également porte parole du gouvernement. « Un entretien très constructif », selon l'Ania en faveur du développement de la filière. Le pacte de responsabilité était au centre des discussions. Pour qu'il fonctionne, l'Ania a invité le gouvernement à s'engager sur les enjeux décisifs, à savoir l'arrêt de la guerre des prix et l'allègement de la fiscalité sur les entreprises, notamment les taxes comportementales. Le président de la République a montré une réelle volonté « d'activer tous les leviers pour permettre au secteur agroalimentaire de résister et participer à la hauteur de son dynamisme à la reprise économique du pays », indique l'Ania.