L’Association nationale des industries alimentaires a décidé la mise en route d’un comité Recherche & Développement. Le fait est à marquer d’une pierre blanche et traduit un virage important de l’organisation représentative des industries alimentaires, plus souvent mobilisée par les dossiers distribution ou obésité, car cette problématique, pourtant décisive pour la compétitivité du secteur, n’était pas clairement identifiée dans ses instances depuis au moins dix ans. Ce comité a été réuni pour la première fois le 12 février et il sera, dans sa forme définitive, composé d’une quinzaine de personnes, directeurs de recherche dans des entreprises ou permanents chargés de ces questions au sein de ses plus grandes fédérations de branche.
Plusieurs faits militaient en faveur de la création d’un tel comité permanent, selon Yves Bayon de Noyer qui vient d’en prendre la présidence : « Il fallait créer un lieu central pour que les industriels se positionnent ensemble face à plusieurs initiatives publiques », a expliqué le p.-d.g. de la société Agis à Agra alimentation. Tout d’abord, au plan national, on a assisté, en moins de deux ans, à la mise en place de l’Association nationale de la recherche, dont est sorti un premier Programme national de recherche sur l’alimentation (PNRA) lancé en 2005 ; dans le même temps se sont constitués une douzaine de Pôles de compétitivité à connotation agroalimentaire, et enfin a été créée l’Agence de l’innovation industrielle (A2I). Autant d’opportunités à saisir, sans faute, sachant que l’Etat veut ainsi que se nouent des partenariats entre la recherche publique et la recherche privée.
Il est de l’intérêt des professionnels que les grands thèmes et la formulation des appels à projets soient les plus proches possible des vraies questions qu’ils ont à résoudre. Ils auront aussi avantage à se concerter, note le président du nouveau comité, au moment où tous ces dispositifs conduisent à concentrer un peu plus l’analyse des dossiers et où les moyens financiers publics ne sont dé-sormais attribués qu’à des dossiers bâtis à plusieurs. Enfin, l’industrie alimentaire mettra ainsi davantage en évidence aux yeux des organismes de recherche et des pouvoirs publics ses propres efforts de recherche déployés dans ses entreprises.
Un site Internet
Les industriels ont donc à se mettre d’accord sur les problématiques qu’ils veulent voir privilégiées dans les programmes. Instrument de ce consensus, le comité Ania se donnera ensuite pour rôle de communiquer au maximum en direction de l’ensemble des entreprises, et des PME en particulier, insiste Yves Bayon de Noyer. Pour concourir à cet objectif, l’Ania va créer un site internet spécifique qui sera rendu opérationnel avant la fin de ce premier semestre : y seront répertoriés tous les moyens disponibles, tous les dossiers français et européens, et des liens seront institués avec les Pôles de compétitivité, avec les centres Inra, etc.
Il s’agit pour l’Ania d’être un aussi bon réseau que ceux avec lesquels travaille l’Agence nationale de la recherche (ANR) en servant à la fois de relais et de caisse de résonance à ses appels à projets.
Un PNRA bis ?
Le comité Recherche de l’Ania aura aussi à se positionner assez vite dans l’hypothèse - éminemment souhaitable mais non confirmée à ce jour - où serait lancé un deuxième PNRA pour 2008, ou mieux pour les années 2008-2010. Un premier objectif pour Yves Bayon de Noyer, qui préside justement l’actuel comité de pilotage du PNRA, sera d’obtenir que l’exercice soit renouvelé. Après y avoir goûté on ne lâche pas sans motif une manne qui a quand même atteint 14 millions d’euros par an, soit trois fois plus qu’à l’époque des grands programmes Aliment 2000 puis Aliment Demain.
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Et son second objectif sera que la profession puisse véritablement en négocier le contenu, voire les modalités. Ce serait un progrès par rapport au premier PNRA qui, lui, était déjà quasi bouclé quand on lui a demandé d’en présider le comité de pilotage en tant que vice-président de l’Ania et que coordinateur des centres techniques agroalimentaires à la présidence de l’Actia ! C’est à la profession, insiste-t-il, de dire vers quelles recherches devraient s’orienter tant les laboratoires publics que ceux des centres techniques ou ceux qui se mettent en réseau via les Pôles de compétitivité.
« C’est ce que nous n’avions pas eu le temps de faire en 2005, déplore Yves Bayon, même si une excellente ébauche avait été dessinée par un des groupes de travail du PNDIAA Partenariat national de développement des IAA sur la base d’une contribution tout-à-fait novatrice de l’Actia : on a eu ainsi un squelette et il nous reste à mettre de la chair autour», lance-t-il de façon imagée. Cela a aidé à enrichir la thématique des appels d’offre que le PNRA vient de rendre publics pour 2007 : ce troisième appel à projet a clairement été élargi aux questions – trop négligées ces années passées – de process et de technologies alimentaires considérées comme des moyens de prévenir les risques inhérents à la chaîne alimentaire.
Préparer la plateforme française de « Food for life »
Sur un autre front, l’Ania doit aussi devenir « le partenaire incontournable » dans le dispositif mis en place au plan communautaire dans le cadre de la plate-forme « Food for life ». Engagée de façon pérenne par la Commission européenne depuis 2006, cette plate-forme peut être déterminante sur le contenu de la majorité des recherches financées sur le 7e PCRD et, là aussi, ce sont les acteurs économiques qui sont censés avoir la main. En 2007 chacun des Etats-membres doit avoir créé sa plateforme technologique dans laquelle une forte implication du privé est exigée.
« Si nos structures nationales pêchent souvent par un défaut d’Europe, remarque Yves Bayon de Noyer, il y a là bien un train à ne pas manquer ». L’Ania va donc participer, grâce à son nouveau comité, à la construction de la plateforme française, car celle-ci aura un rôle décisif à jouer pour assurer le transfert des informations et des résultats des recherches en direction des PME.
Un dernier axe de travail a été retenu par le nouveau comité : exercer un rôle actif dans la coordination des 12 Pôles de compétitivité qui ont une spécialisation agroalimentaire marquée et qui avaient déjà été réunis une première fois par Jean-René Buisson en juillet. Dès lors, l’Ania a confié une mission à l’Actia qui consistera à faire pour son comité Recherche un véritable « reporting » sur les orientations et les travaux initiés dans ces Pôles. Plusieurs centres Actia étant des coordinateurs de pôles, il y avait là une évidente synergie. A terme il s’agit évidemment d’éviter d’inutiles doublons ou de laisser trop de terrains en friche. Et au final de mieux mesurer les efforts des uns et des autres alors qu’ils n’apparaissent que trop dispersés dans un nombre de cases infini. Le fonctionnement en réseau est donc là encore la formule privilégiée…