Lors des Assises de l'Alimentation de l'Ania qui se tenaient à Paris le 10 mai, Jean-Philippe Girard, son président, a présenté son Nouveau Pacte Alimentaire. Un pacte construit autour de cinq grands thèmes qu'il veut partager avec les différents acteurs de la chaîne, de l'amont à l'aval en passant par les politiques et les élus, mais aussi les fédérations, afin non seulement de répondre aux attentes des consommateurs, mais aussi de permettre de sortir vers le haut de la crise qui pénalise bon nombre d'intervenants.
Retrouver la confiance des consommateurs et restaurer l'image de l'industrie agroalimentaire française. Deux thèmes particulièrement mis en avant par l'Ania qui tenait ses Assises de l'Alimentation le 10 mai au Palais Brongniart, devant un parterre réunissant quelque 550 industriels, experts, politiques et autres acteurs de l'agroalimentaire. Si l'alimentation n'a jamais été aussi sûre qu'aujourd'hui, la méfiance des consommateurs est elle aussi à son plus haut niveau. Un paradoxe que les professionnels de l'alimentation ne peuvent ignorer s'ils veulent aller de l'avant. S'appuyant sur les résultats de la grande consultation citoyenne sur l'alimentation que l'Ania avait lancée entre novembre 2015 et mars dernier et à laquelle près de 9 000 consommateurs ont répondu, son président Jean-Philippe Girard a comme prévu présenté son Nouveau Pacte Alimentaire. Un pacte en cinq actes (1), qui s'il veut répondre aux attentes des consommateurs, tout en s'adaptant aux mutations mondiales, et en préservant les spécificités françaises, doit surtout et avant tout être porté par tous. Par tous, entendons tous les acteurs des filières de la chaîne alimentaire, des producteurs aux distributeurs en passant par les industriels et aussi les politiques. « Un pacte où chaque acteur respecte l'autre », a aussi scandé Jean-Philippe Girard, clin d'œil aux négociations commerciales, qui cette année encore ont été particulièrement tendues (lire aussi page 14). Des négociations où « chacun est dans son rôle et ne veut pas écouter l'autre » a-t-il d'ailleurs concédé.
DES DÉBATS PASSIONNÉS
Ces Assises étaient donc l'occasion d'échanger autour des différentes thématiques qui font le socle de ce Nouveau Pacte Alimentaire. Même si les débats sont restés très policés, chacun est resté dans son rôle, défendant les positions qui sont les siennes, sans montrer de réelles avancées. Jérôme Bédier a ainsi demandé qu'on arrête de rendre la distribution et la guerre des prix responsables de tous les maux au sein des filières. Si le DG délégué et secrétaire général du groupe Carrefour s'est dit tout a fait favorable à la nécessité « de mener des combats ensemble sur des valeurs qu'on partage et qu'on doit encore développer », encore faut-il se poser les bonnes questions, notamment celles concernant l'endettement de certains éleveurs, a-t-il soulevé. De quoi faire réagir Christiane Lambert, première vice-présidente de la FNSEA, qui demandait au distributeur « à repartir d'un contrat de confiance » et à remettre « le producteur agricole au centre des négociations ». Tout en rappelant combien « les comparateurs de prix sont très préjudiciables aux producteurs », cette dernière souhaite également que « la négociation sur les prix se fasse à partir de ces derniers » afin qu'ils ne soient plus en bout de course.
REFONTE OU PAS DE LA LOI LME
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Et justement, parlons prix. Même si tous s'accordent à dire que la guerre des prix est destructrice de valeur, difficile encore une fois de mettre tout le monde d'accord sur cet aspect du juste prix. Et ça n'est pas Philippe Chalmin, professeur d'histoire économique à Paris-Dauphine et président de l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires qui a dépassionné le débat. « Le juste prix est une ineptie ! » a-t-il lancé, rappelant les grands principes du marché, entre l'offre et la demande, qui font que « le prix est bien pour certains et mauvais pour d'autres ». Quant à une refonte de la loi LME prévue par la loi Sapin 2, il y a là aussi, les pour et les contre. Les uns, comme Jérôme Bédier pour qui « si la réalité du marché ne change pas, rien ne sert de changer les lois », les autres, comme Jean-Philippe Girard estimant que cette loi n'est plus adaptée aux besoins actuels.
Au final, si le patron de l'Ania n'exclut pas, les élections présidentielles approchant, de durcir le ton auprès des politiques, il veut pourtant croire que chacun y mettra du sien. « Le citoyen consommateur attend autre chose de nous. Soyons ambitieux, audacieux et vrais. Mettons au cœur de ce pacte notre intelligence collective » a-t-il conclu. Dont acte.
(1) Pour une alimentation toujours meilleure, pour plus de transparence et plus de confiance, pour une alimentation plus responsable et plus durable, pour une filière plus forte, créatrice d'emplois locaux et pour le rayonnement de la France dans le Monde