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L’année 2007, plus qu’une transition

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Bien que ponctuée d’échéances électorales majeures, l’année 2007 n’a pas trop souffert de l’attentisme habituel. Les entreprises agroalimentaires, surprises par la haute conjoncture des prix en amont et les campagnes médiatiques en faveur de baisses en magasin, ont gardé leur sang-froid, continuant de multiplier les initiatives pour arrondir leur périmètre d’activité et procéder à des alliances et à des acquisitions. Rétrospective.

Pour l’essentiel, 2007 a été marquée par « le grand retour de l’agriculture » dans les préoccupations des industriels – et peut-être des citoyens – tant ont été brutales la raréfaction des matières premières et la flambée conséquente de leurs prix.

Sur le plan politique, l’Europe élargie à 27 n’a pas ralenti sa volonté de réformer les organisations communes de marché, l’OCM vin et l’OCM fruits et légumes, principalement. La Commission a même tapé du poing sur la table pour que le plan de restructuration sucrière se réalise dans les temps et elle a commencé à préparer les esprits à l’après 2013 et à une mise à mort des quotas laitiers en 2015.

En France, les promesses du candidat Sarkozy ont débouché sur une relance du processus institutionnel européen via la règle majoritaire inscrite dans ce que l’on nomme par antiphrase le « mini-traité ». Sans peur du paradoxe, le président élu a replacé les enjeux agricoles et alimentaires au cœur de son premier discours économique (au Medef), prônant une négociation offensive sur la Pac et l’OMC qui sera au menu de la présidence française dans six mois.

Triple net

Au plan interne, le mot « pouvoir d’achat », brandi plus que de raison vu les hausses de prix subies en amont de l’industrie alimentaire, a poussé industriels et distributeurs à se faire violence en avançant de deux ans l’atterrissage au « triple net ». Ainsi est-on passé du calendrier progressif de la loi Dutreil à la réforme Chatel, une réforme elle-même glissante si demain l’on veut suivre à la lettre la Commission Attali.

L’acuité de ces débats n’a pas remisé pour autant les impératifs de santé publique chers aux politiques : l’industrie alimentaire a dû se résoudre à insérer des messages sanitaires dans ses publicités et certains groupes ont même paraphé des engagements nutritionnels peu de temps avant l’entrée en vigueur du règlement européen sur les allégations, mais bien longtemps en revanche avant la mise au point des fameux « profils » auxquels il faudra se référer.

Malgré ces contraintes, les mouvements structurels qui changent les rapports de force entre entreprises ont été probablement aussi nombreux que les années précédentes, comme le démontrera le prochain « Panorama annuel des restructurations » d’Agra alimentation Le décompte définitif et le détail des accords recensés paraîtra en début d’année dans le Supplément habituel à Agra alimentation intitulé « Panorama des restructurations des industries agroalimentaires en 2007 ». Selon un décompte encore provisoire, il semble que le seuil des 150 accords inter-entreprises sera dépassé. Mais, fait nouveau, dans le palmarès de tête, les vins et spiritueux, secteur traditionnellement le plus riche en cessions et acquisitions, ont connu une réelle accalmie en 2007, avec deux fois moins d’accords que d’habitude et aucun de très grande envergure. Ils ont été détrônés, en fait, par l’industrie laitière où l’on a enregistré plus d’une vingtaine d’opérations. Viennent ensuite ex-aequo la boulangerie-biscuiterie et la charcuterie-traiteur-plats cuisinés, suivies des conserves et de l’alimentation animale.

Le virage Numico

Pour autant, le fait le plus marquant ne touche pas directement ces métiers, c’est le nouveau virage stratégique pris par le leader de l’agroalimentaire français : le groupe Danone a en effet tiré un trait sur l’un de ses trois pôles, les biscuits, en en cédant l’essentiel (1,9 milliard d’euros de chiffre d’affaires) au groupe américain Kraft qui a déboursé pour cela 5,3 milliards. Un magot vite réemployé par le Français qui a réussi une OPA amicale sur le néerlandais Numico – valorisé 12,3 milliards ! – pour devenir d’emblée le n°1 de la nutrition infantile en Europe.

Par comparaison, ses quelques opérations nouvelles en produits frais sont presque passées inaperçues : en Thaïlande, au Chili, et une montée toujours lente dans le russe Wim Bill Dann, compensée d’ailleurs par sa sortie de Bright Dairy et l’abandon de ses projets avec Mengniu en Chine, pays qui continue de lui donner beaucoup de fil à retordre pour ses co-entreprises avec Wahaha.

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Le lait en vedette

Les grandes manœuvres de nos autres majors laitiers, hormis le coup de maître du groupe Bel à qui Unilever a cédé Boursin, ont été dans la continuité de ces dernières années. Ainsi quand Lactalis – tout en grapillant quelques PME dans l’hexagone (fourmes de Triballat Rians, La Belle Etoile, compotes Delis) et sans éviter un échec cuisant concernant la reprise de Toury – a trouvé de nouvelles proies en Europe de l’Est (Croatie, Tchéquie, Ukraine), au Danemark, en Espagne et en Algérie, et quand Bel a fait de même en Ukraine et en Iran, Senoble en Slovaquie et outre-Manche. Bongrain, plus modestement, est allé en Belgique mais a surtout décidé de se séparer de son pôle gastronomie (Potel & Chabot) et de nouer un partenariat d’avenir avec la branche fromages de Sodiaal (Riches Monts) : ainsi le groupe coopératif trouve à s’alléger – de même que par son accord avec Cofranlait (Entremont Alliance) en ce qui concerne Sodiaal Industrie – et garde sans doute en vue de pouvoir reprendre un jour le contrôle de Yoplait.

Poussée des capitaux agricoles

En amont de la filière, l’alimentation animale a vu ses trois ténors changer de mains coup sur coup : Provimi, que PAI a cédé au fonds britannique Permira, Evialis qui est tombé aux mains des céréaliers d’In Vivo et Glon Sanders à celles du fonds financier de la filière oléagineux Sofiprotéol.

Conséquence ou non de la haute conjoncture survenue brusquement sur les matières premières, les capitaux agricoles se sont aussi montrés actifs à travers Tereos quand le groupe coopératif sucrier a repris cinq usines du britannique Tate & Lyle et a hissé du même coup sa filiale Syral au 3 ème rang de l’amidon et du glucose en Europe. De même, Champagne Céréales se retrouve seul maître à bord chez Chamtor après le désengagement de l’allemand Pfeifer & Langen.

Dans l’industrie de la viande, la restructuration la plus attendue s’est faite aussi sous l’impulsion du secteur coopératif : elle a abouti, malgré ou à cause d’une conjoncture particulièrement difficile, à créer un ensemble porcin de poids avec la Cecab, Gad et Prestor, devenu n°2 national derrière Socopa. Le n°1, pour sa part, s’est allié à Even dans la filière veau, tandis que Bigard a renforcé sa maîtrise sur la société Charal.

En charcuterie, également, la Coopération a joué sa carte avec la montée progressive d’Euralis dans Stalaven, devenu par les rachats de Vodis et de la SAG le premier fournisseur sur le circuit traditionnel. Dans le même temps, à travers Delpeyrat, Maïsadour a repris Montagne Noire à l’espagnol Campofrio. Sur le marché de la quenelle, sitôt la reprise de GBS par le groupe de Monique Piffaut (Prédault, William Saurin), d’autres frontières se sont mises à bouger avec les rachats successifs de Rochat, tout juste fusionné avec Isère Ravioles, et de Pellerin par la société drômoise Saint Jean.

PME ET PAI

D’autres accords entre PME auront un effet structurant dans le domaine du traiteur (Valentin Traiteur/Entracte, Amand/Bianic, Guyader/Elquin, Charles Amand/Tassos), des plats cuisinés (Christ/Gillet-Contres, Spanghero/Goûts du Sud), des condiments (Soléou/Agroazur), du biscuit (Locmaria/Mistral, Bouvard/Cantreau), de la viennoiserie (Norac/Panorient) et de la pâtisserie (Norac/Galapagos).

Plus notables, enfin, sont les opérations menées dans le secteur stratégique des PAI, additifs, arômes et extraits naturels : la plus spectaculaire du fait de ses multiples financiers est la cession par le fonds Cognetas de Diana Ingrédients qui a été repris par Axa pour 700 M EUR. Par ailleurs, la course à l’international s’est poursuivie chez Naturex, qui cette fois a fait coup double en Italie. De même, le groupe Nactis a repris deux affaires en Alsace, PB Gelatins puis Sofral avec lesquelles il va se rapprocher de son objectif des 100 M EUR de chiffre d’affaires. Quant au groupe Saveur, après un troisième MBO, il s’offre maintenant Nutrinal.

Au fond, cette année, les avancées et les reculs des groupes internationaux sur le marché français semblent à peu près tenir la balance : d’un côté, on l’a vu, Kraft s’offre LU et le fonds Permira Provimi, mais il faut y ajouter les rachats de Tramier par l’espagnol Borges, de 4 G par l’islandais Bakkavor, de Cobreco par l’italien Nuova Castelli, de Caullet par le néerlandais Royal Cosun, de Cité Marine par le japonais Nissui, du cognac Croiset par le russe Wine Trust et de Père Magloire par son compatriote Spirit Capital, des vins italiens de Pernod Ricard par Baarsma Wine, de Sunco-Eaux de Saint-Alban et de l’unité Nuits-St Georges Production par un autre néerlandais, Refresco. En face, on a vu des MBO permettre à Heinz de sortir de Comexo, à Chupa Chups de lâcher les Bêtises de Cambrai, à Wessanen de quitter Dailycer, tandis que CL Financial se délestait de Belvédère, …