A la surprise de l’ensemble des professionnels de l’agriculture, la Commission des comptes de l’agriculture, le 15 décembre, a conclu à une hausse du revenu des agriculteurs pour 2015. Une progression évaluée à 8,8 % par rapport à 2014 pour « le revenu des facteurs de la branche agricole par actif » et rien moins que 16,2 % pour le revenu par actif non salarié (exploitants). Les trois syndicats agricoles représentatifs ont contesté ces données, la FNSEA estimant même que de telles statistiques « hors sol" devraient être supprimées en fin d’année à l’avenir. Selon Pierre Muller, président de la Commission des comptes, si le niveau précis de ces données peut être contesté, « les tendances sont exactes ». En fait, cette évolution moyenne cache des écarts importants entre productions.
Le revenu agricole par actif (exploitants et salariés) progresserait, en termes réels, de 8,8 % en 2015 selon les données de l’Insee. Par actif non salarié (exploitants) il progresserait même de 16,2 %. Ces données ont été analysées par la Commission des comptes de l’agriculture le 15 décembre. Autour de cette moyenne, les situations sont cependant très contrastées, entre les productions végétales et les productions de l’élevage, dont celles des laitiers et éleveurs de porcs sont sans doute les plus pénalisés. Ce sont ces écarts qui expliquent, sans doute, la réaction très négative des trois syndicats agricoles représentatifs de même que le doute porté par l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture). Alors qu’il aurait été intéressant d’en savoir davantage sur les revenus par orientation des exploitations, la Commission avait choisi de renoncer, à partir de cette année, à présenter des chiffres sectoriels précis. Seules, en séance et verbalement, des tendances ont été exprimées (signes – pour les bovins lait et le porc, + pour les grandes cultures et la viticulture, etc.). « Avec la volatilité des prix c’est devenu un exercice trop fragile », explique le président de la Commission Pierre Muller. Cependant, celui-ci est sûr de l’exactitude des tendances exposées « même si on peut discuter du niveau précis des progressions annoncées. »
Cependant, personne ne conteste que les situations économiques sont extrêmement contrastées.
Le jeu du marché
Pour une part importante des productions, c’est le jeu du marché qui, dorénavant, joue. Une petite récolte entraîne souvent une hausse des prix, et inversement, comme si la France restait encore peu touchée par les marchés mondiaux, sauf peut-être pour le lait et le porc, fortement influencés par les marchés mondiaux et européens. Ainsi, la production de blé augmente (9 %) mais ses prix stagnent ; celle de maïs est en chute (-27 %) mais son prix augmente (15 %) ; la récolte d’oléagineux reflue (-8 %) mais son prix augmente également (14 %) ; globalement, les récoltes de fruits et légumes sont en baisse (-5,7 %), entraînant une hausse des prix (24,6 %). Les prix des produits d’élevage sont en baisse (-3 % pour le bétail) pour les gros bovins, les veaux, le porc, les volailles, le lait (-10,7 %), mais ils stagnent pour les ovins et augmentent pour les œufs. La production est en général en hausse (stagnation pour le lait) tandis que le coût de l’aliment du bétail baisse de 3 %. Enfin, la production de vin AOP se replie (-2,7 %) et son prix stagne (0,3 %) tandis que celle des vins courants augmente (3,5 %) de même que son prix (2,8 %).
Les intrants pèsent moins lourd
Globalement, pour les agriculteurs, la valeur de ce qu’on appelle les consommations intermédiaires, ou intrants, se réduit de 2 % selon les données de l’Insee. Une réduction qui suit celle de 2014 (-3,1 %). Les achats d’aliments pour animaux se contractent de 3 %, du fait de prix qui sont en repli, eux-mêmes rendus possibles par la baisse des cours des matières premières. Les quantités, elles, augmentent de 1 %, notamment pour les aliments pour volailles (baisse pour les porcs et bovins). La facture énergétique se réduit aussi grâce à la baisse des prix pétroliers et du gaz naturel. Si les prix des engrais augmentent légèrement (1,5 %) les volumes consommés sont en réduction (-2 %). Enfin, selon l’Insee, la charge en produits de protection des cultures croît (2 %) du fait de la hausse des volumes consommés.
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Les subventions d’exploitation en hausse
La hausse des revenus agricoles résulte aussi des subventions agricoles qui sont en sensible croissance sur 2015. Les subventions sur les produits, dont surtout la prime au maintien de troupeaux de vaches allaitantes, s’élèvent à 1,2 milliard d’euros. Elles sont en hausse de 11 % en valeur. Plus importantes, les subventions d’exploitation représentent 8,7 milliards d’euros, soit une progression de 8,7 %. Elles correspondent à la nouvelle Politique agricole commune, avec le paiement de base, le paiement vert et le paiement redistributif et sont supérieures aux subventions de l’ancienne Pac. Côté français, les indemnités pour calamités agricoles versées par l’État s’élèvent à 200 millions d’euros (40 M€ en 2014) tandis que le CICE (Crédit d’impôt compétitivité emploi) « monte en charge » selon l’Insee (350 millions d’euros après 250 M€ en 2014). Enfin, une part du plan de soutien à l’élevage a été intégré dans les données 2015. Elle est incluse dans les « autres subventions d’exploitation" qui, outre les indemnités calamités, augmentent de 200 millions d’euros. Au total, ces subventions atteignent un niveau record depuis 2010 : 9,88 milliards d’euros (d’exploitation et sur les produits) contre 9,75 milliards en 2010. Des aides qui sont surtout orientées vers les producteurs de grandes cultures, de bovins et d’ovins-caprins. Selon les comptes (Rica) de 2014, 75 % des producteurs de céréales et d’oléoprotéagineux auraient un revenu courant avant impôt (RCAI) négatif sans les subventions et 86 % des producteurs de bovins viande seraient dans ce cas. Tandis que près d’un tiers des élevages porcins, subventions ou pas (qui ne pèsent que 5 % de leurs produits), ont été dans le rouge en 2014.
Comment se calcule le revenu agricole
Une fois déterminée la valeur de la production agricole, en combinant les volumes produits par leurs prix moyens les statisticiens y ajoutent les subventions sur les produits, obtenant la production « au prix de base ». Puis se déduisent les consommations intermédiaires, donnant la valeur ajoutée brute ; à cette valeur on retire la consommation de capital fixe qui représente les investissements, ce qui conduit à la valeur ajoutée nette. Lui sont ajoutées les subventions d’exploitation et retirés les impôts. À chacune de ces étapes est calculée l’évolution par rapport à l’an dernier. On obtient ainsi une évolution des facteurs de la branche agricole, calculée par actif en termes réels (déduction faite de l’évolution de l’inflation) et enfin une évolution par actif non salarié en ne tenant compte que des exploitants agricoles.
2014 : nouvelle baisse des investissements
Les données pour 2014, issues du réseau d’information comptable agricole (Rica) et analysées par la Commission des comptes de l’agriculture, témoignent de la poursuite d’un phénomène préoccupant : la baisse, depuis deux ans, de l’investissement en agriculture. Cette réduction est de 16 % pour les matériels et outillages, le principal poste, tandis que les investissements en bâtiments (environ un quart du total) progressent de 21 %, notamment en raison de certaines mises aux normes. Paradoxe : les producteurs dont le taux d’investissement est le plus élevé sont les producteurs de porcs, les plus en difficulté en matière de revenu. Cette réduction de l’investissement n’empêche pas un endettement de s’aggraver légèrement en 2014. Il passe à plus de 45 % pour le poids de l’endettement (remboursements et charges financières par rapport à l’excédent brut d’exploitation) et à près de 43 % pour le taux d’endettement (ensemble des dettes sur le total du bilan).