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Santé/Etude L’Anses met en évidence des risques potentiels du bisphénol A pour la santé

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L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a publié mardi 9 avril ses conclusions très attendues sur les effets potentiels du bisphénol A pour la santé humaine. Fruit de trois années de travail, ce document souligne les effets nocifs que peut avoir ce composé chimique qui est un perturbateur endocrinien. Le bisphénol est surtout utilisé, sous forme de polymère, pour tapisser l'intérieur de certaines boîtes de conserve, de canettes (principales sources d'exposition pour l'homme). L’avis publié confirme les effets nocifs du bisphénol A pointés par l’Agence en septembre 2011, en particulier pour la femme enceinte au regard des risques potentiels pour l’enfant à naître. De plus, en l’absence de données scientifiques complémentaires, l’Agence n’encourage pas à utiliser d’autres bisphénols comme solution de substitution au bisphénol A.

Aboutissement de trois années de travail, l’Anses a publié le 9 avril les résultats de l’évaluation des risques sanitaires associés au bisphénol A. Ce travail est accompagné de trois autres rapports : un état des lieux des alternatives potentielles au bisphénol A, une évaluation des dangers d’autres composés de la famille des bisphénols et un rapport sur les incertitudes entourant les perturbateurs endocriniens. Il prend en compte, pour la première fois, une estimation des expositions réelles de la population au bisphénol A par voie alimentaire, mais aussi par inhalation (via l’air ambiant) et par voie cutanée (au contact de produits de consommation). L’avis publié confirme les effets sanitaires du bisphénol A pointés par l’agence en septembre 2011, en particulier pour la femme enceinte au regard des risques potentiels pour l’enfant à naître.

L’alimentation source principale d’exposition

L’alimentation contribue à plus de 80% de l’exposition de la population, note le rapport. Les principales sources d’exposition alimentaire sont les produits conditionnés en boîtes de conserve qui représentent environ 50% de l’exposition alimentaire totale. L’Agence a également identifié l’eau distribuée en bonbonnes de polycarbonate comme une source conséquente. La mise en évidence de ces risques potentiels est néanmoins associée à un niveau de confiance qualifié de « modéré » par les experts au regard de l’état actuel des connaissances et des incertitudes. Par ailleurs, les travaux ont également conduit à identifier d’autres situations d’exposition, notamment liées à la manipulation de papiers thermiques (tickets de caisse, reçus de cartes bancaires), en particulier dans un cadre professionnel.

Des solutions de substitution restent à trouver

Les lacunes dans les connaissances relatives à d’autres populations sensibles, notamment les jeunes enfants, n’ont pas permis à l’Agence de mener à bien l’évaluation des risques pour ces populations, concède le rapport. Le Parlement a adopté en décembre 2012 une loi visant à la suspension de la fabrication, de l'importation, de l'exportation et de la mise sur le marché de tout conditionnement à vocation alimentaire contenant du bisphénol A, suite à un précédent avis de l’Agence. Cette nouvelle législation devrait conduire à une baisse très significative du niveau d’exposition au bisphénol A, mais il convient encore d’évaluer l’impact dans le temps et de s’assurer de l’innocuité des substituts mis en oeuvre. En particulier, en l’absence de données scientifiques complémentaires, l’Agence n’encourage pas à utiliser d’autres bisphénols comme solution de substitution au bisphénol A. À ce jour, 73 alternatives possibles ont été identifiées : 4 proviennent directement des réponses des industriels à l’appel à contribution, 7 proviennent des réponses d’industriels contactés hors appel à contributions et 62 autres sont issues de la bibliographie internationale. Suite aux premiers travaux effectués, il est à noter qu’aucune alternative ne se distingue pour être utilisée pour remplacer tous les usages du bisphénol A. Certaines interrogations demeurent concernant l’innocuité, la faisabilité et l’efficacité, sur le plan technique, de ces alternatives.

Poursuivre la recherche

Consciente des différentes incertitudes identifiées, l’Agence formule diverses recommandations pour améliorer l’état des connaissances. Elle préconise d’acquérir des données scientifiques nouvelles sur la toxicité du bisphénol A en particulier pour les populations les plus sensibles, et de mieux caractériser les expositions. Au plan méthodologique, l’Agence recommande de revoir la pertinence de l’utilisation de valeurs toxicologiques de référence ou de dose journalière tolérable pour des substances pour lesquelles les périodes de vulnérabilité ne sont pas toujours connues, mais aussi d’intégrer de façon systématique une analyse interdisciplinaire des incertitudes dans la démarche d’évaluation des risques.

Un rapport courageux

Dans un communiqué de presse, diffusé immédiatement après la publication de ce rapport, l’organisation Réseau Environnement Santé salue « le courage » du travail effectué « en dépit des pressions qui ont pu s’exercer sur l’ANSES ». Pour André Cicolella, président du RES, « ce nouveau rapport constitue un clair désaveu de l’EFSA tant dans son maintien d’une DJA qui n’assure pas la sécurité des consommateurs que dans son obstination à ignorer la science moderne propre à la perturbation endocrinienne ». Il y voit la confirmation l’option réglementaire engagée par la France et invite à son extension à d’autres applications comme les tickets de caisse ou les bonbonnes d’eau en polycarbonate des bureaux et établissements publics.

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