Nième rebondissement en Champagne : Walter Butler (BCP) se retire du dossier de reprise de Lanson International et Boizel-Chanoine Champagne (BCC) entre en « négociations exclusives » avec les propriétaires de la prestigieuse maison de champagne, la famille Mora (56 %) et la Caisse Nationale des Caisses d’épargne (44 %). Si Butler Capital Partners explique son revirement et l’échec de ses précédentes « négociations exclusives » par un manque de garanties des actionnaires, tout comme Jean-Claude Darmon, qui s’est lui aussi retiré du dossier, du côté des syndicats, on évoque une surenchère de la part des actionnaires majoritaires. Pour sa part, alors qu’il devrait réaliser un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros pour 2005, BCC cherche à avaler une proie deux fois plus grosse que lui, Lanson International affichant un chiffre d’affaires de 220 millions d’euros.
Voilà ce qui s’appelle un retournement de situation. Comme dans un jeu de chaises musicales, Walter Butler se retire du dossier de reprise de Lanson International et Boizel-Chanoine Champagne prend sa place. Alors qu’il y a une semaine, Lanson International semblait sur le point de tomber dans l’escarcelle de Butler Capital Partners (BCP), les « négociations exclusives » menées par le fonds d’investissement français avec les actionnaires de la maison de champagne n’ont pas abouti… Et de nouvelles « négociations exclusives » viennent donc de se nouer avec cette fois-ci un groupe intégré au sérail champeno-champenois.
Manque de garanties
Quelles turpitudes ont bien pu faire capoter l’affaire ? Sur les trois candidats retenus, BCP semblait pourtant proposer la somme la plus élevée : selon différentes sources, autour de 120 millions d’euros étaient mis sur la table cf. Agra alimentation n°1908, du jeudi 8 décembre 2005, p.29. L’investisseur aurait « mis un certain nombre de conditions concernant l’état des dettes (autour de 400 millions d’euros)» mais n’aurait pas obtenu les garanties nécessaires de la part des actionnaires ni l’accès aux données lui permettant d’apprécier la situation de l’entreprise (contrats de commandes, etc.), selon une source proche du dossier citée par l’AFP. Autre son de cloche, Bernard Beaulieu, le leader CGT des ouvriers du champagne, affirme qu’« il y a eu une surenchère de la famille Mora de l’ordre de 20 millions d’euros par rapport à l’offre initiale».
Pour sa part, Jean-Claude Darmon, ex-« grand argentier » du football français, qui figurait en seconde position derrière BCP, a lui aussi fait volte-face. Malgré une relance des actionnaires de Lanson International, l’homme d’affaires a indiqué avoir « retiré (son) offre car (il) n’avait pas obtenu les garanties souhaitées ».
La famille Mora et la Caisse nationale des Caisses d’épargne (CNCE), respectivement propriétaires de 56 et 44 % de Lanson International, se sont logiquement tournés vers Boizel-Chanoine Champagne, qui proposait a priori une offre inférieure. A l’annonce de son entrée en négociations, le 12 décembre, le groupe de Reims a demandé la suspension de la cotation de son titre.
Les yeux plus gros que le ventre ?
Tour de force, Walter Butler avait réussi à calmer les syndicats. L’investisseur, qui s’était rendu lui-même sur place la semaine dernière, « proposait une solution concrète, précise, et semblait répondre à nos exigences sociales », affirme Bernard Beaulieu. « Il était prêt à mettre de l’argent, à redynamiser la marque et à conquérir de nouveaux marchés à l’étranger », poursuit-il. Situation inédite, où la perspective d’une reprise par un fonds d’investissement séduit davantage les syndicats qu’une entreprise du métier. « BCP avait les moyens de ses objectifs. L’assise financière de Boizel-Chanoine Champagne est bien moindre. Seul, il n’a pas les moyens ni financiers ni logistiques de réaliser l’opération », analyse le syndicaliste. Alors qu’il devrait réaliser un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros pour 2005, BCC cherche effectivement à avaler une proie deux fois plus grosse que lui, Lanson International affichant un chiffre d’affaires de 220 millions d’euros. Bruno Paillard, p.-d.g. de BCC, se veut malgré tout confiant, indiquant à l’AFP qu’ « au plus tard fin février, nous devrions être aux manettes de l’entreprise ».
Inquiétudes syndicales
BCC possède déjà cinq sites d’exploitation. Si l’opération réussi, quid des deux sites de Lanson ? Déboussolés, les partenaires sociaux craignent « une possible concentration » ou un « démantèlement du groupe » avec licenciements à la clé. Certains propos de Bruno Paillard, qui affirmait dans une récente interview au journal L’Union de Reims que « la structure de Lanson International est conçue pour 20 à 25 millions de bouteilles alors que ses approvisionnements ne lui permettent pas d’en produire plus de 13 ou 14 millions », n’ont rien fait pour rassurer… « On ne comprend plus du tout ce qu’il se passe », avoue Dominique Lemaire, secrétaire du comité d’entreprise de Champagne Lanson. Ne sachant plus à quel saint se vouer, les représentants du personnel du groupe ont appelé dans un communiqué la CNCE à intervenir et à avoir « un engagement plus motivé, plus actif et plus public » dans ce dossier. Une réunion extraordinaire du comité d’entreprise du groupe est d’ores est déjà prévue le 16 décembre pour une présentation du dossier, à laquelle Bruno Paillard devrait assister. De son côté, le conseil de surveillance de la CNCE devrait examiner le dossier le 22 décembre lors de sa prochaine réunion. En attendant, « on peut dorénavant tout imaginer », lâche Dominique Lemaire.