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Innovation L'appel à projets « aliments fonctionnels et sur mesure » est lancé !

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L'appel à projets sur la thématique « Aliments fonctionnels et sur mesure » lancé dans le cadre des Projets industriels d'avenir (Piave) vient de paraître. Doté de 20 millions d'euros au total, ce dispositif vise à soutenir des programmes de recherche et d'innovation d'un montant minimum de 1,5 million d'euros, pour le développement de nouveaux produits. Attention, sa date de clôture est fixée au 9 juin.

Mieux vaut tard que jamais ! L'appel à projets sur les « aliments fonctionnels et sur mesure », entrant dans le cadre des 34 plans de reconquête industrielle annoncés en septembre 2013 par François Hollande, vient enfin d'être lancé. « L'ambition du gouvernement est intacte et même confirmée par le lancement du PIAVE (Projets industriels d'avenir NDLR) générique et de deux appels à projets spécifiques, le textile et l'agroalimentaire. Sur 34 plans, ce sont les deux seules industries à avoir la chance d'avoir un appel à projet dédié », souligne Ariane Voyatzakis, responsable du secteur agroalimentaire chez Bpifrance. Le secteur agroalimentaire, qui est l'un des piliers de l'industrie française, s'est donc taillé une part de choix dans cet ambitieux programme destiné à retrouver de la compétitivité tout en respectant des défis sociétaux, économiques, sanitaires et environnementaux.

DES PROJETS RÉPONDANT À TROIS THÉMATIQUES

La dotation indicative totale de cet appel à projet est de 20 millions d'euros (1). « Une enveloppe conséquente, qui témoigne de la volonté du gouvernement de relancer la filière », estime encore Ariane Voyatzakis. Donner 20 millions d'euros à chacun des 34 plans était impossible. A noter que la loi de finances pour 2014 a prévu une dotation globale de 305 millions d'euros affectée au PIAVE. « Le fait d'isoler 20 millions d'euros au sein de l'enveloppe globale, c'est une vraie chance et une opportunité qui sont données au secteur agroalimentaire », ajoute Ariane Voyatzakis. L'assiette minimale des projets présentés est de 1,5 million d'euros et « les dossiers dont l'assiette éligible est supérieure à 3 millions d'euros font l'objet d'une instruction prioritaire » conformément à la convention PIAVE du 27 novembre 2014. « Un appel à projet assez ouvert, avec une priorité donnée à des projets de 3 millions d'euros, donc assez structurant. Au final, il pourrait y avoir des gros et des plus petits projets », estime quant à elle Françoise Gorga, directeur recherche & innovation de l'Ania.

Cette initiative du gouvernement « a pour objectif de favoriser la mise sur le marché de produits à forte valeur ajoutée en réponse aux attentes des consommateurs et à l'évolution des besoins alimentaires dans le monde », lit-on dans le cahier des charges de l'appel. Les projets doivent s'inscrire dans au moins l'une des trois thématiques suivantes, à savoir des produits adaptés à des régimes alimentaires spécifiques (seniors, santé, bien-être, sportifs, allergènes, etc.), des ingrédients nouveaux pour l'alimentation animale et humaine, ou des aliments riches en protéines toujours pour l'alimentation animale et humaine.

UNE OPPORTUNITÉ À SAISIR DANS LES FERMENTS, MAIS PAS SEULEMENT

« Compte tenu de ses vraies connaissances sur les produits fermentés, la France a une carte à jouer sur le sujet », souligne Françoise Gorga. En témoigne d'ailleurs le type des produits alimentaires qui tirent non seulement notre industrie, mais aussi la balance commerciale française vers le haut : les fromages, la charcuterie, les vins et spiritueux… Sur les protéines enfin, il existe déjà en France plusieurs startup assez innovantes qui travaillent sur les protéines d'insectes pour l'alimentation animale. Rien n'empêche également l'émergence de produits mixtes à 50/50 entre protéines d'origine animale et végétale, plutôt que des protéines à 100 % végétales. Un choix indispensable pour conserver le goût des aliments.

Le lancement de cet appel à projets intervient un an après l'immense succès de l'appel à manifestation d'intérêt lancé en janvier 2014. À l'époque, pas moins de 530 projets étaient remontés de la base, témoignant bien d'une véritable attente de la part des industriels de l'agroalimentaire. Partant du constat que le secteur réunissait des métiers très différents, tous ces projets ont été classés autour de 5 axes : reconquérir la compétitivité des métiers de la viande (modernisation des outils d'abattage, robotisation…), s'imposer dans les emballages du futur (emballages actifs, intelligents…), prendre le leadership du froid durable (plus efficace, plus économique…), garantir la qualité et la sécurité des aliments et boissons et enfin ouvrir le marché de l'alimentation fonctionnelle, au croisement du bien-être et de la nutrition. « Quatre de ces cinq axes ne sont pas purement alimentaires, ce qui prouve bien que pour être compétitive, l'industrie alimentaire a besoin de tous ses fournisseurs », commente encore Françoise Gorga. De fait, la fabrication de robots est un axe de développement important pour l'industrie agroalimentaire. À ce propos, l'Ania travaille de manière très étroite avec le plan robotique, afin de développer des robots qui répondent aux besoins des industriels de l'agroalimentaire français. Le cas se pose par exemple dans la viande, où la France travaille sur de la coupe anatomique, au contraire de l'Allemagne, notamment, qui est sur de la coupe franche. La mise au point des robots français permettrait de conserver notre spécificité nationale, dont l'un des avantages tient également à la mise sur le marché de morceaux de viande choisis, vendus plus chers.

UNE DATE DE REMISE DES DOSSIERS TRÈS COURTE

« L'intérêt de cet appel est qu'il est ouvert à tous et que le projet peut être du seul bénéfice de l'entreprise, à partir du moment où elle arrive à démontrer qu'elle pourra en tirer de la compétitivité, des parts de marchés et du bénéfice et qu'elle ne sera pas obligée de communiquer sur ses résultats », note la directrice recherche & innovation de l'Ania. C'est un peu la particularité des appels à projets qui découlent du Plan industriel. Les projets peuvent être collaboratifs, mais peuvent être aussi du seul bénéfice de l'entreprise et ce à l'inverse de la plupart des projets ayant recours à des fonds publics, qui sont généralement collaboratifs. Et qui dit travailler à plusieurs, dit aussi perte de confidentialité. Un aspect qui ne pose pas forcément problème lorsqu'il s'agit de R&D, mais très clairement dans le cadre d'un projet industriel. Or, lorsque, par exemple, une entreprise travaille avec des chercheurs, ces dernier veulent en général publier.

La date de remise des projets est fixée au 9 juin. Un délai très court qui s'explique pour plusieurs raisons, d'une part, la fin de l'initiative PIAVE prévue pour 2016 et d'autre part l'urgence à relancer l'industrialisation française. « L'objectif avec une date aussi courte est de susciter un maximum de projets. Des projets relativement courts, mis en œuvre assez vite, pour être rapidement sur le marché », explique Ariane Voyatzakis.

Concrètement, une fois tous les appels d'offres reçus en juin, les meilleurs projets seront sélectionnés par un comité technique associant Bpifrance, les ministères concernés et le Commissariat général à l'investissement, avant d'entrer dans une phase d'instruction approfondie avec audition des porteurs de projets.

Les résultats seront ensuite communiqués sur décision du Premier ministre après avis du comité de pilotage, l'ambition du gouvernement étant d'avoir sélectionné tous les projets à l'automne, indiquent plusieurs sources. Les bénéficiaires de cet appel à projet signeront alors une convention avec la Banque publique d'investissement visant notamment à encadrer l'utilisation, les modalités et le calendrier du crédit. « Nous sommes vraiment dans l'innovation proche du marché parce qu'il y a urgence à relancer la compétitivité de l'industrie française. C'est assez expérimental, en fait, comme procédé. C'est la première fois que nous lançons ce type d'appels à projets avec une telle enveloppe globale et un minimum de 1,5 million par projet », conclu la spécialiste de Bpifrance.

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ET LES AUTRES PROJETS DANS TOUT ÇA ?

Si dans l'immédiat, l'Ania a pour mission d'aider les entreprises à mettre au point leur dossier pour être dans les temps le 9 juin, elle aide également tous ceux qui ont répondu présent il y a un an. Sur les 530 projets issus de l'appel à manifestation d'intérêt, près d'une centaine étaient inférieurs à 1,5 million d'euros. La Bpifrance qui est l'un des partenaires privilégiés des entreprises de l'agroalimentaire propose toutes sortes de dispositifs, en plus ou aux côtés du banquier habituel. Ne reste qu'à trouver le bon financement. En 2014, l'établissement public a accordé 48 millions d'euros de prêts au secteur agroalimentaire, contre 44 millions un an auparavant. « Un montant assez important, en progression par rapport à 2013. Nous espérons que la tendance sera confirmée sur 2015, mais nous ne sommes encore qu'au début de l'année », commente encore la responsable de l'agroalimentaire de Bpifrance.

Sinon, pour tous ceux qui veulent faire avancer les choses en mutualisant leurs forces et les idées, rendez-vous sur « Food For Life France ». Cette plateforme, coanimée par l'Ania et l'Actia, le réseau des centres techniques des IAA, a pour mission de mettre en lien l'ensemble des professionnels de la filière agroalimentaire avec le monde de la recherche, de la formation et des pouvoirs publics. Son objectif est de faire en sorte que tous échangent, se complètent et avancent ensemble vers un même but. Un vrai travail d'équipe pour optimiser l'innovation.

(1) L'intervention publique s'effectue dans le respect de la réglementation communautaire en matière d'aides d'Etat (articles 107 et 108 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne). Il est notamment tenu compte, pour apprécier la compatibilité des aides d'Etat avec le marché intérieur, du Règlement (UE) No 651/2014 de la Commission du 17 juin 2014. Le soutien apporté par l'Etat aux projets se fait sous formes d'aides d'Etat constituées de façon mixte de subventions et d'avances remboursables.

LES CRITÈRES D'ÉLIGIBILITÉ DES PROJETS

– Etre complet au sens administratif*

– Avoir pour objet la fabrication industrielle et la mise sur le marché d'un ou plusieurs produits dans l'une des trois thématiques suivantes : les régimes alimentaires spécifiques, les ingrédients nouveaux et les aliments riches en protéines.

– Satisfaire la contrainte de taille d'au moins 1,5 M€ de dépenses.

– Etre porté par des entreprises présentant une solidité financière en cohérence avec l'importance des travaux qu'ils se proposent de mener dans le cadre du ou des projets présentés, ainsi qu'avec les aides sollicitées.

*(dossier de candidature à télécharger sur le site de Bpifrance http: //www.bpifrance.fr/VivezBpifrance/Agenda/PIAVE-un-appel-a-projets-thematique-pour-l-agroalimentaire-12954).

QUELQUES CHIFFRES *

En France, le marché des aliments santé représente 3,9 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2012 et devrait croître de 2,5% par an sur les 3 prochaines années. Le marché mondial des probiotiques est quant à lui estimé à 3,4 milliards d'euros en 2013 et devrait atteindre 36 milliards en 2018. Enfin, le marché mondial des protéines concentrées pour l'alimentation humaine représente actuellement un chiffre d'affaires de 12 milliards et pourrait générer d'ici 10 ans en France, un chiffre d'affaires annuel de 1,5 milliard d'euros supplémentaire et créer 1 500 emplois.

*Sources Bpifrance