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Alimentation animale/Aquaculture L’aquaculture française prise dans l’étau des matières premières

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Le retour des proétines animales transformées dans les aliments pour poissons d’élevage, autorisé par l’UE, ne passera pas par la France pour le moment. L’alternative est pourtant attendue.

Le retour des farines animales dans les aliments destinés aux poissons d’élevage, début juin, ne passera pas par la France. Du moins pour le moment. Bien qu’habilement renommées « protéines animales transformées », plus sobrement PAT, elles ne trouveront en effet pas droit de cité dans les élevages français, la faute à l’affaire Spanghero. Annoncé par l’Union européenne en plein vaudeville chevalin, le retour des farines a provoqué une levée de bouclier des consommateurs qui a conduit les professionnels de l’aquaculture français, par le biais du Comité interprofessionnal des produits de l’aquaculture (CIPA) à annoncer s’interdire le recours aux PAT pour l’instant. Sans réactions ailleurs en Europe, les producteurs des autres pays ne se priveront pas de cette matière première devenue incontournable dans les formulations compte tenu du contexte du marché. En effet, jusqu’ici aliment idéal, les farines et les huiles de poissons atteignent des prix, plus de 2 000 dollars la tonne (il a été multiplié par 5 depuis 2000), qui les rendent quasi intouchables. La faute à l’arrêt de la progression de la production, depuis plusieurs années à 5 millions de tonnes dans le monde, mais aussi à une concurrence accrue sur le marché de l’huile notamment, l’industrie pharmaceutique et ses moyens faramineux en quête effrénée d’oméga 3… En absence de ces farines dites marines dans les formulations, l’alternative repose sur les farines d’origines végétales, secteur tout autant soumis à tension. « Il faut que nous apprenions à vivre avec un soja 48 à plus de 500 euros la tonne », regrettait Alex Orbach, de l’entreprise norvégienne Skretting lors d’un colloque consacré à la question à Saint-Pée sur Nivelle en avril dernier.

En attendant les innovations

« Pour l’huile de colza la situation n’est guère meilleure avec un prix qu’on peut évaluer entre 900 et 1 000 euros la tonne, et les céréales à 250 euros pour un moment certainement. » Sans compter que les matières premières d’origine végétale ne conviennent pas forcément parfaitement à des espèces pour la plupart carnivores et qu’elles recèlent des facteurs antinutritionnels potentiellement handicapants pour la croissance et la qualité des poissons. Avant de regarder vers les innovations de demain comme la production de krill, de micro-algues, voire de farines d’insectes susceptibles d’apporter les protéines nécessaires dans les formules, les protéines animales transformées sont donc le recours idéal pour faire baisser un peu la pression, le prix des matières premières représentant 80 % du prix de l’aliment. « C’est dommage pour l’élevage français parce que les PAT européennes sont des produits de très grande qualité, nous sommes en train d’étudier pour notre part comment nous pouvons acquérir ces farines pour les exporter dans nos outils de production de l’hémisphère sud », poursuit Alex Orbach. Du côté des producteurs français, l’attente est donc de mise, contrainte et forcée par la réaction des consommateurs. « C’est un sujet dont nous avons parlé en effet depuis des semaines avec les fabricants d’aliments, ils sont naturellement prêts au retour de ces PAT dans les formules », témoigne Sébastien Pasta, responsable d’exploitation de Cannes Aquaculture.

10 à 30 % d’économies ?

Pas facile d’avoir pour autant une idée de l’impact sur le prix des formules avec PAT par rapport aux formules sans PAT. « Il se dit que la baisse du coût de l’aliment pourrait se situer entre 10 et 30 % avec les protéines animales, mais ce n’est pas pour autant que les producteurs français vont se ruer dessus, la position du CIPA est claire à ce sujet. » Les autres producteurs européens laissés tranquilles par leurs consommateurs ne se priveront pour leur part certainement pas du gain de compétitivité que leur procureront des formules avec PAT. Sans que le consommateur français en soit informé. « Les Chiliens ou les Argentins n’ont jamais arrêté d’utiliser des farines animales, même pendant la crise de la vache folle, et les saumons congelés ont continué de se vendre dans les supermarchés ici alors que nous ne pouvions utiliser ces matières premières ici », regrettait un observateur lors du colloque organisé par le GIS pisciculture. L’aquaculture française attendra donc l’année prochaine de voir comment les autres filières de productions animales, et notamment monogastriques, géreront le retour des PAT avant de se prononcer…

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