Abonné

Produits laitiers L’arrêt des restitutions surprend l’industrie laitière européenne

- - 4 min

Le Comité de gestion des produits laitiers, qui regroupe des experts de la Commission européenne et des Etats membres, a proposé de réduire à zéro les restitutions à l’exportation du beurre et du fromage existantes depuis une quarantaine d’années . Les prix élevés sur le marché mondial rendent désormais ces subventions inutiles, explique Bruxelles. De plus, la fin de ces subventions s’inscrit dans la logique de la réforme de la PAC, qui veut que l’agriculture européenne réponde désormais à une logique de marché. Si elle comprend tout à fait les raisons de ce coup d’arrêt, l’industrie laitière européenne n’en trouve pas moins que la mesure est un peu trop brutale.

« Certes on s’y attendait un peu mais passer en un an de 100 euros les 100 kg à 50 euros puis subitement à 0 c’est un peu trop fort », estime Bénédicte Masure, Trade and Economic Officer à l’European Dairy Association (EDA), le lobby à Bruxelles de l’industrie européenne de la transformation laitière Dont font partie la Fédération nationale des coopératives laitières et la Fédération nationale de l’industrie laitière sous l’étiquette « ATLA », l’Association de la transformation laitière française.. N’empêche, le coup de force de la Commission européenne n’est pas du tout remis en cause, il est même tout à fait justifié aux yeux de l’industrie laitière européenne : « La situation du marché est telle que la Commission a raison d’agir ainsi », explique à Agra alimentation, la responsable d’EDA.

Offre insuffisante pour la demande intérieure

« Les prix européens sont à la hausse, les prix mondiaux aussi et l’offre suffit tout juste à répondre à la demande au sein du marché intérieur ». Pire, certaines industries européennes rencontreraient déjà des difficultés à s’approvisionner sur le marché dans la mesure où la demande croît fortement face à une offre limitée et à des stocks communautaires complètement dégarnis. D’où la décision de mettre à zéro les restitutions à l’exportation. En effet, souligne la Commission, si au début de la réforme de la PAC en 2003, les restitutions à l’exportation pour le lait écrémé en poudre, le lait entier en poudre, le beurre et le fromage atteignaient respectivement 57 euros/100kg, 98 euros/100kg, 178 euros/100 kg et 105 euros/100 kg, les prix sur le marché intérieur pour les produits laitiers sont aujourd’hui largement au-dessus du niveau de ces subventions d’avant la réforme de 2003 : le prix pour le lait écrémé en poudre par exemple est le double du prix à l’intervention tandis que les prix du beurre sont près d’un tiers plus élevés que le niveau des prix à l’intervention. Sur le marché mondial, les mêmes tendances sont observées avec des prix du lait en poudre au-dessus des 400 dollars les 100 kg et des prix du fromage avoisinant les 400 dollars les 100 kg. Les prix du beurre atteignent également des niveaux élevés historiques et cette tendance ne faiblit pas.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre

Pas de suppression à ce stade

L’industrie laitière européenne tient toutefois à rappeler, comme l’a d’ailleurs souligné la Commission, qu’il s’agit là d’une mesure de marché, « d’une fixation des taux de restitution à zéro et non d’une suppression du dispositif ». En effet, si les conditions de marché le justifient, des taux de restitutions différents de zéro seraient de nouveau fixés, et d’ailleurs, a promis la Commission, « la situation sera réexaminée tous les 15 jours au Comité de gestion des produits laitiers ».

La décision politique de suppression définitive des restitutions à l’exportation pour les produits laitiers revient aux ministres de l’Agriculture des 27, qui devraient en discuter lors du « bilan de santé » de la PAC en 2008 Les subventions pour le lait écrémé en poudre et le lait condensé ont déjà été mises à zéro respectivement à la mi-2006 et au début 2007.. La Commission a, comme on le sait, accepté à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) de supprimer d’ici 2013 toutes ses subventions aux exportations de produits agricoles, si bien sûr les autres pays, notamment les Etats-Unis, s’y engagent aussi.