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Production porcine L'arrêt généralisé de la castration en 2018 « peu réaliste », selon l'Ifip

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Seulement 27% des porcelets mâles nés en Europe ne sont pas castrés, selon l'Ifip-Institut du porc. Pour Patrick Chevillon (Ifip), l'hypothèse d'un arrêt généralisé de la castration est peu probable.

«L'arrêt généralisé de la castration des porcelets en 2018 est peu réaliste, une liste de dérogations est déjà en cours de discussion », a conclu Patrick Chevillon, ingénieur à l'Ifip - Institut du porc, à l'issue d'un état des lieux de la production de porcs non castrés ou mâles entiers en Europe, présenté au Space le 17 septembre. En décembre 2010, 18 organisations européennes (34 aujourd'hui) s'étaient engagées à arrêter la pratique de la castration chirurgicale en Europe au 1er janvier 2018. Mais les industriels sont encore loin d'atteindre cet objectif. Pour l'heure, 27% des porcelets mâles nés en Europe ne sont pas castrés, avec de fortes disparités entre pays. Si en Espagne, au Portugal et en Grèce, 70-80% des porcelets ne sont pas castrés, le chiffre tombe à 12% en Allemagne et en France, et même à 0% en Belgique ou en Italie. Et surtout, les industriels ne semblent pas encore avoir résolu le problème posé par l'odeur incommodante dégagée par la viande de certains porcs non castrés

Difficile recherche sur les odeurs

En 2013, la Commission européenne a débloqué une enveloppe de 1,3 M d'euros pour financer des études sur la perspective de l'arrêt de la castration en 2018. Elles portent sur les comportements des consommateurs, les techniques de détection et de réduction des odeurs et les impacts économiques d'une telle mesure. L'une des études, intitulée Boarcheck, visait à comparer trois méthodes de détection des odeurs dégagées par certains porcs non castrés. Deux méthodes, la détection par des guêpes conditionnées pour reconnaître l'odeur de scatol et la spectrométrie de masse, ont été un échec lorsqu'elles ont été mises en place à l'usine. C'est la troisième, le nez humain, qui semble la méthode la plus prometteuse. Pour autant, les études conduites par l'Ifip ont buté sur les réticences des industriels à participer aux recherches. De manière générale, les chercheurs de l'Ifip regrettent le peu d'informations divulguées sur les recherches conduites en Europe sur la détection des odeurs. « La recherche porcine est très sollicitée, mais les enjeux très concurrentiels conduisent à la confidentialité des études dans de nombreux pays et entreprises », observe l'Ifip. 

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Les consommateurs sensibles à l'odeur

En revanche, l'étude Campig, portant sur l'acceptabilité de l'odeur chez les consommateurs, a donné quelques résultats. L'Ifip a identifié une sensibilité significative des consommateurs aux molécules de scatol et d'androsténone. « Tout le monde n'est pas sensible à ces odeurs », relativise Patrick Chevillon. Néanmoins, des doutes, émis par les chercheurs et les industriels, portent sur les molécules de scatol et d'androsténone elles-mêmes, et leur capacité à représenter fidèlement l'odeur dégagée par les verrats. Il reste vraisemblablement du pain sur la planche des chercheurs et des industriels du porc.