L’Asie n’est pas devenue la grande zone d’importation prévue par les experts dans les années quatre-vingt-dix, indique l’ouvrage collectif Déméter, édition 2005, présenté à la presse le 29 septembre. La Chine connaît même depuis quelques années une période de sur-stockage. Pour le long terme, les auteurs de Déméter 2005 concluent néanmoins à une prévision d’augmentation des importations de grains (céréales, oléagineux, légumes secs) par l’Asie.
Le club Déméter, association créée en 1987 à l’initiative de chefs d’entreprises et de responsables des filières agricoles et agroalimentaires, est un lieu de réflexion prospective et d’élaboration de propositions. Dans l’édition 2005 de son livre annuel, il présente une série d’articles autour du thème : « Les importations asiatiques de grains vont-elles enfin décoller ? ».
Une marge d’erreur de 70 millions de tonnes
Le constat de Michel Griffon, chercheur au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), est que l’Asie n’est pas devenue la très grande zone importatrice de grains que les prévisionnistes annonçaient. « Les prévisions des experts résultaient généalement de l’application de modèles économétriques », dont les prévisions de déficit céréalier variaient du simple au triple, mais tous allaient dans le même sens, dans les années quatre-vingt-dix : l’Asie allait devenir une grande zone importatrice de céréales et matières premières pour l’alimentation animale. Le département américain de l’Agriculture (USDA), qui prévoyait en 1997 un déficit céréalier asiatique de 98 millions de tonnes, a estimé pour l’an 2000 le déficit à 28 Mt (millions de tonnes), soit un différentiel de 70 Mt. Le déficit céréalier avéré est même resté particulièrement stable entre les années quatre-vingt-dix et le début des années deux mille, alors qu’il avait augmenté de 11 à 25 Mt entre 1970 et 1990. La Chine a notamment rapidement réduit ses achats de blé (de 14 Mt en 1987-92 à un Mt de 1996 à 2002).
L’efficacité des politiques agricoles de prix
« La situation est loin de ressembler à celle prévue, en 1995, par l’économiste américain Lester Brown, dans son livre Who will feed China ? (Qui nourrira la Chine ?) », fait remarquer Michel Griffon. À travers les explications de Claude Aubert, directeur de recherche à l’Inra d’Ivry-sur-Seine, un des auteurs de l’ouvrage, on comprend que la réactivité de la politique agricole chinoise a été telle que, par une augmentation des prix publics de soutien, l’accroissement de la production chinoise a été spectaculaire. A tel point que les réserves ont gonflé dans des proportions gigantesques, tant dans les stocks de l’État, que dans les stocks des paysans, jusqu’à représenter l’équivalent d’un an de production.
Si l’État chinois a fait depuis machine arrière, baissant les prix de soutien, c’est par choix délibéré : afin de dégonfler les stocks, et parce que Pékin donne pour l’instant la priorité au développement de l’industrie, sachant en outre que le prix mondial du blé, avoisinant 100 euros la tonne à Chicago, est attractif. Les limites à la production de grains en Chine semblent donc plus politiques que techniques, suggèrent les auteurs.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Le danger : risque de catastrophes écologiques
Pour le long terme, il est probable que la Chine reprendra ses importations de grains, mais surtout en céréales fourragères (maïs) et en graines ou tourteaux de soja, pour assurer l’essor de sa consommation de viande. Les pays d’importance majeure sur les marchés de grains, comme la Chine, l’Inde et l’Indonésie, misent également sur la production, chez eux, des denrées les plus vitales, comme le blé et le riz en Chine et en Inde, l’huile de palme en Indonésie. Les domaines dans lesquels ces pays seront conduits à importer, sont les céréales fourragères et le soja pour la Chine, les huiles végétales et lentilles et pois pour l’Inde, et le soja pour l’Indonésie, estiment les auteurs.
Ceux-ci n’excluent pas l’éventualité de catastrophes écologiques en Chine, de raréfaction de l’eau due au sur-pompage en Inde et d’une régression dramatique de la biodiversité en Indonésie. Avec des conséquences pour l’humanité entière. Avec une grande cohérence, l’ouvrage en vient à analyser les politiques de biodiversité, à travers deux articles. Deux constats : ces politiques appellent toujours une mobilisation d’efforts collectifs, sous l’égide des États, d’une part, et doivent être menées en concertation avec les agriculteurs et les forestiers d’autre part. Une réunion internationale sur la biodiversité en janvier à Paris, voulue par Jacques Chirac, fera le point sur les politiques menées et celles qui devront être conduites.
Déméter 2005 - Économies et stratégies agricoles - 280 pages - 24 euros, sur commande au club Déméter. Rens. : 01 40 26 76 50. E-mail : ‹[email protected]›.