Sans cesse blâmé par les autorités françaises, en particulier par le ministre de l’agriculture Hervé Gaymard, le commissaire européen au commerce Pascal Lamy, s’adressant à la commission « commerce international » du Parlement européen le 31 août, a implicitement critiqué l’attitude française lors du Conseil général de l’OMC fin juillet à Genève, qui a débouché sur la signature le 1er août d’un accord-cadre portant, notamment, sur l’agriculture .
S’adressant probablement pour la dernière fois de son mandat aux membres de la commission « commerce international » du Parlement européen, le commissaire au commerce Pascal Lamy leur a exposé la teneur de l’accord-cadre récemment conclu à Genève, portant en grande partie sur l’agriculture. « Une élimination des subventions à l’exportation génératrices de distorsion des échanges, une réduction substantielle des soutiens internes à l’agriculture et un abaissement généralisé des tarifs douaniers sont au programme de cet accord », a-t-il indiqué, soulignant que sur la question du coton, « Bruxelles a déjà aboli tous ses soutiens à l’exportation et ses droits de douane ». « L’UE ayant antérieurement entrepris une réforme fondamentale de son système de subventions à l’exportation en éliminant celles qui faussent le plus les échanges, les Etats-Unis, conformément à l’engagement qu’ils ont pris à Genève, devraient maintenant faire de même », a-t-il ajouté.
« Discussion difficile avec certains membres de l’UE »
Le commissaire au commerce a, en outre, implicitement critiqué l’attitude des ministres français de l’Agriculture et du Commerce, Hervé Gaymard et François Loos, lors du Conseil général de l’OMC à Genève à la fin du mois de juillet dernier, à l’issue duquel les 147 pays membres de l’OMC sont parvenus à un accord-cadre intermédiaire, portant notamment sur l’agriculture, qui a permis de relancer le cycle de négociations multilatérales de Doha. Le président en exercice du Conseil des ministres européens du commerce, le Néerlandais Laurens Jan Brinkhorst, « sait combien la discussion a été difficile avec certains des États membres » durant l’ensemble des négociations précédant la signature de l’accord-cadre du 1er août, et particulièrement lors de la session finale de fin juillet, a déclaré M. Lamy aux députés européens membres de la commission « commerce international ». « L’avantage avec le français », a-t-il ajouté en présence de M. Brinkhorst qui est parfaitement francophone, « c’est que le mot “certain” peut être mis au pluriel ou au singulier ».
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« Bataille juridique » et droit de veto
Lors du Conseil général de l’OMC, la délégation française, conduite par MM. Gaymard et Loos, s’était trouvée totalement isolée au sein de l’UE dans son opposition à l’accord âprement négocié par M. Lamy et le commissaire à l’agriculture Franz Fischler, allant jusqu’à irriter certains de ses partenaires européens. Après avoir sans cesse critiqué la stratégie des négociateurs européens, puis menacé de mener une « bataille juridique » visant à exercer son droit de veto lors d’un vote à l’unanimité au Conseil des ministres de l’UE, la France s’était tardivement ralliée à l’accord-cadre conclu le 1er août. « Que nos amis français aient une sensibilité agricole un peu particulière et exacerbée n’est pas une surprise. Chacun a le droit d’exprimer sa sensibilité à sa manière. Les Français l’ont dit à leur manière : elle est parfois plus abrasive que la moyenne des pays européens », avait ironiquement indiqué à ce propos M. Lamy le 2 août dernier.