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Consommation L'autre bénéfice de Su-vi-max : radioscopie de l'alimentation des Français

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Les premiers résultats de Suvimax sont arrivés. Lancée il y a huit ans, cette gigantesque étude de santé publique avait pour but de montrer l'influence positive de la consommation de fruits et légumes sur la santé, et, au-delà, le lien qui existe entre l'alimentation et la santé. Les données collectées constituent aussi une gigantesque base de données sur la santé des Français.

L'étude Su-vi-max visait à prouver que la consommation, à doses nutritionnelles, des vitamines et des antioxydants contenus dans les fruits et légumes était bénéfique pour la santé et permettait de réduire les risques de cancers, de maladies cardio-vasculaires, et, partant, la mortalité. Pour parvenir à leurs fins, les scientifiques ont testé pendant huit ans l'action d'une pilule contenant ces éléments sur 13 017 volontaires. La moitié d'entre eux a donc pris chaque jour un comprimé contenant une combinaison d'antioxydants à doses nutritionnelles (vitamines E et C, bêta-carotène, zinc et sélénium) et l'autre moitié, un placebo.

À la fin de ces huit années, les résultats de Su-vi-max sont probants. Ils montrent une diminution de 31 % du risque de cancers chez les hommes ayant reçu les antioxydants et une diminution de 37 % du risque de décès dans cette même catégorie. L'action de la pilule Su-vi-max a été en revanche peu probante sur les femmes. Les différences entre celles qui recevaient les antioxydants et les autres sont quasi nulles, car le niveau d'antioxydants dans leur sang était le même qu'elles prennent cette pilule ou non. Su-vi-max apporte une preuve qu'il existe un lien entre la consommation de fruits et légumes et les cancers et donc un lien entre alimentation et santé. Si plusieurs études avaient déjà suggéré ce résultat, aucune n'avait pu apporter de preuve tangible jusqu'ici.

Une fois par an, les personnes testées bénéficiaient d'une vérification complète de leur état de santé. En outre elles devaient régulièrement répondre à des questionnaires sur des aspects précis de leur santé. Ainsi ont été collectées de très nombreuses indications. À ce jour, toutes n'ont pas été exploitées.

Les attentes des industriels

L'étude Su-vi-max a été financée par des fonds publics et privés, et notamment par des entreprises agroalimentaires, comme Candia, Danone, Kellog's, ou Unilever. Florence Pierron, responsable de l'innovation chez Candia et chargée du projet Su-vi-max dans l'entreprise, explique ce qui a poussé Candia à parrainer cette étude. « Pour nous, le financement de cette étude répondait à plusieurs objectifs, explique-t-elle, et en premier lieu, prouver qu'il existait un véritable lien entre alimentation et santé». Candia a en effet été un précurseur dans le domaine de l'aliment santé avec le lancement en 1983 de Viva, un lait à teneur garantie en vitamines, et la création du lait de croissance en 1990. Su-vi-max a également donné à la marque une occasion unique de recevoir des données sur la consommation des Français, en fonction de leur style de vie. « S'il existe des indicateurs d'achats par les foyers, comme les données Secodip par exemple, il existe peu de données sur le niveau de consommation des produits », insiste Florence Pierron.

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D'ailleurs, la banque de données sur la santé des Français, encore largement inexploitée, était l'un des arguments mis en valeur par les coordinateurs de l'étude pour convaincre les industriels de les suivre dans cette aventure. Aujourd'hui, ceux-ci peuvent obtenir des données pertinentes pour leur activité, et adapter leurs produits et leur marketing en fonction de celles-ci. « C'est d'autant plus intéressant pour nous que l'étude était réalisée chez les gens, dans leur vie quotidienne, plutôt qu'en laboratoire», conclut la responsable des innovations chez Candia.

"Tout le répertoire alimentaire se forme entre deux et trois ans"

Vincent Boggio, médecin au CHUde Dijon, et Sophie Nicklaus et Sylvie Issanchou de l'INRA, ont analysé pendant dix-sept ans les choix d'enfants de deux à trois ans au self-service d'une crèche à Dijon. Leur objectif était d'identifier les aliments que choisissent les enfants en situation de libre choix, et de comprendre les déterminants de ces choix : goûts personnels, influence socioculturelle, qualité des aliments… A noter, les desserts sucrés étaient exclus et les enfants pouvaient se resservir aussi souvent qu'ils le désiraient, tant qu'ils terminaient ce qu'ils avaient choisi. Ils ne pouvaient reprendre plus de trois fois le même produit.

Les aliments qui ont remporté la palme auprès des tout-petits ont été les frites, les gougères, spécialités bourguignonnes à base de pâte feuilletée, et les chipolatas. En fait, les choix naturels des enfants se sont dirigés vers les viandes, les poissons et les féculents. Les endives en salades, les salades braisées et les endives braisées se sont retrouvées tout en bas de l'échelle, les enfants rejetant fréquemment les légumes et les fromages. Les deux dimensions majeures qui expliquent la variabilité des choix sont la valeur énergétique des aliments et leurs propriétés sensorielles. En outre, à partir de trois-quatre ans, l'enfant devient néophobe. Vincent Boggio a noté, dans une étude encore à paraître, que retrouvés quinze ans plus tard, les enfants choisissaient les mêmes aliments qu'à la crèche. Cela tend à prouver que le répertoire alimentaire des enfants s'élabore très tôt, et qu'il est difficile d'y apporter des nouveautés par la suite.