La gestion de la crise de la grippe aviaire pour les entreprises de l’aval est mal accueillie par la filière. En marge d’une réunion au ministère de l’Agriculture le 23 mars, Marie-Pierre Pé, déléguée générale du Cifog, est inquiète : 140 M€ de préjudices subis par les entreprises ne sont, pour l’heure, pas pris en charge. Selon elle, le ministère de l’Agriculture « continue » de chercher des solutions.
« Pour la majorité des entreprises, on va droit dans le mur », déplore Marie-Pierre Pé, déléguée générale du Cifog (interprofession des palmipèdes à foie gras), le 24 mars. La veille, elle participait à une réunion à la Direction générale de la performance économique et environnementale des entreprises (DGPE) du ministère de l’Agriculture. À l’ordre du jour : les aides mobilisées pour la filière foie gras dans les départements touchés par la grippe aviaire. Si le plan pour les aides aux élevages est plutôt bien accueilli, la stratégie adoptée pour soutenir l’aval l’est beaucoup moins.
La filière « plutôt confiante » sur l’amont
La filière se déclare « plutôt confiante concernant l’indemnisation des producteurs qui devraient être accompagnés à hauteur de 130 M€ », selon un communiqué du Cifog. Pour les éleveurs contraints à un vide sanitaire, les indemnisations seront calculées en fonction du nombre de canards non produits par rapport à l’année de référence 2015, selon un communiqué de la Coordination rurale, le 24 mars. Un acompte de 50 % de la perte doit être versé à la fin du mois de mai et le solde début 2017. La Coordination rurale prend acte aussi de la prise en compte des signes d’identification de la qualité et de l’origine (Siqo) à travers des forfaits différenciés qui « devraient être connus prochainement. »
Financement État/région/UE
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Par ailleurs, l’Union européenne financera à hauteur de 50 %, mais seulement sur une base de 80 % des pertes, rapporte le syndicat. « L’État renvoie la balle aux conseils régionaux qui font des efforts pour ne pas voir disparaître ces productions emblématiques de notre territoire », note Sylvie Girard, présidente de la CR Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. La Région en question a d’ailleurs rappelé, le 24 mars, qu’une enveloppe de 15 M€ en faveur de la filière avait été annoncée mi-février : « Dix millions d'euros pour les investissements des exploitations et cinq millions d'euros pour l’accompagnement individualisé des entreprises de l’aval. »
Grandes inquiétudes sur l’aval
L’inquiétude de la filière porte plutôt sur ses entreprises, en aval. La prise en compte des besoins de l’aval du Sud-Ouest (abattoirs et ateliers de transformation) est « insuffisante », estime le Cifog. Ainsi, la filière juge que « l’avance de trésorerie remboursable dans les deux ans de 60 M€ » annoncée par l’État est « très en deçà des enjeux économiques. » Marie-Pierre Pé commente : « C’est insuffisant. […] Le 2 mai prochain, le vide sanitaire sera effectif dans les dix-huit départements (du Sud-Ouest, ndlr) et 4 000 salariés des entreprises d’abattage et de transformation seront en chômage technique pour une période de trois à quatre mois. Le chiffre d’affaires perdu ne sera pas récupérable. » Pour les entreprises du Sud-Ouest, la difficulté est que la majorité d’entre elles sont labellisées « Label Rouge » ou « IGP Sud-Ouest ». Impossible pour elles donc de se tourner vers des approvisionnements extérieurs à leur territoire.
Le préjudice subi par les entreprises est estimé à 140 M€ par le Cifog. « Une autre réunion est prévue dans trois semaines », explique Marie-Pierre Pé, le 24 mars. D’ici là, les services du ministère ont, selon elle, affirmé « continuer à chercher des solutions. »