Abonné

Pâtisserie surgelée/cession  L’avenir de Délices de Ninon suspendu à la décision des juges

- - 5 min

Le tribunal de commerce de Paris devrait donner un repreneur à Délices de Ninon le 3 juillet prochain. Deux candidats sont à départager : d’un côté Coop de Broons, qui cherche à accroître son pôle gastronomie. La société Christophe Delmotte dont la coopérative détient 70%, a en effet besoin d’un nouvel outil pour suivre la croissance du marché de la pâtisserie surgelée. Son directeur général entend « tout conserver » pour 1 million d’euros. De l’autre, Gérard Joulin, fondateur et ancien dirigeant des Pains Jacquet, propriétaire de l’enseigne « Le moule à gâteau », estime défendre « un vrai projet d’entreprise ». Une centaine d’emplois sur les 139 que compte Délices de Ninon seraient dans tous les cas sauvegardés.

Les 139 employés de Délices de Ninon seront fixés sur leur sort le 4 juillet prochain. Une décision du tribunal de commerce de Paris était attendue le 27 juin. Cette journée fut l’occasion pour les trois candidats à la reprise de la société d’exposer leur projet. Les juges disposent donc d’une semaine pour faire leur choix, et l’avenir de Délices de Ninon reste en suspens.

Christophe Delmotte veut soutenir sa croissance

Sur le banc des prétendants, Coop de Broons. Cette coopérative des Côtes d’Armor spécialisée dans l’alimentation animale, veut poursuivre le développement de son pôle gastronomie. Dans son giron, aux côtés des Trois Abers, entreprise bretonne spécialisée dans les pâtes surgelées, la pâtisserie industrielle Christophe Delmotte « a besoin d’un nouvel outil pour suivre la croissance du marché » selon son directeur général et fondateur, Christophe Delmotte. La société, dont Coop de Broons a pris 70% du capital en 1997, a vu l’an passé son chiffre d’affaires progresser de 36%, atteignant les 20 millions d’euros pour une production de plus de 2 000 tonnes. Présent sur les circuits RHF, GMS et en catering, l’entreprise commercialise 40% de ses pâtisseries surgelées à l’export. Pour son dirigeant, « cette cession est une opportunité à saisir ». « Les Délices de Ninon ont un savoir-faire, un outil, bref, un vrai potentiel».

Une offre soutenue par les salariés

Christophe Delmotte a lui-même présenté au tribunal le projet de rachat de Coop de Broons. Pour un million d’euros, la coopérative propose de reprendre le site de Mallemort-en-Corrèze et de maintenir l’emploi de 100 personnes. « Nous voulons tout conserver, il ne faut pas couper l’identité de la société », explique Christophe Delmotte. Tout, y compris la marque éponyme. Une offre soutenue par les salariés de Délices de Ninon. « Il y a des garanties financières, et la société Delmotte (158 salariés, ndlr) dispose d’une force de vente. De plus, c’est un industriel qui a une légitimité dans le surgelé », argumente Annie Fernadez, représentante des salariés.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Gérard Joulin également candidat

Gérard Joulin, fondateur et ancien p.-d.g. des Pains Jacquet, a lui aussi déposé une offre de reprise. Aujourd’hui à la tête de l’enseigne « Le moule à gâteau », réseau d’une quinzaine de pâtisseries « traditionnelles », il est également propriétaire de la pâtisserie industrielle « Les Délices du Roy », basée à Nevers, et d’une boulangerie parisienne, reprise l’an passée en liquidation judiciaire. Au total ses actifs totalisent près de 15 millions d’euros de chiffre d’affaires. Associé à un groupe financier, le fonds « Léonard de Vinci », l’industriel propose quant à lui de pérenniser 105 emplois, « de reprendre le site, et de garder les services logistiques et commerciaux » de la société. Fort de son expérience dans la pâtisserie-boulangerie, il estime « défendre un vrai projet d’entreprise ». « Je compte avoir une approche professionnelle pour redonner du contenu à Délices de Ninon, lui rendre son image et lui offrir un vrai développement», explique-t-il. Et non pas la transformer en « une entreprise satellite », comme fera selon lui Coop de Broons.

Une société en difficulté depuis plus d’un an

Revendue dans un premier temps par Unilever à CSM en 2000, Délices de Ninon est cédée en octobre 2004 à Bernard Châtillon Cf. Agra alimentation n°1874, du 3 mars 2005, p.15, ex-directeur des activités bakery France de CSM. Spécialisée dans la pâtisserie surgelée industrielle, la société totalise alors 20 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 280 salariés. L’entrepreneur espère rapidement ramener cette société déficitaire sur le chemin des bénéfices… sans succès. Dès le mois de juin 2005, accumulant de nombreux exercices déficitaires, Délices de Ninon dépose le bilan et se trouve placée en redressement judiciaire. Avec 96 licenciements à la clé. Bernard Châtillon n’aurait pas réussi à trouver des partenaires financiers pour réinjecter de l’argent frais. « Les fonds propres n’étaient sans doute pas suffisants au départ», analyse Christophe Delmotte. En chute libre, le chiffre d’affaires de la société tournerait aujourd’hui autour des 8 millions d’euros. Quant à son passif, il avoisinerait les 19 millions d’euros. Au bord de la liquidation, Délices de Ninon a finalement suscité l’intérêt de repreneurs industriels. Claude Lachaize, fondateur de l’entreprise au début des années 1970, s’est également porté candidat.