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Coton L’avenir de la filière suspendu à l’évolution du prix des céréales

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Un ajustement du régime coton tel que l’a imposé, en septembre 2006, la Cour de justice européenne à la Commission de Bruxelles, ne permettra pas d’enrayer durablement la chute de la production communautaire de coton. L’avenir de cette filière dépend principalement de l’évolution des cours des céréales, estime en substance une étude du cabinet anglo-saxon LMC International jugée « excellente » par la Commission qui l’a commandée.

L’Espagne, qui a obtenu de la Cour de justice européenne l’annulation de la réforme de l’organisation commune du marché du coton de 2004, n’évitera pas une restructuration de sa filière coton. Telle est, en substance, le principal message contenu dans un rapport réalisé pour la Commission européenne par un cabinet d’experts britanniques sur l’impact de cette réforme. Celle-ci s’applique, malgré la décision de justice, jusqu’à l’adoption d’un nouveau texte par les Vingt-sept. Dans les faits, les nouvelles règles ne sont entrées en vigueur que depuis le 1er janvier 2006.

Avant la révision de l’OCM coton, les entreprises d’égrenages étaient surdimensionnées par rapport aux capacités de production espagnole situées principalement en Andalousie. Il faut éventuellement étudier des mesures pour accompagner la restructuration, préconise le rapport, qui écarte d’une certaine manière toute révision en profondeur de la législation invalidée par la Cour, suggérant de simples adaptations de la part de la Commission.

Coût de la main d’oeuvre

En septembre 2006, la justice a estimé que le régime d’aide au coton adopté par les Etats membres en 2004 ne tenait pas compte de certains coûts et que la situation des égreneurs n’avait pas été suffisamment étudiée. Les juges ont aussi suivi l’analyse de l’Espagne qui dénonçait la mauvaise intégration, pour calculer le niveau de l’aide au coton (fixé à 35 % du total des aides octroyées dans le régime intérieur par la Commission) des coûts de la main d’œuvre des agriculteurs et de leur famille.

Cette argumentation est, elle aussi, battue en brèche par les auteurs du rapport. A la réponse « comment calculer les profits ? », posée aux producteurs de coton, moins de 30 % d’entre eux auraient dit qu’il fallait intégrer le coût de la main d’œuvre familiale, justifiant ainsi la démarche de l’exécutif européen.

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Quatre pays de la Communauté sont producteurs de coton : principalement la Grèce puis, l’Espagne et dans une moindre mesure le Portugal et la Bulgarie. L’entrée en vigueur en 2006, de la réforme contestée par Madrid, a été accompagnée d’une forte baisse de la production et des rendements en Espagne, respectivement de 45 % et de 27 %, relève le rapport. En revanche, les surfaces plantées en coton ont augmenté de 5 % en Grèce et les rendements ont chuté dans ce pays de 24 %, en raison de mauvaises conditions climatiques, ajoutent les auteurs de l’étude.

Marges plus conséquentes

Toutefois, « à long terme », quelles que soient les options retenues, précise cette étude, « il faut s’attendre à une concentration des surfaces de coton en Grèce étant donné la perspective de marges plus conséquentes d’autres productions ». Ainsi, la flambée des cours des céréales, telle qu’elle a lieu à l’heure actuelle, va favoriser les cultures céréalières, fait valoir le cabinet. Et d’ajouter que si l’option de découplage total, que la Commission n’a pas retenue en 2004, était privilégiée, quel que soit le contexte économique, les coûts de production du coton en Europe seraient négatifs. Une seule exception, en Grèce. Les marges de production y resteraient positives à condition que les exploitations bénéficient des aides agro-environnementales. Il faudrait dans ce cas qu’à l’instar de leurs homologues espagnols, les producteurs grecs optent pour des modes de production plus respectueux de l’environnement. Mais la moindre utilisation d’intrants provoquerait alors une chute de l’ordre de 40 % des rendements, à environ 2,5 tonnes par hectares.

Entre 95 et 99 % de la production de coton dépend de l’irrigation, est-il rappelé à de nombreuses reprises. « Le système actuel a eu pour effet, en 2006, d’augmenter les marges de production lorsque des aides agro-environnementales étaient perçues (…) ce qui n’est pas dans l’intention de ce plan ». Le rapport suggère de revoir à la baisse ces aides. Celles-ci seraient, à l’heure actuelle, fixées à un niveau trop élevé, ce qui induirait des distorsions de concurrence.