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Productions animales/AG du Snia L’avenir de l’élevage passe par un jeu collectif

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Pour son assemblée générale, le 25 mai à Aix-les-Bains, le Snia (Syndicat national des industries de la nutrition animale) s’est penché sur l’enjeu de la croissance des productions animales. Pour assurer l’avenir de l’élevage en France, les différents acteurs de la filière plaident pour une réglementation moins contraignante, davantage de contractualisation et d’export.

Nous sommes inquiets. L’Allemagne nous a dépassés pour la première fois en production d’aliments. Ils ont fait 3 M t de plus en dix ans, quand nous avons régressé. Or nous avons des usines à faire tourner », a déclaré en préambule Alain Guillaume, président du Snia. Pourtant, la France ne manque pas d’atouts. « En lait, la France a le plus grand potentiel de développement en Europe, explique Vincent Chatellier, économiste, ingénieur de recherche à l’Inra de Nantes. L’enjeu, c’est la compétitivité sur les marchés tiers. Dans le lait, la France n’a pas le droit de “se louper”. La relance de la production bovine doit profiter à la France. »

Environnement et financement vécus comme des freins
En porc aussi, la production peut augmenter, estime Joseph Marquet, président de Gatine Viandes et éleveur de porc. « Nous avons des atouts, mais les producteurs de porc et de volaille sont systématiquement stigmatisés sur l’environnement. L’Allemagne a réglé le problème sociétal pas nous. » Autre handicap, le sous-investissement, lié aux questions de financement mais aussi à la lourdeur des dossiers à mettre en œuvre. « La production de volaille décroît en France depuis le début des années 2000. Les bâtiments sont devenus obsolètes, le parc moyen a 25 ans d’âge. Avec des élevages peu spécialisés, d’une surface moyenne de 1 000 m2, on n’a pas les moyens d’investir. En Allemagne, ils ont plusieurs bâtiments de 1 500 à 2 000 m2 sur l’exploitation, avec des panneaux photovoltaïques sur le toit », explique Stéphane Dahirel, président du groupement de producteurs de volailles Gaevol.

Les yeux rivés vers l’Allemagne
Comme souvent, le regard est rivé vers l’Allemagne. « Les Allemands font de l’environnement une force économique alors que chez nous, ça empêche l’économie », résume Vincent Chatellier. « Les agriculteurs français ne sont pas moins bons que les autres mais ils sont confrontés à une accumulation de normes et de restrictions. Nous avons d’énormes services dans les chambres d’agriculture pour cela, et pas assez pour accompagner le développement des productions », ajoute Joseph Giroud président de la chambre d’agriculture du Rhône.
Pour Jean-Michel Schaeffer, président des Jeunes agriculteurs, la question de la concurrence allemande ne saurait se résumer à l’environnement réglementaire et au coût de la main d’œuvre. « La force de l’Allemagne, c’est aussi la capacité à monter des schémas pragmatiques et collectifs. La main d’œuvre y est certes moins chère, mais l’énergie et le foncier y sont plus chers », rappelle-t-il.

Pour la recherche d’une relation partenariale
Le partenariat est le maître mot des pistes de réflexion pour relancer l’élevage en France, que ce soit pour la contractualisation ou pour l’export. L’enjeu est de taille. « En un an, bien peu de contrats ont été signés entre les fabricants et leurs clients », s’est désolé Alain Guillaume dans son discours de clôture. Pourtant, le constat est unanime, l’amont et l’aval doivent davantage travailler ensemble. « En France, il faut développer les relations contractuelles pour faire face à la volatilité des matières premières. L’enjeu, c’est que l’amont et l’aval travaillent ensemble. Les agriculteurs ne doivent pas s’imposer aux industriels qui transforment leur production. Il y a du ménage à faire dans les organisations et les débats agricoles et il faut profiter de ce que les prix sont élevés pour le faire », estime Vincent Chatellier. « Chaque maillon de la filière doit être très bien organisé et entrer dans une relation partenariale avec les autres. Pour qu’il y ait un partenariat, il faut que chacun se donne des gages. Il faut passer à l’étape du dialogue avec les industriels, être capables d’aller à l’export et que le droit de la concurrence nous laisse nous organiser », explique pour sa part Jean-Michel Schaeffer. 
Les exemples de contractualisation existent. Gaveol signe avec le groupe Glon et chaque éleveur un contrat pluriannuel avec une annexe relative au prix rediscutée tous les ans. Cela garantit un prix et une visibilité aux éleveurs et une sécurité d’approvisionnement à l’industriel.

Avoir une stratégie lisible à l’export
Au-delà de la contractualisation, l’enjeu pour les productions animales est de tirer parti de la croissance mondiale en se positionnant mieux à l’export. La segmentation à la française doit pour cela être revue, afin de mieux coller aux attentes des marchés internationaux. Et il faut également jouer collectif, pour s’assurer une présence efficaces sur les salons internationaux. « En ce qui concerne les signes de qualité, le marché français est mature. Partir à l’export est indispensable, sinon, on se bat entre nous. Mais il faut pour cela de la coordination. Les Italiens vendent l’Italie et leur signes de qualité sont connus partout », estime Jean-Michel Schaeffer. « Il faut des produits singuliers mais aussi savoir se départir d’une vision franco-française. La Vache qui rit peut être meilleure que l’Abondance », commente Vincent Chatellier.
« Ce n’est pas tant le prix à la consommation qui explique la différence France Allemagne que la capacité à se positionner sur des marchés gagnants », conclut-il.

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