Abonné

Prospection/Nutrition L'avenir de l'industrie agroalimentaire passe par la « nutrition connectée »

- - 5 min

« Le produit [alimentaire] connecté, quand on y aura goûté, il sera difficile de s'en passer ! », affirme Philippe Crévoisier, directeur général de l'activité électrique culinaire au sein du Groupe Seb. Une phrase qui résume à elle seule les conclusions de la table ronde « Plaisir et santé dans l'assiette : quelles tendances chez les consommateurs ? Comment y répondre ? », qui s'est tenue le 4 avril, lors du 9e congrès Vitagora Goût-Nutrition-Santé, à Dijon.

L'E-NUTRITION ou la nutrition connectée apparaît comme une tendance d'avenir pour le secteur agroalimentaire français. Tel est le bilan de la table ronde intitulée « Plaisir et santé dans l'assiette : quelles tendances chez les consommateurs ? Comment y répondre ? », organisée par le pôle de compétitivité Vitagora lors de son congrès Goût-Nutrition-Santé, à Dijon, le 4 avril dernier. « Ce que recherche le consommateur, c'est une solution dans son assiette : un produit, des ingrédients, une façon de faire. Le fait d'être connecté lui permet d'avoir son profil sur internet et d'adapter son alimentation à ses goûts et à ses paramètres de santé », déclare Philippe Crévoisier, d.g. de l'activité électrique chez Seb. « Le digital va permettre au consommateur de cuisiner plus facilement et donc de prendre confiance en lui. Il va également gagner un service en termes de nutrition. » C'est en partant de ce constat que Seb a développé une application pour utiliser la friteuse Acti-Fry. Voyant le marché de la friteuse en perte de vitesse, le groupe a vite compris que le consommateur désirait toujours manger « des frites… mais sans le gras ! », d'où la naissance d'Acty-Fry, explique Philippe Crévoisier. Allier nutrition et santé grâce à un outil de cuisson et un accompagnement à distance est une démarche qui tend à se développer en France. Déjà bien implantée aux Etats-Unis, la nutrition connectée permet, en un clic, d'adapter ses apports alimentaires en fonction du nombre de calories dépensées dans la journée, de ses objectifs de poids, de ses problèmes de santé, de ce que contient son frigidaire, de ses restes de la veille, etc.

VERS UNE ALIMENTATION ULTRA-INDIVIDUALISÉE

D'après les résultats d'une enquête Ispsos, réalisée pour Vitagora et rendue publique lors de ce congrès, 23% des Américains ont déjà utilisé des applications pour suivre leur alimentation. Près d'un sur deux (46%) serait intéressé et envisage de le faire à l'avenir (36% en Allemagne, 32% au Japon et 21% en France). « En France, de nouveaux modes de consommation apparaissent. Nous sommes en train de perdre le modèle des quatre repas par jour. Un Français sur trois ne petit-déjeune plus. Les adolescents prennent un plat principal au déjeuner et un dessert deux heures plus tard. Les consommateurs veulent une alimentation décomplexée », avance Barbara Bidan, directrice Santé Alimentation Durable chez Fleury Michon. Dans ce contexte, apparaît une demande forte de la part du consommateur, une sorte de « réassurance » sur la traçabilité, l'origine, la qualité du produit et un besoin d'en connaître l'usage à la portion. « Nous allons vers une réponse très pointue, très individualisée », continue-t-elle. Un point de vue partagé par Nathalie Hutter-Hardeau, fondatrice d'Atlantic Santé, agence de communication et d'information spécialisée en nutrition, santé, sécurité et agroalimentaire, qui reconnaît faire parfois du coaching en ligne. « En une seconde, on va donner au consommateur l'information qu'il souhaite sur son smartphone. C'est une vraie réponse à ses attentes », souligne Jean-Philippe Girard, président de l'Ania et p.-d.g. d'Eurogerm.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

nutrition
Suivi
Suivre
recherche
Suivi
Suivre

LA CONFIDENTIALITÉ DES DONNÉES RESTE PROBLÉMATIQUE

De son côté, Philippe Crévoisier soulève le problème de la confidentialité des don-nées fournies par le consommateur. Effectivement, ce dernier aura une réponse d'autant plus adaptée qu'il se sera confié sur internet. « C'est un point de blocage. Beaucoup de progrès restent encore à faire sur le sujet. Pour autant, en termes économiques, il y aura un avant et un après digital », affirme-t-il. Pour confirmer les dires des participants, le pôle de compétitivité Vitagora a donné les résultats du premier concours français portant sur l'« E-nutrition ». La start-up « Le temps des glucides », qui propose un coaching pour diabétiques, avec notamment un calcul rapide des glucides ingérés par aliment, a remporté le premier prix. WeCook et 3D-minded ont reçu un deuxième prix ex-aequo. We-cook offre une solution en ligne permettant d'organiser ses repas et ses courses en fonction de ses goûts, de ses choix nutritionels et de son budget. 3D-Minded propose une application, KcalMe, permettant de calculer les calories dépensées et consommées au quotidien de manière ludique et en trois dimensions. L'E-nutrition est en marche.

ENCORE ET TOUJOURS PLUS DE « TRANSPARENCE »

Obtenir plus de « transparence » dans la production des industries agroalimentaires est une demande du consommateur qui ne date pas d'hier. Elle est revenue sur le tapis, le 4 avril, lors de la table ronde du 9e congrès Vitagora Goût-Nutrition-Santé, organisé à Dijon, sur le thème « Plaisir et santé dans l'assiette : quelles tendances chez les consommateurs ? Comment y répondre ? ». Pour Mathieu Duboys de Labarre, maître de conférence à AgroSup Dijon et sociologue, « avec la modernité, tout un ensemble de charges ont été externalisées. Concernant l'alimentation, qui touche au corps, à l'individu, à la vie, le mangeur a un fort sentiment de perte de contrôle. Il va donc chercher à retrouver ce contrôle dans la diététique notamment ». Nathalie Hutter-Hardeau, fondatrice d'Atlantic Santé, une agence de communication spécialisée en nutrition, santé et agroalimentaire, approuve : « Pour se rassurer, le consommateur veut se réapproprier la cuisine, mais aussi obtenir plus de transparence. L'impact des visites d'usines en termes d'image est dans ce sens exceptionnel ». Dont acte.