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Lait Le 25 mai, jour de blocage des laiteries

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Plus de 12 000 manifestants producteurs de lait ont participé le 25 mai à la journée de mobilisation tournée vers les laiteries. Bon nombre de ces dernières ont été bloquées. A Bruxelles, la Commission européenne décidait d’un geste, l’avancement du paiement de l’aide directe, tandis que les membres de l’interprofession convenaient d’un rendez-vous le 28 mai. Rien n’assurait cependant qu’un accord puisse être obtenu sur le prix du lait.

Le 25 mai restera sans doute dans les mémoires des producteurs de lait français et de leurs clients, les laiteries. Car pas moins de 12 000 producteurs de lait ont bloqué, ce jour-là, les accès de 90 laiteries sur tout le territoire. C’est ce qu’annonçait la FNSEA, à l’origine de cette nouvelle journée d’actions, la deuxième en moins d’une semaine.

« Il y a eu 4 000 manifestants de plus que le 19 mai », dit-on à la FNSEA. Presque toutes les régions ont été concernées. « Sur le terrain, les producteurs sont excédés, explique Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA. Ils veulent des réponses, qu’on leur dise rapidement à court terme combien ils seront payés pour les livraisons de lait de mai et juin et à moyen terme comment on va fixer les modalités de fixation du prix du lait ».

Laiteries bloquées

La mobilisation était particulièrement forte dans l’Ouest, première région laitière où « à peu près tous les sites de transformation » ont été bloqués, selon la FNSEA, et notamment ceux des principaux groupes. Des coopératives ou sites de grands groupes agroalimentaires ont été bloqués dans le Calvados (Elle-et-Vire à Vire ou encore Lactalis à Lisieux), mais aussi dans le Morbihan (sites Lactalis et Entremont), en Sarthe (Bel et Candia), dans l’Orne, l’Ille-et-Vilaine, le Finistère, les Côtes d’Armor, en Vendée (coopératives Ucal à Belleville et Usval à Mareuil).

En Rhône-Alpes, l’accès à la quasi-totalité des laiteries était bloqué, selon la FRSEA. Aucun camion de transport ne pouvait pénétrer ou sortir de l’usine de Danone à Saint-Just-Chaleyssin (Isère), l’une des plus importantes d’Europe, notamment. La même situation prévalait pour les usines de Candia-Yoplait (Vienne). Dans le nord de la France, Lactalis à Clermont (Oise) et plusieurs coopératives comme Sodiaal (Candia-Yoplait) dans la Somme étaient bloquées. Les grands groupes Danone, à Bailleul, et Bongrain, au Nouvion dans le Nord étaient aussi concernés. Dans l’est du pays, en Haute-Saône, les agriculteurs ont bloqué les sites de Lactalis à Loulans et de Entremont à Port-sur-Saône.

Commencer les négociations

« Plus rien n’entre ni ne sort » des deux usines vendéennes bloquées, expliquait notamment Joël Limouzin, président de la FRSEA des Pays de la Loire, présent sur le site de Belleville. Selon lui, les éleveurs veulent « un écrit officiel des directions de groupes industriels stipulant qu’ils commencent la négociation avec les producteurs sous l’égide des médiateurs » nommés par le gouvernement pour régler cette crise qui s’est cristallisée il y a deux semaines. « Le démarrage de la base de discussion, ce sera un minimum de 305 euros (les 1 000 litres) lissés sur l’année » alors que les prix tournent actuellement autour de 210 euros, a-t-il souligné.

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Des grandes surfaces ont également été la cible des éleveurs, comme à Loudéac (Côtes d’Armor), où une soixantaine d’éleveurs laitiers ont rempli plusieurs chariots de produits laitiers dans différentes enseignes de la ville, avant de les distribuer aux passants ou aux automobilistes.

L’Europe en ébullition

Il n’y a pas qu’en France que les éleveurs manifestaient. À Berlin, environ 6 000 agriculteurs se sont réunis en milieu de journée, à l’appel de la confédération nationale du secteur, pour exprimer leur inquiétude concernant la baisse des prix. Ils demandent que les banques ne soient pas seules à bénéficier du soutien de l’Etat. « Ça suffit ! nous voulons aussi un plan de relance pour les agriculteurs allemands », disait l’un de leurs slogans. A Bruxelles, environ 900 agriculteurs, selon la police, venus principalement d’Allemagne, de France et de Belgique, manifestaient pour demander l’intervention des pouvoirs publics afin de faire remonter les prix du lait.

En Espagne, la grogne monte aussi, visant notamment les importations de lait étranger, accusées de tirer les tarifs des producteurs nationaux vers le bas. La baisse des prix se répercute en effet rapidement d’un pays à l’autre. La fédération espagnole du secteur a demandé au gouvernement de « trouver des solutions urgentes (…) pour éradiquer de possibles pratiques de dumping, ou l’entrée dans notre pays de lait français à bas coût ».

L’interprofession réunie le 28 mai à Paris

Au soir du 205 mai, quelques informations semblaient pouvoir rasséréner les éleveurs. D’une part, le président du Cniel, Henri Brichart également président de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) convoquait les fédérations constituant l’Interprofession laitière à une réunion à Paris le jeudi 28 mai. « Cette réunion est destinée à rechercher des solutions permettant de sortir de la crise laitière actuelle », précisait un communiqué. À l’annonce de la réunion du 28 mai, un certain nombre de blocages se levaient progressivement. D’autre part, à Bruxelles, la Commission européenne annonçait au conseil des ministres de l’agriculture que 70% de l’aide directe laitière serait payée en avance, au 16 octobre au lieu de début décembre. À ce petit coup de pouce à la trésorerie des exploitations s’ajouteront le prolongement au-delà de la fin août des aides au stockage privé et éventuellement de l’intervention publique dans le secteur du beurre.