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Institutions Le Baromètre de la perception des aliments n’est pas si rassurant

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La création de l’Observatoire de l’alimentation a beau être inscrite sur le papier depuis longtemps, au moins depuis l’annonce des mesures du PNDIAA en mai 2005, cet outil n’est toujours pas en service et tout au plus sera-t-il installé au premier semestre 2007, comme l’a annoncé le ministre de la Santé dans le cadre du PNNS 2. En revanche, un instrument est déjà lancé, qui en fait partie en théorie, c’est le Baromètre de la perception de l’alimentation par les consommateurs. Il avait été budgété par le ministère de l’Agriculture à hauteur de 38 000 euros en 2006, alors qu’aucune contribution des industriels et des autres ministères concernés, l’Economie (Consommation) et la Santé, n’avait été obtenue en fin de compte.

Elaboré en mai dernier avec BVA Opinion, ce premier « baromètre », dont les résultats ont été présentés aux membres du Conseil national de l’alimentation avant l’été, n’a toujours pas fait l’objet de la moindre publication hormis ces jours-ci dans un chapitre succinct du « Panorama des industries agroalimentaires 2006 » que le ministère diffusera au Sial. On trouve pourtant dans sa synthèse complète (dont Agra alimentation a pu prendre connaissance) plusieurs résultats très instructifs et qui, surtout, laissent une impression un peu moins optimiste que le sondage TNS Sofres publié par l’Ania la semaine dernière Cf Agra alimentation n° 1 945 du 12.10.06, pages 4 et 5.

Le plaisir avant la santé

Il faut dire que les sondages Ania ne se basent que sur du « déclaratif » pur tiré d’enquêtes téléphoniques rapides (réalisées début septembre) tandis que BVA Opinion a procédé à des entretiens plus approfondis et auprès de 1 025 personnes qui ont été interrogées fin avril en face-à-face à leur domicile. Quoi qu’il en soit, les opinions exprimées dans les deux cas ont quelques points communs. Ainsi, « près des deux tiers des Français jugent que l’alimentation doit avant tout être un plaisir, plutôt qu’un moyen de prévenir les problèmes de santé », indique l’étude BVA. Lorsqu’on leur demande comment préserver la santé, les consommateurs interrogés estiment avant tout (à 39 %) qu’il faut « manger varié et de tout » plutôt que de se restreindre sur certains types d’aliments. Ils sont d’ailleurs 93 % à déclarer avoir l’habitude de «manger de tout, des aliments variés». Dans leur très large majorité, les Français associent l’alimentation à des enjeux à la fois culturels (77 % font un lien entre l’alimentation et la préservation du patrimoine culturel), économiques (84 % considèrent que l’alimentation constitue un enjeu important pour l’emploi et 74 % pour l’exportation), mais aussi pour la maîtrise des dépenses de santé (83 %).

Plusieurs bémols dans le crédit accordé aux IAA

Les personnes interrogées ont confiance en la qualité de l’offre alimentaire. Le goût, l’apparence et le prix d’un aliment sont, à leurs yeux, les meilleurs indicateurs de la qualité d’un produit : pour évaluer la qualité d’un produit, ils prennent avant tout en compte le goût qu’avait le produit lors d’un achat antérieur (96 % prennent « vraiment » voire «beaucoup en compte » ce critère de goût). La qualité des produits vendus, le prix et la proximité géographique sont par ailleurs les trois critères qui interviennent le plus dans le choix d’un lieu d’approvisionnement. Globalement, ils pensent que l’offre s’est améliorée au cours des dix dernières années, tout particulièrement dans les domaines de l’information, la sécurité sanitaire et la largeur du choix.

Un bémol cependant : les consommateurs se montrent critiques sur deux aspects de l’offre alimentaire : le goût et les prix. Ils ne sont en effet que 32 % à penser que le goût a suivi une évolution positive (27 % pensent qu’il s’est dégradé et 37 % qu’il n’a pas changé). Il sont unanimes à reconnaître la qualité des différents aliments produits en France. Interrogés sur 17 familles d’aliments produits en France, la qualité est jugée comme « bonne », voire « très bonne », par 6 à 9 Français sur 10.

Pour savoir ce qu’est une alimentation saine, en tout cas, les sondés ne font guère confiance aux industriels de l’alimentaire, pas plus d’ailleurs qu’aux ministères quels qu’ils soient, et pas tellement aux distributeurs ou aux medias : en tête ils comptent sur les professionnels de santé (35 %), sur les associations de consommateurs (16 % les placent en n°1) et sur la famille et les amis (11 %). On est donc un peu loin de la bonne image qu’ils avouent avoir des IAA dans le sondage Sofres/Ania (sur une question, il est vrai un peu différente).

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Des régulateurs à inventer

Sur le plan sanitaire, les Français perçoivent davantage qu’avant les risques subis et sont optimistes sur leur maîtrise. De plus en plus inquiets sur les risques liés aux conditions de production (OGM, épizooties, traitement des cultures, présence de microbes/bactéries et de colorants ou de conservateurs), ils ne s’inquiètent guère, en revanche, des risques que l’on peut considérer comme consentis (liés à une alimentation déséquilibrée, ou au dépassement des DLC ou DLUO).

Enfin, pour l’avenir ils estiment que les risques liés à l’alimentation seront de mieux en mieux maîtrisés : 76 % estiment que l’évolution des méthodes de production et les efforts des entreprises permettront de réduire les risques sanitaires des aliments, même si parallèlement, ils ont conscience qu’on ne fera jamais totalement disparaître les risques alimentaires (à 93 %).

Au total, les sondés n’ont pas une image catastrophique de leur alimentation, et ne traduisent pas les angoisses souvent montées en épingle ici ou là, mais il apparaît qu’ils savent peu de choses sur ce qu’est un aliment, sur qui contrôle la qualité de leur assiette. Il est frappant par exemple que, en cas de crise sanitaire, ils soient à peu près aussi nombreux à penser recevoir trop d’information (31 %), juste ce qu’il faut (28 %), et pas assez d’information (38 %).

Cela dit l’importance de la pédagogie qu’il faudrait déployer auprès des gens de communication, y compris des instances publiques, et également dans les medias. Un organe de dialogue interfilière et de consensus entre l’amont et l’aval du type du Conseil national de l’alimentation pourrait jouer un grand rôle dans cette direction. Avec des outils comme le futur Observatoire notamment…