Le Conseil national de l’alimentation, l’instance consultative auprès des ministres de l’Agriculture, de la Santé et de la Consommation, se penchera courant 2009 sur les conséquences nutritionnelles de la nouvelle préférence des Français pour les produits premiers prix et le hard discount. Des restrictions alimentaires semblent en effet se faire jour du fait des inquiétudes sur le pouvoir d’achat et maintenant de la crise financière et économique. La session que le CNA a tenue à Lyon l’a montré à travers la publication d’un troisième baromètre de l’alimentation dont les résultats sont assez différents des deux précédents (voir ci-après) et le ministre de l’Agriculture, qui en a profité pour annoncer des « assises des IAA » préparées en région et devant aboutir en mars, a confirmé ce nouveau mandat du Conseil pour qu’une telle étude s’appuie sur les données de l’Observatoire de la qualité des aliments (OQALI) qui vient d’être mis en place dans le cadre du PNNS 2. Les incidences nutritionnelles des choix que font les consommateurs en termes de lieux d’achat, de qualité et de niveaux de prix méritent une telle attention, surtout s’il s’avère que « la crise » est appelée à durer. Et qu’elle pourrait contrecarrer les politiques en faveur de la santé et de la nutrition mises en place en des temps meilleurs.
Le nouveau baromètre de l’alimentation établi par le Credoc Credoc : Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie pour le ministère de l’Agriculture a été officialisé à Lyon par le ministre Michel Barnier lors du Conseil national de l’alimentation (CNA), qui tenait une session plénière « décentralisée » le 9 décembre sous la présidence de Philippe Guérin. Par rapport aux précédents baromètres, réalisés ces deux dernières années, les comportements et opinions des Français ont passablement évolué. Ainsi, en 2008, le prix est devenu le premier critère pour choisir le lieu d’achat des produits alimentaires pour 35,1% des consommateurs (en hausse de 6,4 points par rapport à 2007) alors que, en 2007, le premier critère était la proximité géographique du magasin (en deuxième position en 2008 avec 30,6%) et que, en 2006, c’était plutôt la qualité des produits, ramenée en troisième position cette année (20,4%).
En commentant ces résultats, le ministre de l’Agriculture a qualifié le baromètre d’ « outil précieux pour nous éclairer sur les exigences de demain ». Il y a vu d’abord un changement de comportement sans précédent puisque « conscients du ralentissement de la croissance économique, victimes au premier chef d’un renchérissement des prix des produits alimentaires, les Français ont – et c’est exceptionnel – commencé à compter sur leurs dépenses de nourritures (…) ». « Tout se passe,a dit Michel Barnier, comme si, depuis un an, les Français se demandaient avant tout “est-ce vraiment bien nécessaire ?” et non “est-ce bon ?” ».
Des assises de l’agroalimentaire en mars
Le ministre a salué le travail réalisé par le CNA depuis vingt ans et l’a conforté dans son rôle en demandant à son président, Philippe Guérin, de réfléchir à une structure permanente de communication sur les crises de sécurité alimentaire afin d’en contenir ou d’en mieux prévenir les effets sur l’opinion. Il a aussi annoncé aux nombreux industriels présents à Lyon qu’il allait organiser des « assises des industries agroalimentaires » qui « se tiendront au plus près du terrain, dans l’ensemble des régions de France en février »et dont les « conclusions seront remises et présentées courant du mois de mars ».
Prolongeant ainsi sa récente communication en Conseil des ministres du 29 octobre sur le développement des IAA Cf Agra alimentation n° 2039 du 30.10.08 page Une, Michel Barnier veut ainsi « valoriser la position de véritable pilier de l’économie réelle qu’occupe ce secteur en France ». Ces Assises seront l’occasion non d’ « un nième dialogue d’ordre général pour lequel ni vous ni moi n’avons le temps et les moyens », mais d’ « un échange très concret » entre tous les acteurs de la chaîne agroalimentaire, entreprises, autorités publiques, instituts techniques et scientifiques, production agricole, structures de formations, collectivités locales, syndicats, consommateurs,... pour aborder, comme le précise un communiqué du ministère « les grands enjeux du développement de ce secteur, les leviers de compétitivité, les conditions du maintien de l’investissement et de l’innovation, les modes de production durable, la structuration des filières, l’évolution des échanges internationaux dans un contexte de crise, l’évolution des attentes des consommateurs et l’attractivité de l’emploi ». Le tout pour « alimenter les travaux en cours dans le cadre du plan d’action national en faveur de ce secteur et pour enrichir la contribution de la France à la réflexion sur la compétitivité des IAA lancée par la Commission européenne ». Dans le même ordre d’idée, Michel Barnier a redit à Lyon son souhait de voir son ministère prendre le nom de« ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture, du Développement rural, de la Pêche », estimant qu’une telle dénomination donnerait « du sens au travail des agriculteurs, des viticulteurs, des éleveurs, des pêcheurs... » Il a enfin rappelé les cinq chantiers de la politique globale de l’alimentation menée par le gouvernement : la sécurité alimentaire, la diversité et la qualité des produits, l’équilibre nutritionnel, l’amélioration de l’alimentation en restauration collective, l’amélioration de l’alimentation des plus démunis.
Principaux résultats du baromètre 2008
Sur instigation du CNA, les perceptions des Français vis-àivis de leur alimentation ont été appréhendées sur plus de 1000 personnes qui ont été interrogées à leur domicile par le Credoc. Cette fois, comme on pouvait s’y attendre, le contexte de forte inflation sur les produits alimentaires (+6,7% sur le poste alimentation en un an au moment de l’enquête, c’est-à-dire fin juillet-début août) a fortement influencé les réponses.
L’attention portée aux prix dans ce secteur a beaucoup progressé en un an et se traduit par une baisse des dépenses alimentaires (passées, malgré l’inflation, de 111 euros par semaine à 104 euros en l’espace de deux ans).
Le hard discount progresse et les supermarchés/hypermarchés sont moins fréquentés. Les consommateurs sont 15,2 % en 2008 contre 9,3 % en 2007 à s’approvisionner principalement dans un magasin de hard-discount, soit une hausse de près de 6 points aux dépens des super et hypermarchés qui restent le premier lieu d’achat pour 66,1 % des consommateurs (contre 75,4 % en 2006). En revanche, les achats sur les marchés progressent légèrement, tout comme ceux effectués auprès des petits commerces.
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Dans un contexte de recherche de lien social, l’image des agriculteurs et petits commerçants est à la hausse. On constate toutefois que le critère d’achat lié au label de qualité perd des points. Les Français sont de moins en moins nombreux à accepter de payer plus cher pour des signes officiels de qualité, qu’il s’agisse de garanties du respect de l’environnement et du bien-être animal ou de produits issus du commerce équitable.
Le prix, la proximité géographique, et la qualité des produits vendus sont les trois critères essentiels du choix d’un lieu d’approvisionnement.
Recul de la préoccupation santé
« Avoir une politique de maintien du prix» est maintenant la première demande des consommateurs aux pouvoirs publics (36,7% en 2008 contre 26,8 en 2007), loin devant la surveillance de la qualité des produits (19,3%) et le maintien de l’activité agricole et de l’emploi dans les industries agroalimentaires (17,2%).
Autre enseignement : les consommateurs prennent leurs distances vis-à-vis des grandes marques (pour 55% des consommateurs, elles ne sont pas un gage de qualité).
En terme de risques sanitaires, les consommateurs font confiance aux professionnels de santé (92,1%), aux associations de consommateurs (86,6%), aux agriculteurs (83,1%) et aux petits commerçants (81%) mais beaucoup moins aux grandes surfaces (52,8%) et aux industries agroalimentaires (42,3%). Par rapport au baromètre de 2007, la dimension santé perd de son importance, notamment auprès des professions libérales et des cadres.
En revanche, apprendre à cuisiner, comme mesure d’éducation à l’alimentation se révèle comme une valeur en hausse. Dans un contexte économique difficile conduisant au repli sur soi, l’apprentissage de la cuisine et par là un certain retour aux traditions culinaires, reprend une place importante dans les valeurs mises en avant par les sondés.
Rebond possible
Doit-on, en fin de compte, être inquiet pour 2009 sur la consommation alimentaire ? Selon le baromètre de l’alimentation, on peut difficilement être en décroissance sur le secteur alimentaire, car la population augmente de 0,4% par an et l’alimentation en France, au travers de sa tradition culturelle de partage et de convivialité, est une vraie valeur refuge. Le moral des Français a même rebondi légèrement en novembre en raison du ralentissement de l’inflation. Si les prix de l’alimentation baissent, avance l’étude, les consommations en volume reprendront d’autant plus que le plaisir est de nouveau au cœur du discours. « Après la médicalisation du discours depuis 2000 à la suite des crises sanitaires, l’effet de balancier observé pendant la dernière crise économique (1993-1994) ne se fait pas attendre, le plaisir reprend le pas. Une partie de plus en grande de la population rêve de savoir faire de la cuisine. Chaque crise a ses effets bénéfiques et déclenche de nouvelles habitudes », conclut le Credoc.