Le conseil général du Tarn, maître d'ouvrage du projet de barrage de Sivens, a envisagé de suspendre les travaux, le 27 octobre. Malgré tout, le rapport des experts du ministère de l'Ecologie publié la veille, est clair : trop avancé, le projet est difficile à arrêter.
« L'arrêt du chantier ne relève que du conseil général du Tarn. Il semble difficile d'y procéder, compte tenu de l'état d'avancement des travaux et des engagements locaux et régionaux pris avec la profession agricole », conclut le rapport, rendu public le 26 octobre, des deux experts mobilisés par Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie, pour mettre fin à la controverse sur fond de drame humain qui tourne autour du projet de barrage à Sivens dans le Tarn (81). Le conseil général du Tarn est maître d'ouvrage de cette retenue d'eau. « Dans les circonstances actuelles, j'envisage de suspendre les travaux, mais en aucun cas sine die. Il faut remettre les choses à plat », expliquait Thierry Carcenac, président du conseil général, dans un entretien publié dans la Dépêche du Midi, le 29 octobre. Le 31 octobre, les élus départementaux devaient se prononcer sur la suspension des travaux du barrage tant controversé.
Si le gouvernement ne manque pas de rappeler qu'il n'a aucun pouvoir de décision dans cette controverse publique et citoyenne, Ségolène Royal a annoncé, le 29 octobre, en sortie du Conseil des ministres, qu'elle réunirait mardi le 4 novembre, « l'ensemble des parties prenantes » du barrage de Sivens, « des élus en particulier ». Elle affirme « qu'il faut que l'on trouve une solution qui justifie l'engagement des fonds publics et européens sur des ouvrages comme ceux-là ». Pour ce projet, l'investissement sur fonds public uniquement est évalué à 8,4 millions d'euros.
Copie à revoir
Le conseil général assure qu'il prendra en compte les recommandations des experts du ministère de l'Ecologie. Quelles sont-elles justement ? Une des faiblesses soulevées dans le rapport est le surdimensionnement de la retenue d'eau. Initialement, le barrage vise à créer une retenue de 1,5 million de mètres cubes d'eau sur la rivière le Tescou. Le projet (qui a plus de dix ans) prévoit d'envoyer le plus gros des volumes vers l'irrigation des terres agricoles. Depuis 2009, il est possible de quantifier les besoins en eau des agriculteurs grâce au dispositif de subventions des surfaces irriguées. Ces dernières sont déclarées et donc connues. « Cette approche conclut à une surestimation du volume de substitution destiné à l'irrigation dans le projet d'au moins 35% », tranchent les conclusions de l'expertise. Néanmoins, Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, a rappelé que « la question de l'eau et de la ressource en eau pour un certain nombre d'agriculteurs et de zones agricoles est un sujet extrêmement sensible. Les sécheresses de printemps se répètent et elles sont extrêmement dommageables, en particulier pour l'élevage ». Dans la zone du barrage, « l'agriculture se maintient difficilement, bien qu'il s'agisse de l'activité économique principale », résume le rapport d'expertise.
Diminuer les volumes
Dans ce contexte, les deux ingénieurs des ponts et forêts préconisent de diminuer les volumes destinés à l'irrigation pour affecter le surplus au soutien d'étiage et à l'augmentation de la réserve inter-annuelle. Il s'agit d'une proposition parmi d'autres pour « améliorer le projet ».
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Au contraire, pour le collectif Testet, qui rassemble les opposants au barrage, il est désormais temps de réunir tous les acteurs concernés, « pour travailler aux alternatives au projet de barrage de Sivens », y compris celles proposées par les opposants et les agriculteurs de la zone.
Une initiative qui n'a pas été prise en amont, selon le collectif : « Le choix d'un barrage en travers de la vallée a été privilégié sans réelle analyse des solutions alternatives possibles ». (CR, YC)
(1) L'étiage est le débit moyen le plus bas d'un cours d'eau.
L'enquête sur la mort de Rémi Fraisse, le 27 octobre sur le site du barrage contesté de Sivens (Tarn), privilégie la thèse d'un décès dû à une grenade offensive lancée par les gendarmes, après la découverte de traces de TNT sur ses vêtements, a annoncé Claude Dérens, procureur d'Albi. Les parents du jeune manifestant ont porté plainte pour « homicide volontaire ». L'avocat de la famille privilégie la thèse d'un « tir d'arme » par les gendarmes. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, a pour sa part, affirmé le 28 octobre, que l'intervention de la police avait été « proportionnée ». Le procureur d'Albi tranchera.
Réagissant le 29 octobre en conférence de presse à la mort de Rémi Fraisse sur le site du barrage de Sivens dans le Tarn, le président de la FNSEA Xavier Beulin s'est dit « déstabilisé par l'exploitation faite de l'évènement », et a qualifié une partie de l'opposition au projet de retenue d'eau, de « djihadisme vert ». « Ceux qui étaient à Nantes, sont aujourd'hui à Sivens et seront demain aux 1 000 vaches », estime-t-il. « Ce qui était présenté comme un mouvement pacifiste était en fait parfaitement organisé ». Et de s'interroger : « Comment construire des bâtiments demain ? Soit on assure le développement d'activités, qui ont certes un impact environnemental, soit on décrète que l'on entre dans une phase de décroissance », lance-t-il.