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Le bilan de deux années, vu par les professionnels

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FNSEA-JA : « Une vision claire de l’Europe »

« Il a fait en sorte que le ministère de l’Agriculture prenne toute sa dimension possible », estime Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, à propos de Michel Barnier. S’il regrette qu’il n’ait pas eu « un peu plus de combativité », « il a fait prendre conscience que l’agriculture et l’alimentation doivent faire l’objet d’une politique et que celle-ci doit être européenne. » Vice-présidente de la FNSEA, Christiane Lambert salue « la capacté d’écoute du terrain » de la part du ministre et « une vraie orientation politique pour 2013 ». « Il a pris ses responsabilités estime William Villeneuve (JA) et essayé de donner une vision de l’agriculture dès son arrivée », tout en regrettant « la tentation du saupoudrage » pour certains dossiers. Angélique Delahaye (producteurs de légumes) souligne, elle, que le ministre est le premier, depuis des années, à « avoir ouvert la porte de la Pac aux producteurs de légumes ». Elle salue aussi sa capacité à comprendre les évolutions européennes et « qu’il ne servirait à rien d’aller contre ».

Luc Guyau (APCA) : du courage politique

« Michel Barnier a contribué à remettre l’agriculture dans un bon créneau par rapport à la société », estime Luc Guyau, le président de l’APCA qui avoue connaître Michel Barnier depuis… 26 ans. Cette volonté s’est traduite notamment dans la Grenelle de l’environnement et la réforme de la Pac. Le président des chambres d’agriculture qui a connu Michel Barnier à ses débuts de syndicaliste au CNJA salue aussi le « courage » du ministre sur le bilan de santé de la Pac. « Il a écouté et tranché tout en résistant aux agressions », souligne-t-il. « Il a eu le courage politique d’aller jusqu’au bout ». Luc Guyau insiste aussi sur le fait qu’à l’époque de son arrivée comme ministre, « on ne donnait pas cher de la peau du ministère ». Mieux, aujourd’hui, « le ministère de l’Agriculture qui n’est plus en péril est respecté par rapport au ministère de l’environnement ». « Sur le plan Ecophyto, il s’est montré assez innovant », ajoute le président. Et surtout il a fait preuve de « dynamisme pour qu’on (le ministère de l’Environnement : ndlr) ne lui pique pas le dossier ». Enfin, en terme de structure, il a réussi à réformer le ministère de l’Agriculture dans le cadre de la RGPP (révision des politiques publiques), souligne Luc Guyau. Les ministres ne sont pas si nombreux à avoir appliqué le RGPP à leurs ministères respectifs.

Régis Hochart (Confédération paysanne) : déçu en fin de parcours

Régis Hochart se dit très déçu par les dernières semaines de Michel Barnier à la tête du ministère de l’Agriculture, « alors qu’il y avait des propositions intéressantes dans le bilan de santé de la PAC.C’est dommage ! ».

« La position française permettait de se mettre sur les bons rails pour l’après 2013 mais nous sommes aujourd’hui en train de revenir en arrière. C’est une véritable capitulation du ministère de l’agriculture. On est en train de revenir à une cogestion du ministère avec le FNSEA pour des motifs électoraux ».

François Lucas (Coordination rurale) : de l’écoute malgré la cogestion

« Michel Barnier a été un ministre de l’Agriculture qui était à l’écoute, savait manifester de l’intérêt à ce qu’on disait et même parfois changer d’avis suite à nos arguments », souligne François Lucas, le président de la Coordination rurale. Mais, selon le leader syndical, « le ministre a su entendre les bonnes idées mais n’a pas assuré le service après vente de ses réformes ». D’où quelques fois un décalage entre l’affichage politique et les réalités des mesures mises en musique par l’administration. « Il a aussi été le ministre qui a le plus cogéré avec la profession agricole majoritaire ». « Il a établi une relation très étroite avec Luc Guyau, Jean-Michel Lemétayer ou encore Xavier Beulin », résume François Lucas. Cette cogestion, François Lucas, en tant que responsable d’un syndicat minoritaire, dit « avoir eu beaucoup à en souffrir ». « C’était encore plus difficile qu’à l’époque de Dominique Bussereau. Nous avons avalé beaucoup de couleuvres », résume-t-il.

Pierre Chevalier (FNB) : « Il a été tenace »

Pour Pierre Chevalier Michel Barnier restera comme le ministre du bilan de santé de la PAC.

« Sous présidence française, Michel Barnier a été persévérant et courageux pour obtenir la boîte à outils qui lui permettait de faire ce qu’il voulait ». « Évidemment on aurait aimé que le bilan de santé de la PAC aille plus loin en ce qui concerne les soutiens à l’herbe. Mais dans le contexte, il a été tenace car il y avait du vent… »« Je suis convaincu qu’il a préparé l’agriculture à l’échéance de 2013. La politique agricole qu’il a mise en place est en adéquation avec les attentes de la société sur les aspects environnementaux, aménagement du territoire et bien-être animal. Ça va nous permettre de sauver le budget agricole européen pour l’avenir ».

Eric Lainé (CGB) : « Envergure européenne »

« Ministre d’envergure européenne », « homme de conviction », « rassembleur », « fédérateur », voilà comment Eric Lainé, président de la CGB, qualifie le ministre de l’Agriculture sortant. Le responsable estime que, dans le cadre de la réforme de l’OCM sucre, « les arguments que la CGB a développés ont été bien relayés par le ministre, notamment concernant l’indemnisation des producteurs volontaires ou contraints d’arrêter la production ». Il salue « le souci permanent du ministre de forger des alliances au niveau européen », vital pour mener à bien la réforme ou la présidence française de l’Union. « Il a toujours poursuivi ce cap », estime le président de la CGB. Et même s’il n’a pas réussi à convaincre tous les Etats membres sur l’après 2013, « il a fédéré beaucoup d’États sur une vision stratégique de l’agriculture portée par la France ». Eric Lainé apprécie que le ministre n’ait jamais considéré « l’abandon de la préférence communautaire comme une fatalité ». « Pour lui, ce n’est pas le marché qui doit gouverner la politique agricole de la France ni de l’Europe ». Sollicités, les dirigeants d’Orama n’ont pour leur part pas souhaité répondre à nos questions sur le mandat de Michel Barnier.

Philippe Mangin (Coop de France) : « L’alimentation au cœur de l’agriculture »

« Cela été très agréable de travailler avec Michel Barnier », résume de son côté Philippe Mangin, président de Coop de France. Le professionnel retient sa « disponibilité », son « écoute », sa « très forte éthique », sa « loyauté », son « courage » et ses « qualités humaines incontestables ». « Il est parvenu à redonner au niveau européen une image offensive de la France, portant une position progressiste et moderne sur l’agriculture », estime-t-il. Au plan hexagonal, il a su remettre « l’alimentation au cœur de l’agriculture » en créant le ministère de l’alimentation et de l’agriculture. Or pour Philippe Mangin, « l’agriculture n’a de sens dans la société que sous l’angle alimentaire » et « c’est un progrès considérable que le gouvernement en tienne compte ». Concernant le bilan de santé de la Pac, « je conteste ceux qui tentent de critiquer le ministre », affirme le responsable. Pour lui, Nicolas Sarkozy avait donné la tendance dès le Space (salon des productions animales de Rennes) et « le ministre a fait ce qu’il a pu »pour concilier des attentes opposées de la part des professionnels. Le président de Coop de France adresse toutefois une critique au ministre : elle porte sur les instruments de régulation du marché. « Je pensais qu’il ferait mieux, il n’a pas été assez dur, exigeant pour que les partenaires le suivent là-dessus », estime-t-il

Jean-Charles Bocquet (UIPP) : les agriculteurs plus écoutés que les industriels

« Michel Barnier est l’homme de la Pac », commente Jean-Charles Bocquet, directeur général de l’UIPP (Union de l’industrie des produits phytosanitaires). Pour le responsable, le ministre est également « l’homme de l’Europe avec la négociation du paquet phytos ». Or, si la directive sur l’utilisation durable des pesticides « convient à l’industrie », ce n’est pas le cas du règlement sur la mise en marché des pesticides, rappelle Jean-Charles Bocquet. « Globalement, nous avons l’impression que les agriculteurs et les ONG ont été plus écoutés que nous », note le responsable de l’UIPP. Que ce soit sur les sujets européens ou sur le Grenelle de l’environnement.

Philippe Gracien (Gnis) : « L’innovation a été bien prise en charge »

Si la gestion gouvernementale du dossier OGM laisse les semenciers amers, Michel Barnier n’en fait pas les frais. « Les biotechnologies ont été défendues par le ministre ; il a défendu la recherche, et l’innovation a été bien prise en charge même si ensuite c’est l’arbitrage du Premier ministre ou de l’Elysée qui a prévalu », déclare Philippe Gracien, le directeur général du Gnis, le groupement national interprofessionnel des semences et plants. Sur le dossier des traitements de semences, le porte-parole du Gnis juge positif que des autorisations – sous conditions – aient pu être délivrées par le ministère, « malgré les conditions difficiles ». « Cela a permis de repartir sur certains traitements », indique-t-il.

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Pierre Aguilas, (Cnaoc) : « On aurait pu faire beaucoup mieux »

« Michel Barnier est un ministre qui agit en tenant compte des directives gouvernementales d’un pays à 27 membres. Il n’est pas passionnément pour la viticulture ou même pour l’agriculture mais il remplit son contrat comme un fonctionnaire de haut niveau, qui s’applique à bien le faire. En ce qui concerne la viticulture, le sentiment général est que l’on aurait pu faire beaucoup mieux. Nous n’avons pas su défendre notre conception du vin à Bruxelles. Nous sommes le premier pays producteur mais nous n’avons pas su être leader. »

René Moreno, (Anivit) : « Un bilan convenable »

« Le bilan du ministre est convenable dans la mesure où sur les grands dossiers comme la réforme de l’OCM viti-vinicole, il y a eu concertation entre le ministère et les organisations professionnelles pour faire aboutir les décisions françaises. On ne peut pas dire que Michel Barnier soit directement en cause dans nos échecs, il est un de ceux qui a le plus mouillé sa chemise. Mais sur le plan politique, nous ne sommes pas assez présents à Bruxelles, ce n’est pas nouveau. Nous devrions être plus présents sur les dossiers sensibles. C’est le cas du vin rosé. C’est le cas également de la libéralisation des droits de plantation en 2013. De même pour la distillation, nous aurions dû garder une poire pour la soif. Lorsque le marché sera trop lourd, il faudra bien l’assainir. La question se posera encore. »

François Thierry (Fnab) : des convictions appréciées

« Nous sommes partagés sur le bilan de Michel Barnier. Si l’on considère les orientations prises, le bilan est positif. Mais les ambitions ne sont pas toutes tenues faute de moyens. Le plan en faveur de l’agriculture biologique prévoit par exemple des formations bio, plus de recherche… Cela n’est pas encore réalisé. Nous verrons à la prochaine rentrée scolaire. Pour ce qui est des conversions, elles sont surtout le fait d’un marché porteur, de l’ambiance autour du Grenelle… Dans la majorité des cas, les aides à l’installation ne profitent pas aux bio. Les groupements régionaux d’’agriculture biologique continuent de souffrir sur le terrain. »

Marie de l’Estoile (Coopératives forestières) : « La forêt est sortie de son isolement »

« On n’a jamais autant parlé de la forêt que sous le ministère de Michel Barnier ». Marie de l’Estoile, la présidente de l’Union de la coopération forestière française (UCFF), donne un satisfecit à Michel Barnier pour ses deux années passées rue de Varenne. « La forêt est sortie de son isolement et son rôle dans l’économie de la France est affirmé ». Le changement climatique, le stockage du CO 2 et le Grenelle de l’environnement y sont certainement pour quelque chose, mais sans les Assises de la forêt, organisées fin 2007 par Michel Barnier, la filière n’aurait sans doute pas obtenu une telle reconnaissance, estime Marie de l’Estoile. L’UCFF salue les progrès enregistrés sur plusieurs dossiers : incitation à la contractualisation dans la commercialisation des bois (DEFI contrats), attention portée à la biomasse-énergie, volonté d’accroître la part du bois dans la construction, aide à la modernisation des scieries. Concernant la gestion de la tempête Klaus (janvier 2009), la présidente de l’UCFF estime que le ministère « a fait le maximum ».

Henri Plauche-Gillon (Forestiers privés) : « Il a montré son intérêt pour la forêt »

Pour Henri Plauche-Gillon, le président de Forestiers privés de France, Michel Barnier a « montré son intérêt » pour la forêt en organisant les Assises du même nom. « Il a eu le mérite de ne pas vouloir réinventer l’eau chaude et de souhaiter donner une forme opérationnelle aux mesures retenues. La nouvelle mouture du DEFI Travaux (un dispositif fiscal d’accompagnement des travaux forestiers, NDLR) est une réussite. Mais on est toujours en attente d’un certain nombre d’autres mesures, tel le fond de mobilisation des bois dont le ministre avait lui-même chiffré les besoins à 100 millions d’euros lors des Assises de la forêt. Or, à ce jour, il n’y a rien.

Jean-Claude Monin (Communes forestières) : « On attend du concrêt »

Du côté des communes forestières, Jean-Claude Monin, le président de la fédération nationale (Fncofor), se dit lui aussi « plutôt satisfait » du passage de Michel Barnier rue de Varenne. Les deux hommes se connaissent bien. « Je suis Savoyard, comme lui. Il existe une certaine solidarité entre nous » explique-t-il. Sur le fond, « il a engagé des choses » ajoute Jean-Claude Monin, citant notamment l’organisation des Assises de la forêt. « Maintenant, on espère qu’il va pouvoir y avoir des choses concrêtes ».

Yvon Le Norcy (Cneap) : « Une couleur Barnier » donnée à l’enseignement agricole

« Le ministre a eu une action compliquée dans un contexte budgétaire défavorable. C’est un ministre lucide et volontariste. Il a adopté le diagnostic du rapport Ferrat qui a servi de préambule au 5 e schéma national de formation. Il a dû se battre pour son budget et a joué finement en obtenant une rallonge budgétaire. Malgré la difficulté du contexte, il a choisi de donner un horizon politique à l’enseignement agricole et de ne pas en faire un système éducatif bis. Il a fait ce qu’il fallait pour qu’il demeure un enseignement professionnel ouvert à l’international, avec une dimension développement durable, alimentation. On peut dire qu’il laissera une “couleur Barnier” à l’enseignement agricole ».

Annick Mérien (Snetap) : « Une catastrophe comme on n’en a jamais connu »

« Nous sommes très sévères avec le bilan du ministre compte tenu du recul qu’a subi l’enseignement agricole public, même si ce recul a commencé en 2002. C’est une constante depuis le budget 2006 de réduire le nombre d’emplois. Nous perdons encore 88 emplois enseignants et 64 emplois administratifs en 2009. Et le contrôleur financier demande au ministère de rendre en plus 200 emplois qui dépassent le plafond (départs en retraite reportés et réévaluation du temps de travail des contractuels). De nombreuses classes vont encore fermer. C’est une catastrophe comme on en a jamais connu ».

Jean-Claude Bévillard (FNE) : « Globalement, il a fait avancer les choses »

« Par rapport à Bussereau et même à Gaymard, il a marqué un réel changement ». Jean-Claude Bévillard, responsable des questions agricoles à France Nature Environnement (FNE) jette un regard plutôt positif sur le passage de Michel Barnier au ministère de l’Agriculture. « Au niveau du dialogue, on est à des années lumières de ce qui se faisait avant » explique-t-il. Réduction des phytosanitaires, soutien au « bio », certification environnementale… « Il s’est saisi du Grenelle de manière positive et même si tout n’est pas pas parfait, globalement, il a fait avancer les choses ». Le dossier du Cruiser reste toutefois un point de conflit.

Arnaud Apoteker (Greenpeace) : « Barnier, une victime consentante du Grenelle »

« Ce n’est pas le pire ministre de l’Agriculture que l’on ait eu ». Pas question de tirer à boulets rouges sur l’action de Michel Barnier, du côté de Greenpeace France. « On a été très inquiets à une ou deux reprises quant à un éventuel torpillage du Grenelle de l’environnement par le ministère de l’Agriculture, en particulier sur la clause de sauvegarde sur le maïs transgénique Mon 810. Mais à part cette alerte, l’action de Michel Barnier fut plutôt positive notamment avec le soutien à l’agriculture biologique », déclare Arnaud Apoteker en charge du dossier OGM. « Il s’est plié de bonne grâce aux conclusions du Grenelle. C’est une victime consentante ».