Le biocontrôle représente 4 % du marché de la protection des plantes en 2016. Coût, efficacité, simplicité : telles sont les trois attentes des agriculteurs exprimées lors du colloque de l’IBMA (entreprises du biocontrôle) à Paris, le 31 janvier. La réglementation en vigueur, elle, favorise le développement des produits de biocontrôle et pourrait encore davantage le faire avec la proposition de loi Potier qui doit passer en première lecture au Sénat le 8 février.
Derrière le mot biocontrôle, qui, aujourd’hui, représente 4 % du marché de la protection des plantes, il faut entendre grande diversité de solutions alternatives à l’utilisation des phytos. D’après le ministère de l’Agriculture, les produits de biocontrôle sont définis par la loi comme « des agents et produits utilisant des mécanismes naturels dans le cadre de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures. Ils comprennent les macro-organismes (insectes, notamment), les produits phytos composés de micro-organismes, de médiateurs chimiques (phéromone, kairomones) ou de substances naturelles (d’origine végétale, animale ou minérale) ». En termes de surfaces concernées par le biocontrôle, l’IBMA (entreprises du biocontrôle) fait état de 130 000 hectares de maïs (traité avec des trichogrammes contre la pyrale) sur le 1,47 million d’hectares de maïs grain recensés en 2016 par l’AGPM. Près de 50 % des surfaces (vigne, arboriculture, légumes) sont protégées par la confusion sexuelle contre le carpocapse ou encore 75 % des surfaces maraîchères sous abri utilisent des insectes auxiliaires. Ces solutions de biocontrôle s’inscrivent dans le cadre de la protection biologique intégrée qui promeut un ensemble de méthode (lutte biologique, chimique, mécanique, biotechnologique, etc.)
Le marché du biocontrôle (micro ou macrosolutions) reste « tout petit », mais « il y a une demande forte de la société », selon Jacques Rouchaussé, président des Producteurs de Légumes de France. S’agissant des produits phytos du biocontrôle (microorganismes, phéromones, kairomanes, substances naturelles), ils doivent répondre à une évaluation complète des risques, comme les produits phytos « classiques ».
30 % des AMM sont des produits de biocontrôle
Le premier défi est de développer l’offre. En 2016, sur 167 décisions d’autorisation de mise sur le marché (AMM) de l’Anses, 33 sont des produits de biocontrôle, a affirmé Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, dans une vidéo diffusée en conclusion du colloque. Le moteur de recherche sur la base e-Phy (catalogue des produits phytos en France) donne un peu plus de 200 produits hors seconds noms commerciaux de produits de biocontrôle. L’Anses rappelle que le biocontrôle est systématiquement mis au-dessus de la pile des dossiers d’AMM à examiner. De fait, la loi prévoit « des délais de procédure plus courts pour l’évaluation et l’autorisation des produits de biocontrôle ». Par ailleurs, en termes d’efficacité des produits, Samantha Besse, chef des laboratoires bioinsecticides chez Arysta Life Science et membre d’IBMA, insiste : « La simple délivrance d’une autorisation de mise sur le marché est gage d’efficacité ». Pour poursuivre le travail sur l’offre de produits, la mise en place de trois réseaux d’expérimentations est attendue en 2017. « L’objectif est de démocratiser le biocontrôle », présente Samantha Besse.
Nouveautés réglementaires imminentes
Par ailleurs, la proposition de loi Potier doit permettre d’élargir la liste des produits de biocontrôle (1) bénéficiant d’un certain nombre d’exemptions pour la diffusion plus large des produits. Pour l’heure, la proposition a été adoptée en première lecture à l’Assemblée et doit passer au Sénat en première lecture le 8 février. Karen Bucher, conseillère chargée de la sécurité sanitaire au cabinet de Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, précise l’enjeu : « La proposition de loi pourra permettre, via la suppression de l’exemption d’agrément pour l’application de produits de biocontrôle portant une mention de danger, de faire évoluer les critères qui sélectionnent les produits de la liste. […] Ça rallongerait la liste, pour l’instant de moins d’une dizaine de produits, donc l’impact est très limité à court terme. Mais ce serait important pour l’avenir. »
Des attentes fortes en grandes cultures
Du côté des agriculteurs, les attentes sont très fortes en grandes cultures. « En grandes cultures, on est assez à la traîne », a affirmé Céline Imart, agricultrice en grandes cultures et vice-présidente des Jeunes agriculteurs en charge de l’environnement. Seule l’utilisation de trichogrammes contre la pyrale du maïs est très répandue. Éric Thirouin, président de la commission environnement de la FNSEA, entre dans le vif du sujet : « Je travaille aussi avec les trichogrammes depuis des années ». Cette solution biocontrôle est efficace. Mais « l’utilisation des trichogrammes prend une journée, quand l’utilisation d’un traitement prend une heure », résume-t-il. La simplicité n’est pas encore totalement au rendez-vous des attentes de terrain.
Par ailleurs, les agriculteurs ont des demandes ciblées, notamment sur la lutte contre les mauvaises herbes. Éric Thirouin et Céline Imart parlent d’une même voix. « On arrive sur des résistances importantes aux herbicides », expliquent-ils rappelant que le récent bilan Ecophyto 2 est positif pour les fongicides et les insecticides, mais pas en herbicides. L’attente est d’autant plus forte, qu’une partie des phytos utilisés en grandes cultures, les néonicotinoïdes, sont en sursis. La loi biodiversité prévoit leur interdiction à partir de 2018 (lire l’encadré). Pourtant, les herbicides sont toujours l’enfant pauvre des solutions de biocontrôle (voir graphique). L’appel a été entendu lors du colloque IBMA, notamment par les centres techniques et les entreprises.
Succès à multiplier en fruits et légumes
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En fruits et légumes, la confusion sexuelle est la solution la plus répandue. Éloi Viannay, arboriculteur, soutient « qu’aujourd’hui, la confusion sexuelle donne de très bons résultats sur les pommes ». En outre, des solutions techniques pour l’application émergent. L’entreprise Biopose a par exemple reçu la médaille d’argent au Sival 2016 dans la catégorie Services & Logiciels. Ce projet utilise des drones pour « larguer » dans les vergers les diffuseurs de confusion sexuelle. En maraîchage, le bilan est mitigé. Frédéric Favrot, directeur général de Koppert France, rapporte : « Le biocontrôle en serre chauffée est un vrai succès. La question est de savoir comment on sort de la serre. Ce n’est pas si simple, il faut des solutions. »
Un défi économique pour toutes les filières
Le défi commun à toutes les filières est économique. De fait, l’utilisation de biocontrôle ne génère pas de valorisation économique au moins à la hauteur de son coût. Laurent Bergé, président de l’AOP tomate et concombre de France, témoigne : « On est freiné car on n’arrive pas à avoir de valeur ajoutée sur le sujet de l’utilisation du biocontrôle. Même sur quelques centimes… ». Il poursuit : « Un traitement chimique peut coûter 30-40 centimes d’euros par mètre carré, quand la solution biocontrôle peut dépasser les trois euros par mètre carré ».
Jacques Rouchaussé affirme aussi que « le biocontrôle est une solution, mais il a un coût ». L’idée évoquée par les professionnels serait de pouvoir valoriser économiquement l’utilisation du biocontrôle. Pour l’heure, le plan Ecophyto 2 prévoit notamment l’élargissement de l’assiette de la Redevance pollution diffuse. Les 30 millions d’euros générés chaque année cibleront « les investissements dans les exploitations agricoles visant à réduire les utilisations, les risques et les impacts des produits phytopharmaceutiques », selon le ministère. Au total le plan Ecophyto 2 bénéficie d’un budget de 71 millions d’euros par an, rappelle le ministère.
Une offre de formation au biocontrôle disponible
Antoine Meyer, président d’IBMA, a rappelé qu’une offre de formation biocontrôle vient d’être lancée par l’Académie du biocontrôle. « Dans la formation, il faut intégrer les nouvelles méthodes de travail sans les mettre en opposition avec les méthodes conventionnelles », analyse Éloi Viannay. S’engager vers davantage de biocontrôle nécessite une formation, mais aussi un réseau. Daniel Sauvaître, président de l’ANPP (producteurs de pommes et de poires), explique : « Quand on veut limiter les interventions de phytos, il faut plus de savoir-faire, plus de réseaux, de conseils… pour limiter les risques et produire des fruits commercialisables. »
(1) La liste qui pourrait être élargie figure dans une note de service du ministère de l’Agriculture datant du 3 novembre 2016.
D. Sauvaître : « Quand on veut limiter les interventions de phytos, il faut plus de réseaux et de conseils […] pour limiter les risques et produire des fruits commercialisables. »
Néonicotinoïdes : l’Anses publiera les premiers résultats sur les alternatives en 2017
L’Anses est en train de travailler sur « la comparaison des néonicotinoïdes et de chacune de leurs alternatives (chimiques et autres), usage par usage (pour chaque culture et nuisible) », a-t-on appris lors d’une conférence de presse à Paris, le 30 janvier. Les premiers résultats seront disponibles en 2017. « À partir des cinq substances néonicotinoïdes autorisées en France (en tant que produits phytos), ces travaux mèneront à comparer plus de 3 500 usages de préparations phytopharmaceutiques », a expliqué Roger Genet, directeur général de l’autorité sanitaire. Pour rappel, la loi biodiversité interdit l’usage des néonicotinoïdes à partir du 1er septembre 2018 avec des dérogations possibles jusqu’en 2020. Ces dernières seront accordées par arrêté. Ces travaux de l’Anses doivent venir en appui à l’application de la loi. Par ailleurs, l’autorité a « étendu l’expertise à l’ensemble des produits contenant des néonicotinoïdes : produits phytopharmaceutiques, biocides et médicaments vétérinaires, soit sept substances actives ». Les premiers résultats sont aussi attendus en 2017.