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Le biosourcé, une goutte dans l’océan de plastique

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Les capacités mondiales de production de plastiques biosourcés représentent moins que l’augmentation annuelle de la consommation de plastique pétrosourcé en Europe. La production mondiale de bioplastique est essentiellement tournée vers le non-biodégradable, à l’inverse de la filière française tournée vers les sacs jetables compostables. Pour convaincre le législateur de favoriser son développement, elle peut miser avant tout sur son emprunte carbone, car le pétrosourcé peut également être recyclable ou biodégradable.

La production de plastique biosourcé est infime par rapport à la production de plastique sorti de l’industrie pétrolière : 2,11 millions de tonnes (Mt) de capacité à l’échelle mondiale pour le biosourcé, d’après l’association European Plastics, qui rassemble les producteurs de résine et les transformateurs que sont les plasturgistes. En réalité, la production est moindre : « Ces capacités officielles et déclaratives sont largement surévaluées par rapport à la production effective », souligne Christophe Doukhi-de Boissoudy, directeur de Novamont-France.

En face, la production mondiale de plastique conventionnel est de 348 millions de tonnes, d’après Plastics Europe, association des producteurs européens de matière plastique. Elle devrait encore doubler dans les vingt prochaines années et presque quadrupler d’ici à 2050, ajoute l'organisation. Elle a atteint 320 Mt en 2015, 335 Mt en 2016 et 348 Mt en 2017. La production mondiale de plastique biosourcé représente moins que l’augmentation annuelle de la production européenne de plastique conventionnel, qui est passée, en une seule année, de 60 Mt en 2016 à 64,4 Mt en 2017, toujours d’après l’association européenne des plastiques.

BASF utilise du biosourcé pour réduire les émissions de GES

Pour convaincre le législateur de favoriser son développement, la filière bioplastique doit miser avant tout sur son empreinte carbone. Parce que les industriels chimistes sont capables de produire du plastique compostable d’origine fossile. L’argument du bioplastique est donc avant tout climatique. Le rapport final de la Commission européenne pour la décarbonisation de l’économie indique que « l’agriculture et l’utilisation des terres ont un rôle majeur dans l’effort de décarbonisation ».

D’ailleurs, les industriels, comme le chimiste allemand BASF, ne s’y trompent pas. Ils introduisent de la matière renouvelable biosourcée dans leurs mélanges (voir article précédent). BASF explique pourquoi : « Utiliser des matières premières renouvelables participe à la préservation des ressources fossiles et peut contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre ».

Les perspectives sont vastes, mais la réalisation des projets n’est pas acquise. Déjà, la France a pris du retard sur l’Italie parce qu’elle n’a pas appliqué une loi de 2006 interdisant les sacs plastiques sauf biosourcés et compostables. L’Italie a fait un copié-collé de la loi française de 2006 et l’a appliqué en 2011. Entre-temps, l’amidonnier Roquette a jeté l’éponge.

Se placer dans la lutte contre le plastique non recyclé

Comme le montre le graphique, une part importante de la production de plastique biosourcé dans le monde est occupée par le non biodégradable. En France, cette filière est quasi-inexistante. Les industriels sont tournés vers le marché du jetable biodégradable, en particulier les sacs.

Ils veulent se placer aux côtés des pouvoirs publics dans la luttre contre la pollution par le plastique non recyclé. Tâche immense quand on sait que seulement 14 % des emballages plastiques sont collectés pour être recyclés. Le taux moyen de recyclage des plastiques d’emballage dans l’UE est de 41 %, mais en France il est d’environ 25 %, un des plus bas d’Europe, moins qu’en Italie, qu’en Espagne, qu’en Slovénie, entre autres, d’après Plastics Europe.

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L’utilisation française de résine biosourcée est d’environ 20 000 tonnes, essentiellement pour les sacs jetables compostables, selon le Club Bio-plastiques, l’association représentant l’ensemble de la filière française des résines biosourcées et biodégradables. D’après Christophe Doukhi-de Boissoudy, président du club et directeur de Novamont-France, l’utilisation pourrait dépasser les 100 000 tonnes en France si la règlementation autorisait le compostage industriel (voir article précédent), parce que le marché s’élargirait à de nombreux objets de consommation courante et jetables : vaisselle, gobelets, mélangeurs de boissons.

De l’intéret mais des doutes à la mairie de Paris

Le regard des collectivités sur les bioplastiques reste empreint de scepticisme. Serge Orru, conseiller de la maire de Paris Anne Hidalgo et ancien directeur de WWF-France, reconnaît que « tant que les choses ne sont pas claires sur les bioplastiques, les collectivités ne se lanceront pas ». « On ne sait pas grand-chose sur leur biodégradabilité. Les collectivités ne seront intéressées que lorsqu’elles disposeront de données très fournies sur les analyses de cycle de vie » des bioplastiques.

Mais devant l’urgence et la gravité du problème de la pollution par le plastique, aucune solution ne doit être négligée, dit-il en substance. « Il faut mener la guerre au plastique, ce dossier devrait être pris en main par l’ONU, l’OMS, l’OMC, l’Europe. » « Une tâche indispensable est l’éco-conception des emballages. Je ne sais pas si ce que fait Novamont est la panacée, mais c’est mieux que laisser la situation s’aggraver. »

L’utilisation de bioplastique pourrait dépasser les 100 000 tonnes en France

« On ne sait pas grand-chose sur leur biodégradabilité »

Vers des matières premières moins alimentaires

Vu l’enjeu mondial, la recherche dans les plastiques biosourcés s’attelle, comme pour les biocarburants, à mettre au point des matières premières de plus en plus éloignées de l’utilisation alimentaire. Pour l’heure, les matières premières employées pour la production de plastique biosourcé sont les céréales à travers leur transformation en polymères via l’amidonnerie, le sucre, les huiles (y compris l’huile de graines de chardon comme le fait Novamont en Sardaigne).

Mais la recherche travaille activement sur les algues (tant les algues ramassées sur les plages que celles qui commencent à être cultivées dans des bassins). La cellulose, matière très abondante dans le monde, est une solution pour la génération ultérieure. Enfin, des chercheurs néerlandais ont trouvé un moyen de faire digérer des eaux usées et des déchets organiques par des bactéries productrices de polymères.