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Céréales Le blé dur devient un produit de luxe

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Alors que les cours du blé tendre s’assagissent, ceux du blé dur poursuivent leur progression. La faute à des disponibilités en baisse et à une demande mondiale très inélastique. Les industriels s’inquiètent.

«Quasiment tous les industriels réaliseront un résultat négatif » pour l’année 2007/2008, a indiqué Christine Petit, secrétaire générale du CFSI/SIFPAF, syndicat des pastiers et semouliers, le 17 janvier, lors de la 10 e journée nationale blé dur organisée par Arvalis à Labège. Logique : les prix de la matière première explosent. Alors qu’en 2003/2004, le blé dur rendu Rouen valait 160 euros la tonne, le cours a grimpé à 260 euros la tonne sur la campagne 2006/2007. A la mi-janvier 2008, il valait 485 euros la tonne rendu La Pallice. De quoi entamer le moral de Panzani ou d’Alpina. Le phénomène est en gestation depuis un moment. « Pour la quatrième année consécutive, la production mondiale de blé dur est en baisse », a rappelé Xavier Rousselin, de l’ONIGC. L’Europe a moins produit en 2007 qu’en 2006 du fait de la baisse des surfaces liée à la mise en œuvre de la politique de découplage des aides. Et si la production a augmenté en Amérique du Nord, les rendements n’ont pas atteint les niveaux prévus au Canada. Les stocks mondiaux de trois principaux exportateurs que sont l’Union européenne, le Canada et les Etats-Unis sont tombés à leur plus bas niveau depuis 40 ans. Autrement dit, les disponibilités ne sont pas au rendez-vous des besoins.

Peut-être une accalmie des prix à l’automne

L’hyper-concentration structurelle du marché mondial du blé dur est loin d’être un facteur apaisant. Cette campagne, les Etats-Unis et le Canada vont totaliser 72 % de parts de marché. Et « 55 % du marché sont détenus par une seule société, le Canadian Wheat Board, qui a le monopole des exportations du pays », a signalé Xavier Rousselin pour cette campagne. La progression des cours est d’autant plus nette que la demande au Maghreb et en Europe est relativement inélastique. Les pâtes constituent un produit de base difficile à remplacer. L’ascension n’est probablement pas terminée. Dans ce contexte très tendu, le gel survenu en décembre en Argentine a par exemple beaucoup inquiété les courtiers. Pour Philippe Kerbidi, d’Union InVivo, une accalmie pourrait toutefois se produire en août ou en septembre, une fois les perspectives de récolte en Amérique du Nord mieux connues. Compte tenu de la hausse des surfaces de 25 % au Canada, notamment, l’expert estime que les prix pourraient passer légèrement sous les 400 euros/tonne. Des cours qui resteront élevés et ne remettront pas en cause l’intérêt de la production.

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Lutter contre le réchauffement climatique

La perspective de possibles incidents climatiques contribue à fragiliser encore un peu plus ce marché particulier. Pour limiter leur impact sur les récoltes, la filière française s’intéresse de près à la résistance à la sécheresse, phénomène appelé à s’accroître avec le changement climatique. Le sujet est à l’honneur depuis longtemps en Syrie, pays qui totalise avec le Mexique, l’Australie et la Turquie 17 % de parts du marché mondial. Pour conduire un blé dur en région sèche, « le moteur de la réussite, c’est la variété », a indiqué Miloudi Nachit, de l’Icarda, centre international de recherches agronomiques sur les régions arides situé en Syrie. « Après on ajoute les autres facteurs ». En France, l’INRA et le GIE blé dur travaillent donc le sujet et se sont attelés à la reconstitution d’un pool de géniteurs afin de réintégrer de la diversité dans le blé dur. Un moyen d’y trouver de nouvelles variétés plus adaptées aux futures conditions de production.