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Le blé dur en route vers la contractualisation et le premium

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La filière blé dur a dévoilé un nouveau « plan stratégique », dans lequel elle s’engage à contractualiser environ 15 % de la production française, d’ici trois ans. Elle veut également lancer une démarche de « blé dur premium » et relancer l’investissement financement de la recherche variétale.

À l’occasion de sa journée annuelle le 1er février, la filière française du blé dur a présenté un nouveau « plan stratégique », comprenant quatre axes, annoncent dans un communiqué les organisations participantes, dont Intercéréales (interprofession). Dans une filière touchée par une érosion des surfaces depuis plusieurs années, ce nouveau plan vise donc à relancer cette culture « casino », marquée par des variations de prix et de rendements importantes. Il émane de dix mois de travaux pilotés par le cabinet de conseil Ceresco, dont le p.-d.g Bertrand Oudin a présenté une synthèse.

Sur un marché moins internationalisé que le blé tendre, mais relativement ouvert et dominé par les Canadiens, le premier axe est de se distinguer de la concurrence par le haut, en lançant une démarche de « blé dur premium », valorisant « la qualité du produit et la logistique française ». Les critères de montée en gamme ne sont pas encore arrêtés, mais pourraient notamment intégrer le stockage sans pesticides ou le carbone. « Ce ne sera pas le seul blé dur cultivé en France », assure le président d’Intercéréales Jean-François Loiseau. Et de citer comme modèle possible celui de la segmentation opérée par la filière volaille française au cours des dernières décennies.

Un travail « d’introspection »

Le deuxième axe est de contractualiser d’ici trois ans 50 % des volumes destinés au marché français, soit environ 15 % de la production française. Il pourrait s’appuyer sur le marché à terme lancé en novembre par Euronext, et dont le bon fonctionnement reste à valider. Des indicateurs de coûts de production sont par ailleurs en construction au sein d’Arvalis (institut technique). Pour rappel, la filière céréalière a été exemptée de l’obligation de contractualisation pluriannuelle instaurée par la loi Egalim 2. « Cette exonération est sous condition d’un travail d’introspection », a glissé le président de l’AGPB (producteurs, FNSEA) Éric Thirouin.

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Le troisième axe porte sur le financement d’un « ambitieux plan variétal », qui devrait prochainement faire l’objet d’un accord entre les élus de la filière. Les sommes perçues par les obtenteurs dans le cadre des cotisations interprofessionnelles sont en forte baisse ces dernières années sur le blé dur. Seuls deux obtenteurs travailleraient en France sur les variétés de blé dur, qui seraient tentés de s’en détourner, craignent les responsables de la filière. « Nous allons droit dans le mur, il faut trouver une manière d’augmenter le financement », a plaidé Éric Thirouin. « Il n’y a pas que les agriculteurs qui doivent payer », a embrayé Jean-François Loiseau.

Les défenseurs d’une hausse des cotisations ont pu appuyer leur argumentation sur le récent dénouement heureux d’un long travail de recherche variétale : la résistance à la mosaïque. Les effets de ce virus peuvent aller de « quelques taches à la destruction complète d’une parcelle », et rendent certaines zones géographiques impropres à la culture de blé dur. Sept ans après le lancement des premiers grands programmes de recherche, une variété résistante a été déposée en 2020-2021 pour homologation. « Elle pourrait être disponible pour la campagne prochaine » si son dossier était reçu, a annoncé Matthieu Killmayer, animateur national de la filière blé dur.

Le dernier axe porte sur un « plan d’investissement massif », pour lequel la filière attend un soutien des pouvoirs publics. Ce plan porterait à la fois sur la génétique et sur les outils des organismes stockeurs. « Pour segmenter, pour faire du blé premium, il faut pouvoir faire de l’allotement, du stockage sans pesticides », a illustré Jean-François Loiseau. Le p.-d.g de Ceresco Bertrand Oudin l’assure : il ne s’agit pas d’un énième plan de relance de la filière blé dur. D’abord parce qu’il observe « des positions plus consensuelles, et une envie de prendre son destin en main », mais aussi parce que « la logique de valeur est de plus en plus prégnante » dans la filière.

Recherche variétale : « Nous allons droit dans le mur »