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Bois Le bois-énergie, tremplin pour le développement de toute la filière

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Plutôt que qu'exacerber les conflits d'usage, le bois utilisé pour la production d'énergie pourrait constituer une opportunité pour toute la filière. La collecte de bois-énergie devrait permettre de mobiliser plus de propriétaires forestiers et donc d'augmenter la production de bois d'œuvre notamment. Mais pour arriver à ce développement harmonieux, la filière doit se structurer.

La plupart des acteurs de la filière en conviennent : les 10 millions de tonnes de bois supplémentaires ne pourront pas être mobilisées d'ici 2020 comme prévu par le Grenelle de l'environnement. Ce qui n'empêche pas de poursuivre les efforts. Le bois énergie participe à la fois de cette demande accrue (la production de chaleur à partir de biomasse doit être multipliée par 3 entre 2010 et 2020 dans le tertiaire, l'industrie et le logement collectif) mais pourrait également être une partie de la solution. Comme en ont témoigné les intervenants du colloque « Bois-énergie : ressources et développement à l'horizon 2020 », organisé par le Syndicat des énergies renouvelables. « Nous sommes tous des acteurs d'une même filière. Il n'y a pas conflit d'usage, il y a une compétition naturelle sur la ressource », veut tempérer Jacques Ferling, directeur général de KronoFrance (leader français de la fabrication de panneaux). Pour que tous les acteurs y trouvent leur compte, il préconise le développement du bois d'œuvre. « C'est notre cœur de métier ». Et Hugues de Cherisey, secrétaire général du SNPGB (Syndicat national des producteurs de granulés de bois), d'abonder dans son sens : « Les scieurs sont un maillon essentiel de la filière. S'ils se développent, nous pourrons nous développer sans avoir à importer du bois ».

La scierie au cœur de la filière

Même son de cloche du côté des coopératives. Le développement du bois énergie est « très positif car, avant, des milliers d'hectares ne pouvaient pas être exploités. Aujourd'hui, cela permet de déclencher des chantiers », confirme Pierre Ducray, directeur de l'Union des coopératives forestières françaises (UCFF). Cela rejaillit donc sur l'ensemble de la filière. « Grâce à ça, il va être possible de produire plus de bois d'œuvre », se félicite-t-il. « Ce n'est pas le bois de trituration ou le bois énergie qui va rémunérer les propriétaires forestiers, poursuit Pierre Ducray. On ne peut pas déclencher un chantier sans tous les maillons. Et il y a en a un qui est vital : la scierie ». Le développement du bois énergie ne peut donc se faire qu'en parallèle du développement de l'ensemble de la filière. Mais pour cela, il faut une meilleure organisation avec notamment une concertation locale renforcée.
« Le développement du bois feuillu dans la construction est une réponse » pour subvenir à la demande, estime Ludovic Guinard, responsable de l'unité économie, énergie, prospective du FCBA (institut technique du bois). Les feuillus qui couvrent les deux tiers des surfaces boisées françaises ne représentent que le tiers des sciages. Là encore, la filière peut avoir son mot à dire. Pour Pascal Viné, directeur général de l'Office national des forêts (ONF), la filière « ne peut pas se laisser imposer par l'extérieur des normes qui excluent le bois feuillu du bois d'œuvre. Sinon il faudra attendre 50 ans (que nous ayons planté en quantité des résineux) pour voir se construire des maisons à ossature bois d'origine française ».

Contractualisation

Pour ce qui est de l'amont, Alain Jacquet, directeur de la coopérative Forêt et bois de l'Est, propose de structurer l'offre. « En Suède 60% des propriétaires sont réunis au sein d'organisation de producteurs, témoigne-t-il. C'est un moyen d'entrer dans une démarche planifiée pour passer d'un statut de propriétaire à un statut de producteur ». Autre solution évoquée de longue date : la contractualisation. L'arrivée du bois énergie dans l'équation pourrait faire bouger les lignes. « La contractualisation est un moyen de donner de la visibilité à un propriétaire pour qu'il se lance dans des investissements », soutient Pierre Ducray. La difficulté, c'est que pour chacune des catégories de produits (bois d'œuvre, bois de trituration…) il faut trouver des débouchés qui soient contractualisés sur la même durée que les contrats bois énergie.
Le nerf de la guerre reste l'argent. « On nous fait croire qu'on va pouvoir développer la filière française sans dépenser d'argent ! », s'amuse Philippe Leroy, sénateur UMP de Moselle qui préside le groupe d'étude Forêt-bois du Sénat. Pascal Viné ajoute : « Si on ne met pas en place un dispositif d'accompagnement, on n'arrivera pas à atteindre les objectifs qui ont été fixés. Les investissements ont un coût qui ne sera pas rémunéré par le bois énergie seul ».

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