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Interview/Brésil Le Brésil affiche clairement ses ambitions dans la viande

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Alors que le congrès mondial de la viande tenait son XIXe édition à Paris, Katia Abreu, sénatrice de l’État du Tocantins et présidente de la Confédération de l’agriculture et de l’élevage du Brésil (CNA), dans une interview à Agra Presse annonce la couleur : le Brésil a l’ambition d’être un des tout premiers fournisseurs de produits carnés de la planète. Et s’en donne les moyens. L’échec de Doux outre-Atlantique est symptomatique. Les Brésiliens tiennent à contrôler seuls leur arme alimentaire.

Quelles sont les nouvelles ambitions de l’élevage brésilien ?
Alimenter le Brésil et le monde entier. Au-delà de la plaisanterie, il y a une grande part de vérité car le monde va consommer plus. Nous avons mis en place un programme de développement pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et augmenter la production à surface exploitée constante. Plusieurs méthodes ont été répertoriées : récupérer les pâturages dégradés, replanter des forêts, traiter les déjections animales…L’ensemble de ces techniques permettront de produire plus. Aujourd’hui, nous produisons un bœuf par hectare. D’ici à 2020, nous espérons produire cinq bœufs par hectare.

Sur le marché international, quelles sont les perspectives de développement pour le Brésil ?
Je commencerai par un constat. Le Brésil produit trois fois moins cher que tous les pays d’Europe. Au Brésil, le coût de production d’un kilo de carcasse de viande bovine est 2,5 dollars par kilo. En France, il est de 6 dollars par kilo. Au bout de la chaîne de production, le filet de bœuf coûte au consommateur brésilien 18,30 dollars le kilo, contre 47 dollars le kilo pour le consommateur français. Et la raison principale de ces différences, c’est la technique d’élevage. Au Brésil, les animaux sont élevés à l’air libre sur des grandes prairies. Ils mangent de l’herbe et des sels minéraux. Les coûts de production sont trois moins élevés. Aujourd’hui, nous souhaitons promouvoir nos productions. Et cela passe par une transparence sur le trafic des animaux. Nous avons mis en place la plus grande plateforme du monde de traçabilité. Il s’agit de la Plateforme de gestion de l’agriculture et de l’élevage (PGA). Le projet a commencé il y a trois ans et a coûté 6 millions de dollars. Il est financé par la Confédération de l’agriculture et de l’élevage du Brésil (CNA). C’est l’État qui est propriétaire des données, mais c’est le CNA qui gère le dispositif. Pour le moment, la PGA fonctionne pour les bovins. On a bon espoir que le système fonctionne pour les volailles, les ovins et les porcins fin 2013.

Quelles sont les limites du développement de l’élevage brésilien ?
Il n’y en a pas ! Plus sérieusement, les deux facteurs limitants principaux sont le marché et les financements. Nous avons un potentiel de développement important au Brésil, nous pouvons multiplier par trois notre production. Mais il faut que la consommation suive. Ce qui devrait être le cas. Et il faudra aussi financer les programmes de développement.

Le groupe Doux a quitté le Brésil récemment. Ici, nous entendons parler de subventions spécifiquement réservées aux entreprises brésiliennes. Ces subventions auraient entraîné la chute de la filiale brésilienne de Doux. Qu’en est-il ?
Je ne connais pas les raisons précises du départ de Doux, peut-être des problèmes de gestion ou administratives. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas de subventions destinées aux entreprises brésiliennes auxquelles n’auraient pas droit les entreprises étrangères implantées au Brésil. Par ailleurs, il faut savoir qu’il existe une banque, la Banque de développement brésilienne (BNDES) qui travaille avec toutes les entreprises, brésiliennes et étrangères.

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