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Aliments pour chiens Le breton Nacsas, façonnier de friandises pour les chiens américains

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Les friandises pour chiens à base d’oreilles de porcs ou de panses de bovins ont leurs afficionados dans les foyers nord-américains. L’un des principaux acteurs de cette niche du marché des aliments pour animaux domestiques est installé dans le centre du Finistère.

La société Nacsas (Nouvelle alimentation canine SAS), présidée par Alexis Brussat qui l’a reprise en redressement judiciaire en 2002, sèche des oreilles de porc, sous-traite leur ionisation à quelques centaines de kilomètres de son site et les expédie, « sans odeur », en différents conditionnements, par containers entiers. Il s’agit là d’un produit très spécifique, vendu pour l’essentiel aux Etats-Unis. Aussi Nacsas fabrique-t-elle par semaine des volumes correspondant à la consommation mensuelle en Europe, soit 250 000 à 300 000 oreilles de porc. « Avec 1 million d’oreilles de porc fabriquées par mois et pratiquement autant négociées, nous devons être premier ou second opérateur au monde», avance Alexis Brussat.

L’entreprise réalise à l’exportation la quasi totalité de son chiffre d’affaires (5 millions d’euros prévus cette année après 2,5 millions en 2003), principalement sur le continent américain. Elle a pour principal concurrent l’américain Kasel, puis cinq ou six opérateurs européens de moindre taille, implantés en Espagne et dans les pays de l’est de l’Europe.

Façonnier en France

Une PME bretonne à l’assaut du marché nord-américain du pet-food, l’histoire peut paraître insolite. Elle est pourtant liée au parcours de ce p.-d.g. originaire de Seine-et-Marne qui fut, pendant onze ans, responsable des achats en Europe du numéro trois du marché nord-américain, le canadien Normérica. Les distributeurs de ce type de produits en Amérique du Nord doivent compléter leurs approvisionnements sur le Vieux Continent, faute de produits finis disponibles. Au début des années 2000, rencontrant de plus en plus de difficultés à obtenir des produits de qualité homogène, Alexis Brussat décide de se faire façonnier.

Aussi, lorsque son fournisseur de Braspart connaît des difficultés, il n’hésite pas et décide de se faire « façonnier en France». Il reprend la société avec onze salariés (24 aujourd’hui) et dans sa manche, un atout maître : son associé à 50/50, le directeur des achats de Normérica à titre privé, Chris Holtseuer. Celui-ci lui apporte un débouché parfait sur le marché nord-américain. Alexis Brussat, lui, se fait fort de trouver la méthode de fabrication du produit irréprochable tant qualitativement qu’économiquement. Il parvient à trouver l’équation temps de cuisson et durée. « Quand on sait sécher l’oreille de porc, on sait déjà la vendre», assure-t-il.

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Elargissement de la gamme

Paradoxalement, les oreilles de porcs que Nacsas achète par semi-remorques entiers viennent d’Italie, d’Espagne, des pays de l’est de l’Europe, mais pas de Bretagne. « Les industriels privilégient le meilleur payeur à la relation commerciale durable, et généralement vendent en Chine». Après trois jours en moyenne passés dans l’entreprise, les produits quittent la France par sacs de 25 ou de 2,5 kilos, payés cash par l’acheteur. Avec des conditions pareilles, l’opérateur ne développe pas sa marque « Wouaf » et ne cherche pas à être distribué en grande distribution ou dans les magasins spécialisés. En fait, les développements de Nacsas s’effectueront non par la multiplication des débouchés, mais par l’élargissement de la gamme.

Alexis Brussat fabrique déjà des dérivés des oreilles de porcs (languettes et chips), mitonne également des bâtonnets de panse de bœuf séchés et des cubes en poumon de bovins. Et il prépare la sortie, d’ici à la fin de l’année, de saucisses élaborées à base d’oreilles de porcs, destinées en particulier à l’Allemagne (10 % du chiffre d’affaires) dont les animaux domestiques raffolent de ces produits, explique-t-il.

Ce sont ces produits nouveaux, à plus haute valeur ajoutée, qui permettront à Nacsas de générer la marge face à la concurrence venue de l’est de l’Europe. Sur son cœur de métier, Nacsas se différencie en proposant à ses clients d’imprimer et d’étiqueter les conditionnements « rendus magasin », tout en développant peu à peu l’automatisation pour améliorer la compétitivité de ses produits. Alexis Brussat se donne pour objectif à terme de dimensionner son entreprise à « 7 ou 8 millions d’euros».