Matthieu Boyé, directeur Mazars Corporate Finance, secteur agroalimentaire
Qu'est-ce qui caractérise les entreprises françaises du secteur de l'agroalimentaire ?
Nos PME sont plutôt en avance par rapport à leurs homologues européennes, notamment italiennes ou espagnoles dont le secteur est encore largement composé d'entreprises artisanales et familiales. Les pays du Bénélux, en revanche, comptent, comme en France, des PME innovantes et à la pointe du secteur. De plus, il existe une forte analogie entre les secteurs du luxe et de l'agroalimentaire, deux secteurs où les PME françaises, sont très innovantes, organisées et bien préparées aux enjeux de demain.
Et comment l'expliquez-vous ?
En France, les grands donneurs d'ordres de l'agroalimentaire, tels que l'industrie ou la distribution, sont souvent parmi les leaders mondiaux. Ils ont imposé à leurs fournisseurs une nécessité d'excellence tirée par l'innovation, un savoir-faire fort ainsi qu'un niveau de service et de qualité élevé, qui obligent aujourd'hui ces PME et ETI, à mettre en place des standards de production très élevés. Elles sont soumises à des audits rigoureux, réguliers et couvrant la plupart des aspects de l'entreprise, de la part de leurs partenaires clients, auxquels de plus grosses entreprises étrangères seraient bien souvent incapables de répondre. Il existe dans ce domaine une vraie spécificité française.
L'innovation est donc bien la clé du succès …
En fait, aujourd'hui quand on parle de R&D, seul le « R » est plébiscité, signe de recherche fondamentale, d'innovation pure. Or, les sociétés de l'agroalimentaire sont en phase de développement constant, à la recherche de productivité, de nouveaux produits ou pour mieux adapter leurs offres aux attentes de leurs clients. Et toutes ces innovations ne rentrent pas dans directement dans les statistiques de la recherche pure, mais elles sont tout aussi cruciales. Cette constante amélioration est très liée à la culture d'exigence du consommateur français. Son insatisfaction revient comme un boomerang à la face des PME ou ETI, d'où la nécessité pour elles d'être en permanence à la pointe.
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La question du prix est-elle primordiale ?
Le prix est nécessaire, mais pas suffisant. Les entreprises qui se sont enfermées dans cette stratégie ne réussiront pas à moyen terme à maintenir le cap, d'autant plus dans le contexte actuel, avec une consommation en berne et des prix de matières premières volatils. Il faut être capable de proposer autre chose. Ce sont les entreprises les plus performantes et les mieux préparées qui s'en sortiront le mieux.
Et comment faire ?
Le capital humain dans les PME et les ETI est primordial. C'est un lieu commun qui n'est pas propre à l'agroalimentaire, mais qu'il convient de rappeler. Une fois que le management a su se positionner et s'adapter, que le suivi de la production et la maitrise de la traçabilité sont assurés, ces bonnes pratiques en quelque sorte, s'imposent aussi aux autres services, notamment à la comptabilité et aux finances. Et c'est grâce à la qualité du reporting que le dirigeant peut parfaitement gérer les achats, maîtriser les marges et les coûts et positionner sa société sur une croissance rentable. Les entreprises qui s'en sortent sont celles qui sont capables de proposer un prix adapté, avec un même niveau de services et de qualité de produits élevés, tout en optimisant leurs marges.
L'internationalisation est-elle indispensable ?
Il existe des secteurs de l'agroalimentaire où l'internationalisation est indispensable, comme par exemple dans le domaine viticole, où il existe une forte demande en Chine, en Russie, ou en Amérique du Nord, sources de chiffres d'affaires et de rentabilité et d'autres où cela a moins de sens. Certaines PME et ETI positionnées sur des marchés nationaux et répondant à une demande propre à la France, n'ont pas forcément intérêt à aller commercialiser leurs produits à l'étranger. En effet, si des sociétés pouvant capitaliser sur un savoir faire ou une marque forte ont intérêt à s'orienter vers le grand export, elles doivent, tout en développement leur chiffres d'affaires, maintenir leurs marges, pour s'assurer d'une croissance rentable.