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Climat Le casse-tête de la réduction des gaz à effet de serre

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L’agriculture n’est pas tenue de réduire ses émissions de gaz à effet de serre comme c’est le cas du secteur industriel. Il n’empêche, le secteur doit faire des efforts. Mais les solutions sont compliquées à mettre en œuvre et peuvent parfois s’avérer antagonistes.

«Il n’y a pas de solution miracle », résume Didier Marteau, président de la commission environnement de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA). C’est ce qui ressort de la journée organisée le 6 juillet par l’APCA sur le thème « Agriculture, effet de serre, climat ». L’exemple le plus frappant est celui des émissions de gaz à effet de serre (GES). Les techniques pour limiter les émissions de protoxyde d’azote (N2O) et celles pour améliorer le stockage du CO2 peuvent se révéler contradictoires. « Sur les sols argileux, le labour qui aère le sol permet de réduire les émissions de protoxyde d’azote qui se forment par dégradation des engrais azotés en conditions humides, chaudes et anaérobie (absence d’oxygène) », explique Pierre Cellier, chercheur à l’Inra de Grignon. Problème : le labour favorise le déstockage du carbone du sol. Et à l’inverse les techniques de travail simplifié du sol (non labour par exemple) permettent un meilleur stockage du carbone. En effet, souligne Dominique Arrouays, directeur de l’unité Infosol de l’Inra d’Orléans, « si on parvenait à augmenter de 5% le stockage du carbone dans les sols cela permettrait de capter 15 à 20% des émissions annuelles de GES de l’agriculture ».

Impact du réchauffement climatique

Il faudrait donc faire le bilan pour établir quelle est la meilleure chose à faire au regard des émissions de gaz à effet de serre. « Je pense que l’effet négatif du non-labour sur les émissions se fait surtout ressentir au début où cette pratique est mise en place. Sur le long terme c’est positif », suppose Pierre Cellier. Il propose : le fractionnement des apports d’engrais, ce qui limite le risque de pic d’émission, et l’introduction de légumineuses dans les rotations. Pour Dominique Arrouays, il faudrait également se pencher sur l’impact du changement climatique sur le stockage du carbone dans les sols. « D’un côté le réchauffement accélère la minéralisation du sol et donc réduit sa capacité de stockage, mais d’un autre côté, la végétalisation augmente, la production de biomasse est donc plus importante et le stockage de carbone progresse », détaille Dominique Arrouays.
A cela s’ajoute le fait qu’il peut y avoir des antagonismes entre réduction des émissions de gaz à effet de serre et qualité de l’air. L’ammoniac par exemple est une substance anti-GES mais c’est aussi un polluant atmosphérique. « L’agriculture a diminué ses émissions d’ammoniac de 6% ces 20 dernières années, précise Romain Joya, du Centre interprofessionnel de la pollution atmosphérique (Citepa). Mais des discussions sont en cours sur la Directive NEC (National Emissions Ceilings) relative à des plafonds nationaux d’émissions qui pourrait aboutir à un objectif de baise de 30% en 10 ans ». Il n’y a donc pas que les émissions de gaz à effet de serre. La préservation de la biodiversité également aura son mot à dire.

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