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Valorisations agricoles non alimentaires Le CES appelle à un véritable plan stratégique

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Un rapport sur les valorisations agricoles non alimentaires, présenté le 10 mai, puis voté le 12 par le Conseil économique et social (CES), suggère que soit mis en œuvre un «véritable plan stratégique pour le développement des bio-industries».

Ce rapport, présenté par Jean-Claude Pasty, rapporteur au nom de la section de l’agriculture du CES, constate le retard européen dans ce domaine par rapport aux États-Unis et au Brésil, ainsi que le retard de la France par rapport à ses voisins européens, notamment dans le domaine des biocarburants. La France avait pourtant de l’avance sur ses voisins au début des années quatre-vingt-dix.

L’UE «semble voir pris conscience de ce retard en adoptant au sommet de Lisbonne en mars 2000 une stratégie ambitieuse, mais les moyens mobilisés par cette stratégie ne sont pas à la hauteur des objectifs affichés», analyse le rapport. Quant au retard français, il tient principalement à «l’absence de vision stratégique à long terme et de continuité dans la politique suivie, à la différence de ce que l’on peut observer aux États-Unis et dans la plupart des pays européens».

Bio-carburants : le CES penche pour l’incorporation obligatoire

Le CES préconise deux mesures «d'urgence» : «rendre obligatoire, à l'échéance du 31 décembre 2005, l'incorporation minimale de 2% d'éthanol dans les essences et de 2% d'ester d'huile végétale dans le gazole» et le lancement d'un programme incitatif de «méthanisation à la ferme».

À l'horizon 2020, le CES considère notamment qu'«il faut déterminer les grandes priorités de la recherche-développement consacrées à la valorisation des agro-ressources et développer, pour les recherches lourdes en investissements, des partenariats avec les pays les plus avancés dans ce domaine : États-Unis, Japon et sans doute demain la Chine».

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Les défis restent de taille, et ne pourront jamais être relevés sans volonté politique. Il faut d’abord briser le cercle vicieux qui empêche l’émergence des agro-produits sur les marchés : prix trop élevés par rapport aux dérivés du pétrole et impossibilité de réaliser les gains d’économies d’échelle que permettrait une large commercialisation. «Ce cercle vicieux ne pourra être brisé sans une implication forte de la puissance publique».

Les valorisations non alimentaires dans l’énergie et la chimie (biocarburants, biolubrifiants, bioplastiques, biosolvants, etc.) sont une alternative de débouchés à l’élimination des soutiens à l’exportation de grains. Elles évitent «les fractures territoriales» car elles sont un moyen de «relocaliser des emplois, liés à la présence des gisements verts». Elles offrent une grande diversité de produits, tous renouvelables, souligne Jean-Claude Pasty.

FO : «l’impéritie européenne et française»

Ce rapport, présenté au CES le 10 mai et discuté le 11, a été voté le 12 mai. Il a été adopté par 156 voix pour, sur 170 votants, représentant l’ensemble des composantes de la société. Les abstentions, au nombre de 14, proviennent de la Confédération paysanne, du Modef (Confédération nationale des syndicats d’exploitants familiaux), et surtout de la CGT (11 voix). Parmi les groupes qui ont fortement soutenu la proposition d’une stratégie pour les agro-ressources, figurent certes la FNSEA, les coopératives agricoles, les industries agro-alimentaires, mais aussi les artisans (très intéressés à travers les nouvelles perspectives qu’offrent les bio-matériaux au secteur du bâtiment), le mouvement coopératif dans son ensemble (coopératives de production, d’HLM, de consommateurs) et le syndicat Force ouvrière.

Les membres FO de la section de l’agriculture et de l’alimentation du CES ont été particulièrement critiques vis-à-vis de la politique, ou plutôt de son absence, de ces dernières années : « La grande lucidité du diagnostic est à saluer. Les beaux discours prononcés pendant plusieurs décennies par nos édiles, toutes tendances confondues, vont devoir se traduire en actes. Nous ne pouvons que vous suivre dans vos arguments qui concluent quasi-universellement à l’impéritie européenne et française dans le domaine soumis à votre étude», a déclaré Roland Houp, évoquant un « désintérêt coupable» des responsables politiques. Il s’est prononcé pour un minimum d’incorporation d’éthanol dans les essences en France.