Les stations régionales d’expérimentations sur les fruits et légumes frais lancées dans les années 70 en France, sont en perte de vitesse. Pourtant, leur potentiel est fort, estime le CGAAER dans un rapport diffusé le 7 février. Quelques aménagements stratégiques pourraient permettre d’optimiser les atouts des organismes de recherche français. Il appartient aux professionnels de se saisir des recommandations listées dans le rapport.
Le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes frais (CTIFL) dispose d’un réseau composé d’une trentaine de stations régionales « qui complètent le dispositif de recherche-expérimentation de la filière », rappelle le ministère de l’Agriculture. « Elles disposent d’atouts à valoriser », estime Hervé Piaton, ingénieur général des Ponts, des eaux et des forêts, auteur du rapport du CGAAER sur l’« optimisation du fonctionnement et de la gouvernance du réseau des stations régionales d’expérimentation fruits et légumes frais » : leur maillage territorial, la proximité des producteurs, et « un potentiel important de recherche-développement » : 370 ETP (équivalent temps plein), 470 hectares d’expérimentation et environ 25 M€ de budget. Cependant, le CGAAER constate également des lacunes qui, si elles ne sont pas prises en compte, pourraient conduire à « une disparition sèche de stations » et « une perte de compétences ».
Erreurs stratégiques
D’abord, il apparaît que les centres de recherches n’ont pas toujours fait des choix judicieux en matière de sujets de recherche. Trop focalisés « sur le court terme », ne prenant pas suffisamment en compte les enjeux du changement climatique, laissant de côté les « espèces dont la consommation augmente » et ne veillant pas à éviter les « doublons » : les stations régionales ont fait des erreurs stratégiques d’axes de recherche.
La diffusion des résultats manque également de cohérence. Deux modèles se sont développés : un modèle « horizontal », de communication large des résultats (surtout dans les régions est) et un modèle « vertical » de communication aux seuls agriculteurs contributeurs aux stations (à l’ouest).
Au niveau financier, les stations sont « fortement dépendantes des aides publiques » et n’ont pas su trouver suffisamment de financements privés pour « absorber l’augmentation des effectifs ».
Mieux définir les rôles de chacun
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Pour optimiser le fonctionnement des stations, le CGAAER fait 4 recommandations. Il s’agit d’abord de « clarifier l’articulation des compétences » entre les stations (et le CTIFL), les organisations de producteurs et les chambres d’agriculture. Les organes de recherche devraient se concentrer sur « les activités de recherche appliquées » et « le développement expérimental ». Les OP et AOP auraient un rôle de transmission de l’information à leurs adhérents, tandis que les chambres diffuseraient, le plus largement possible, les « résultats libres de droits ».
Ensuite, le CGAAER conseille la mise en place d’une « gouvernance professionnelle pour un réseau unique d’expérimentation », à organiser au niveau régional avec une articulation nationale. L’activité scientifique devra par ailleurs être mieux « structurée » avec « un système d’information unique pour l’ensemble du réseau ».
Enfin, les stations doivent « adapter les modes de financement aux évolutions de la gouvernance professionnelle, du cadre d’intervention publique et des prestations aux entreprises d’agrofourniture ».
Le bon moment
Avec la fin de la TFA (taxe fiscale affectée), les professionnels de la filière fruits et légumes frais ont dû se mettre d’accord pour trouver une nouvelle source de financement pour le CTIFL. C’est chose faite avec la mise en place d’une CVO à laquelle toutes les familles de l’interprofession ont accepté de contribuer. Forte de cette négociation réussie, la filière fruits et légumes frais travaille actuellement à la construction d’une « maison des fruits et légumes frais » qui englobe Interfel, Aprifel et le CTIFL. En cette période de réorganisation, la filière à tout intérêt à piocher dans les suggestions du CGAAER afin de bâtir une filière aux fondations solides.
« Clarifier l’articulation des compétences » entre les stations, les organisations de producteurs et les chambres d’agriculture